Quelques brèves du Vinitaly

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Jean Aubry
Édition du vendredi 11 avril 2008

Mots clés : vin de glace, Concurso Enologico Internazionale, Alcool, Québec (province), Italie (pays)

Le parc d'exposition à Vérone. Photo: Jean Aubry

Comme il fallait s'y attendre, pas un membre du jury n'est resté de marbre devant le vin de glace canadien, qui a raflé quatre des cinq médailles de la catégorie vini dolci naturali lors du 16e Concurso Enologico Internazionale qui se tenait à Vérone, la semaine dernière, avant l'ouverture du 42e Vinitaly. Dans l'ordre: Riesling Icewine 2006, Inniskillin (Gran Medaglia d'Oro), Vidal Icewine 2006, Inniskillin et Vidal Icewine 2005, Strewn, tous deux Medaglia d'Oro, et, enfin, Medaglia di Bronzo pour le Vidal Icewine Pelee Island 2005. S'il n'y avait pas eu, dans le lot, le Chardonnay Réserve Spéciale 2004 de la maison Magnotta pour enlever la Gran Medaglia d'Oro, la planète entière aurait encore l'impression qu'il n'y a que de la glace au Canada... et pas de vin.

Personne ne doute cependant qu'il y ait du vin, beaucoup de vin, en Italie. Plus de 350 cépages homologués pour une production, en 2007, de 43 millions d'hectolitres et un chiffre d'affaires en hausse de quelque cinq milliards de beaux dollars (7,8 %). Beaucoup de bidous pour du glou-glou. La palme des importations va à l'Allemagne, suivie des États-Unis, qui donnent du fil à retordre au négoce pour avoir les meilleurs prix possibles en raison d'un euro gonflé à l'hélium.

Le Canada, principalement le Québec, demeure fidèle en matière de consommation alors que se profilent la Russie et bien sûr la Chine, tout aussi difficiles à percer qu'ils représentent, avec l'Inde, les marchés que tout le monde s'arrache sans pour autant y brasser actuellement de grosses affaires. Les amateurs québécois qui se gelaient les roustons par -20 °C devant la Maison des vins à Montréal, au début des années 80, pour ravir une bouteille de Sassicaia vendue pour des pinottes (c'était le bon temps... ) devront dorénavant laisser leur place aux tsars et autres millionnaires chinois avides de vins griffés.

Découvertes

L'exemple même de Sassicaia, qui a vu le jour en 1968, ne cesse, depuis, de faire des petits. Tout le monde veut se mesurer à l'icône nationale avec des résultats qui, disons-le, se situent parfois encore au niveau de pâles copies. Et par ici le cabernet sauvignon, et par là le merlot, principalement assemblés au sangiovese et marqués du sceau de la barrique française. Comme s'il n'y avait pas assez de cépages en Italie! Tenez, ce Vino Montescudaio produit par des vignerons qui se succèdent de père en fils depuis le VIIe siècle... avant Jésus-Christ! Le voilà lui aussi lancé dans l'aventure à deux pas de Bolgheri, mais c'est curieusement avec le sangiovese grosso et la malvasia nera qu'il offre à mon sens les résultats les plus probants. Ce Pagani de Marchi 2004, Principe Guerriero, par exemple, ou encore ce Rosso delle Miniere 2004, de la Fattoria Sorbaiano: fraîcheur et authenticité garanties. Une appellation à suivre car la production y est nettement moins chère que chez sa voisine.

Bien sûr, les barberas, croatinas, uvas raras et autres vespolinas régalent en Lombardie, où l'appellation Oltrepo Pavese DOC s'étend sur plus de 13 000 hectares, mais le pinot nero, redécouvert sur place cette semaine, devrait trouver chez l'amateur un écho gustatif plus que favorable. Les variations au niveau des sols comme des altitudes et des expositions permettent ici au roi de la Bourgogne de livrer une expression où finesse, fraîcheur, texture et élégance se distinguent dans des styles qui vont des plus friands aux plus structurés, en évitant ces extractions trop poussées qui gâchent la fête. Recherchez le «Noir» 2002 ou 2004 de la Tenuta Mazzolino, pas très loin de l'esprit d'un Beaune 1er Cru, ou encore le Poggio Pelato 2004 de la Tenuta Il Bosco, plus serré, détaillé, de belle longueur. L'appellation produit aussi un DOCG Rosé Metodo Classico que s'arrache en tout temps tout Italien normalement constitué (ou déshydraté), et il s'y connaît, l'Italien, en matière de bulles. Vivement chez nous!

Bolgheri: une appellation à part

Le Marchese Mario Incisa Della Rocchetta se doutait-il, à la fin des années 60, qu'il allait traduire au plus près avec son Sassicaia l'expression élégante et racée des grands bordeaux dont il a toujours été un grand admirateur? Il a vraisemblablement eu du nez, car l'appellation Bolgheri DOC, qui couvre aujourd'hui 960 hectares plantés (sur les 1300 ha), a vu les Antinori, Gaja, Satta et autres Frescobaldi suivre dans la foulée de la «star» originellement mise au monde par le grand oenologue Giacomo Tachis. Ici, le microclimat (méditerranéen, avec luminosité considérable) et le terroir spécifique (entre la Via Aurelia et l'orée de la forêt, à l'est) garantissent cette espèce de tenue, de classe, ainsi que l'aspect digeste des meilleurs vins.

Parmi quelques perles du vignoble dégustées dans l'excellent millésime 2004, notons la cuvée I Catagni de Michele Satta (son Piastraia vaut aussi le détour), au fondu étoffé, mûr et ample, où la syrah joue de souplesse avec le cabernet sauvignon et le merlot; Arnione, Campo alla Sughera di Knauf, où prime le quatuor des cépages bordelais, d'une distinction, d'une clarté et d'une longueur notables; et Argentiera, développé par Antinori en partenariat avec des gens d'affaires au sud de l'appellation, sur des sols très pauvres, avec la complicité de l'oenologue bordelais Stéphane Derenoncourt, un vin brillant, persuasif, minéral à souhait. Ornellaia 2004? D'une précision tactile stupéfiante, au boisé ajusté, d'une harmonie parfaite. Quant au Sassicaia, un bon cran au-dessus de la mêlée: un vin secret aux nuances balsamiques fines, aux tanins ultra-civilisés, à la fois consistant et épuré. Allonge remarquable digne d'un Latour. Ne le débouchez pas! Il démarrera vraiment entre 2013 et 2016. TGV. Le marquis avait vu juste en 1968...

- La semaine prochaine: suite et fin «spécial Italie» avec 12 stars incontournables dans l'excellent millésime 1997.

***

Les vins de la semaine

La belle affaire - Dégel, Cidre Tranquille 2006, La Face Cachée de la Pomme, 11,75 $, n° 10661486

Affriolant, dites-vous? C'est un euphémisme. Ce dégel est non seulement d'actualité mais il est aussi d'une rare intensité fruitée avec son profil net et bien tranché de pomme fraîche. En prime, un remarquable équilibre sucre/acidité qui lui assure beaucoup de palatabilité. Servir frais, n'importe quand. 1.

Le porto - Romariz 2001, Late Bottle Vintage, 22,70 $, n° 734996

Quelle énergie, quelle opulence ici! Un LBV de style traditionnel et visiblement de garde avec sa robe foncée, sa bouche capiteuse, grasse, patinée de tanins abondants de haute sucrosité. Finale longue et séduisante aux nuances de cerise et de cacao. Carré de chocolat fourré au café? 2.

La primeur en blanc - Cheverny 2007, Domaine du Salvard, 15,90 $, n° 977769

Les huîtres s'ouvrent d'elles-mêmes devant la hardiesse articulée et passablement tonique de ce blanc sec, aromatique, juteux et croquant, aux nuances d'agrumes et de fruits blancs. Une jolie bouteille pour se faire la bouche avant de passer à table. 1.

La primeur en rouge - Nero d'Avola Chiaramonte 2004, Firriato, 18,45 $, n° 10675511

Un sicilien qui sait être aussi gourmand que sérieux, aussi généreux que franc de goût, avec ses tanins fruités gommés, mûrs et abondants. L'ensemble demeure structuré, entier, de belle fraîcheur, sans la moindre lourdeur. Vin de viandes rouges mijotées. 1.

Le vin plaisir - Chardonnay Bramito del Cervo 2006, IGT Ombrie, Antinori, 21,35 $, n° 10781971

Un blanc sec qui ne manque ni de style ni de rigueur avec sa touche d'amande pralinée, son profil qui allie fraîcheur et substance et sa complexité de saveurs liées à un judicieux élevage sur lies. Servez-le sur des escalopes de veau au citron. 2 .

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- Potentiel de vieillissement du vin 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus. ©: le vin y gagne avec un séjour en carafe.

Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2008 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.

www.jeanaubry.typepad.com/ledevoir


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