Opinion
Qui doit boycotter les Jeux olympiques?
Mots clés : CIO, Boycott, Jeux olympiques, Asie (Région), Chine (République populaire) (Pays)
Les Jeux de Pékin approchent et le traditionnel relais international de la flamme donne lieu à une politisation que le monde de l'olympisme n'avait pas connue depuis Moscou en 1980 et Los Angeles en 1984.
Certaines organisations, notamment Reporters sans frontières, profitent de la tribune médiatique offerte par le parcours de la flamme afin de dénoncer non seulement la politique répressive menée par la Chine au Tibet mais aussi, et on a tendance à l'oublier par les temps qui courent, l'implication chinoise dans le conflit du Darfour.
Politisation du sport
Les membres du CIO déplorent bien évidemment cette politisation du sport, mais n'est-ce pas eux qui ont mis le doigt dans l'engrenage en sélectionnant d'abord la Chine, puis en faisant fi des exactions commises? Ils condamnent la violence des manifestants pro-Tibet lors du cortège de la flamme mais ne disent rien des dizaines de morts au Tibet et du black-out total entourant les conditions de la révolte et de la répression. Cette double posture apparaît tout à fait intolérable et justifie à elle seule l'activisme de la société civile: il faut bien que quelqu'un finisse par mettre ses culottes!
Ainsi, les appels au boycottage se multiplient chaque jour et ont même investi la campagne présidentielle américaine durant laquelle, au moins autant par opportunisme que par conviction, les deux candidats à l'investiture démocrate ont interpellé le président George W. Bush à ce sujet. En France, où le parcours de la flamme a tout particulièrement été chahuté, il serait question de formuler des «conditions» à la présence de la délégation tricolore... lors de la cérémonie d'ouverture!
Devant la mobilisation populaire grandissante, nos dirigeants répondent donc du bout des lèvres, histoire sans doute de ne pas brusquer un partenaire stratégique pour les années à venir. Les droits de la personne ne font définitivement pas le poids devant le pragmatisme politique ambiant.
Les athlètes en otages
Outre nos gouvernants, les athlètes aussi sont interpellés lors de cette campagne. On entend çà et là qu'ils devraient eux aussi boycotter les Jeux... Quelle absurdité! On parle ici de jeunes gens totalement dévoués à leur sport, parfois depuis des dizaines d'années. Certains n'auront certainement jamais plus l'occasion de s'illustrer dans leurs disciplines.
Leur demander de boycotter les Jeux, c'est leur demander de sacrifier leur rêve pour un combat qui, s'il ne les laisse certainement pas indifférents, ne les concerne pas plus que M. ou Mme Tout-le-monde. C'est tout simplement inacceptable. Ce n'est pas du tout leur rôle de faire pression sur la Chine, même s'il est évident qu'il doit y avoir pression.
Comment appliquer une pression constructive sans sacrifier nos athlètes? Il reste une solution à explorer: le boycottage télévisuel et médiatique. Bien entendu, on ne saurait demander aux médias de boycotter les Jeux. Soyons cohérents: si les athlètes se doivent de performer, les médias, eux, sont là pour informer.
Du bout de la télécommande
Mais ne serait-ce pas à nous, téléspectateurs assidus et sportifs de salon, de nous mobiliser à notre façon? Ne pourrions-nous pas frapper là où ça fait mal, c'est-à-dire sur la télécommande, donc sur la cote d'écoute?
De nombreuses campagnes mondiales de boycottage ont déjà été menées. On pense bien sûr à la campagne anti-Nike. Plus récemment, il y a aussi eu deux cas de boycottage numérique de grande ampleur (contre le site de vente en ligne eBay ainsi que OGame, un jeu fort populaire sur Internet, dont l'accès est devenu payant du jour au lendemain).
Les dirigeants chinois comptent sur les Jeux olympiques pour nous envoyer une nouvelle image de leur pays, et il me semble qu'une indifférence télévisuelle à l'échelle mondiale au cours de l'été prochain aurait, dans ce contexte, certainement plus d'impact qu'un boycottage symbolique de la cérémonie d'ouverture. Téléspectateurs-citoyens, mobilisons-nous! Mettons de côté notre patriotisme sportif au profit de la défense des droits de la personne!
Je pourrais continuer à rêver longtemps comme cela, mais je dois vous laisser: je dois suivre les séries éliminatoires de la LNH sur mon nouvel écran HD made in China. En y repensant comme il faut, ça ne va finalement pas être aussi facile de boycotter le sport et la Chine cet été...

