Les guerres olympiques

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Lise Payette
Édition du vendredi 11 avril 2008

Mots clés : CIO, Jeux olympiques, Chine (République populaire) (Pays)

Chaque fois, ça recommence. Tous les quatre ans, nous étalons nos divisions, nos rancoeurs, nos haines profondes, au vu et au su du monde entier. Le cirque olympique est devenu une grosse machine très riche dont les pays se disputent les faveurs en espérant en tirer profit. On sait tous qu'on peut acheter les votes du Comité international olympique (CIO), car il a été démontré que les délégués sont sensibles aux petits et aux grands cadeaux que les pays, désireux d'être des pays hôtes, leur offrent. C'est, paraît-il, la meilleure façon d'être sélectionné. Et ça, ce n'est que le point de départ.

Ça ne concerne aucunement les athlètes, ces merveilleux fous qui croient encore que les Jeux sont un moment magique de rencontres amicales entre jeunes qui cherchent le dépassement personnel et la gloire du pays qu'ils représentent. Ils rêvent encore de fraternité et d'amitié. Ils espèrent monter sur le podium pour y recevoir une médaille après avoir fracassé les records précédents et s'être transformés en héros d'un moment.

Les athlètes qui participent aux Jeux olympiques sont devenus, sans le savoir, des armes de destruction massive aux mains des pays qu'ils représentent. Dans certains pays, on les a bourrés de médicaments, parfois à leur insu, pour en faire des machines à gagner des médailles, peu importe le prix que leur corps doit payer par la suite. Gagner a toujours été le seul mot d'ordre et la seule préoccupation. «Participer» a été inventé pour tenter de ramener un peu de bon sens au sein de certaines délégations.

N'importe quoi pour entendre l'hymne national de son pays retentir dans le stade pendant quelques secondes et voir le drapeau se lever jusqu'au sommet du mât. N'importe quoi pour courir plus vite, sauter plus haut, pousser le corps dans ses derniers retranchements. Quelques courbettes, une larme et une médaille. Que demander de plus?

Faut-il abolir les Jeux?

La flamme olympique a mangé toute une claque cette semaine. À Londres, à Paris, puis à San Francisco, et ça ne fait que commencer. Le mouvement est lancé. Les protestataires veulent que la Chine (un milliard et quelques centaines de millions d'habitants) se tourne sur un yuan et modifie sa politique d'oppression du Tibet.

À quelques semaines de l'ouverture des Jeux de Pékin, on veut se servir de la rencontre des athlètes du monde pour forcer la main au pays hôte, dont on connaît pourtant depuis bien longtemps le comportement au Tibet. Le CIO connaissait la situation du Tibet au moment d'accorder les Jeux olympiques à la Chine. Il ne lui est pas venu à l'esprit que ça pouvait poser problème? Ou bien la machine olympique est complètement insensible aux réalités de la planète.

Avec sa longue histoire et ses traditions millénaires, la Chine a ébloui le monde entier par sa capacité à se transformer après la mort de Mao. Partie du fond de l'enfer, elle s'est mise en marche, traînant un héritage d'une lourdeur incroyable, et on peut mesurer le chemin parcouru en 30 ans par une population qui avait été réduite au silence par ses dirigeants qui n'ont pas lâché prise. Ils sont toujours en poste.

Pourquoi punir le peuple chinois pour des décisions auxquelles il ne participe pas? Pourquoi, alors que nous pataugeons dans les bourbiers irakien et afghan, demandons-nous aux Chinois d'être justes envers les Tibétains? N'y a-t-il pas d'autres moyens de faire entendre raison aux dirigeants chinois que ceux que nous utilisons en ce moment? Quand nous commencerons à nous demander qui tire profit de ce qui se passe depuis quelques jours, à qui profite l'embarras que nous imposons à la Chine et pourquoi nous n'avons jamais vraiment pris position en faveur du Tibet auparavant, nous comprendrons qui tire les ficelles politiques et financières en ce moment. Le Tibet, soyons francs, ça ne nous a jamais empêchés de dormir. Il faut dire les choses comme elles sont.

Je ne suis pas une spécialiste de la Chine, mais je sais que les Chinois forment un peuple fier. Je les connais assez pour dire qu'ils étaient prêts à se priver de nourriture pour que les Jeux soient un succès. Ils peuvent tout subir, sauf perdre la face. Perdre la face pour un Chinois, c'est ce qui peut lui arriver de pire dans la vie. On ne s'en remet jamais.

Sur le plan politique, s'il faut pénaliser quelqu'un, que ce soient les dirigeants chinois, pas le peuple chinois, qui n'est responsable de rien, car en plus, il ne sait rien de ce qui se passe, ni en Chine ni ailleurs. L'Occident, on le sait, est doué pour se créer des ennemis en les humiliant. L'Irak devait être une leçon pour toujours, et pourtant... C'est comme si on n'avait rien appris.


Vos réactions


@Yvon Montoya - par Raymonde Chouinard
Le lundi 14 avril 2008 13:00

Les risques d'un olympisme de compromission. - par Gerry Pagé
Le samedi 12 avril 2008 02:00

plein de bon sens..... - par Robert Lavigne (robertlavigne7@hotmail.com)
Le samedi 12 avril 2008 01:00

La punition a toujours un effet temporaire et divise le bon peuple - par jacques côté
Le vendredi 11 avril 2008 16:00

Le sport aux sportifs - par rabah hammachin
Le vendredi 11 avril 2008 11:00

Pas toujours d'accord avec vous - par Guy Fafard (3479@videotron.ca)
Le vendredi 11 avril 2008 11:00

Vous posez les vraies questions - par Jacques Lalonde (jlalonde@ca.inter.net)
Le vendredi 11 avril 2008 11:00

Quelle tristesse - par Jean Chevrier (jeanchevrier@yahoo.ca)
Le vendredi 11 avril 2008 10:00

19 ans après Tiananmen, le Tibet, premier acte. - par Charles-O Roy
Le vendredi 11 avril 2008 09:00

Roméo Dallaire est dans le wagon - par Sylvain Racine
Le vendredi 11 avril 2008 09:00

Qui fait le gros show à Télé-Globo? - par jacques noel
Le vendredi 11 avril 2008 08:00

Dire les choses comme elles sont - par Gabriel RACLE
Le vendredi 11 avril 2008 07:00

Bravo! - par Gilles Baillargeon
Le vendredi 11 avril 2008 07:00

Tapis roulant et Papamobile - par Gilles Bousquet
Le vendredi 11 avril 2008 07:00

Chinoiseries. - par Yvon Montoya (yvonmontoya@sympatico.ca)
Le vendredi 11 avril 2008 07:00

Il faut abolir ces Jeux Politiques si on veut faire de vrais Jeux Olympiques - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le vendredi 11 avril 2008 03:00

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