Et puis euh - Le dernier match

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Jean Dion
Édition du jeudi 10 avril 2008

Mots clés : Canadien de Montréal, Hockey, Sport, Montréal

Bon, ça va faire le niaisage, qu'on jette donc cette rondelle dans le cours de l'action et qu'on procède à l'éliminatoire. Non mais c'est vrai: cette série entre le Canadien et le Boston, que pourtant personne ne voulait voir, ah non pas encore eux autres, sont plates le Boston et on les plante tout le temps, ç'aurait été bien mieux contre le Washington avec Cristobal et Ovechkin et tous les autres joueurs qu'on connaît pas, cette série donc n'en finit plus de ne pas commencer, à tel point qu'après avoir tout analysé, les experts en sont rendus à conjecturer sur l'identité du joueur de la ligue East Coast qui serait rappelé par la filiale des Bruins à Providence (Rhode Island) si Providence devait envoyer un joueur aux vrais Bruins pour remplacer le joueur pas habillé sur la passerelle qui devrait être en uniforme pour remplacer pendant les pratiques le joueur de cinquième trio qui se serait blessé au corps au cours de la série et serait considéré au jour le jour, alors qu'on sait qu'en séries, on cache tout. Voilà pourquoi, mesdames messieurs, vu sous l'angle de la succession des choses, le baseball demeure une discipline infiniment supérieure au hockey: on y joue chaque jour. Certes, peut-être ne s'y passe-t-il pas grand-chose, mais au moins, il ne s'y passe pas grand-chose tout le temps. Alors que là, tout le monde piaffe, et il ne se passe rien.

Donc, le Boston. Le Canadien connaît énormément de succès contre lui. Tenez, selon des sources, les Bruins n'en ont pas gagné une traîtresse contre le CH depuis les beaux jours de la Kraut Line, formée de Milt Schmidt, Woody Dumart et Bobby Bauer. Le surnom de ce trio, faut-il le rappeler à l'intention des plus jeunes qui n'étaient pas là en 1940, s'inspirait du fait que ses membres étaient tous d'origine allemande (et d'ailleurs, ils venaient tous les trois de la belle ville de Kitchener, Ontario, qui jusqu'au milieu de la Grande Guerre s'était appelée Berlin, comme quoi toute est dans toute). Par la suite, même les gros clubs de Phil Esposito et Bobby Orr ont buté sur le mur des fantômes du Forum, et puis bien voilà, le Boston en est présentement à 356 défaites de suite contre ce qu'on appelle «son rival traditionnel».

On peut donc conclure provisoirement que Montréal en sera quitte pour une promenade dans le parc sous un clair de lune étoilé de lumière (c'est une image) au premier tour. Mais ce serait ignorer la duïté. Il y a deux mois, la rubrique Et puis euh, qui ne recule devant absolument rien pour inventer des concepts à la noix qui sentent le roussi, présentait à la face d'un monde ébahi cette idée de duïté, qui venait tout juste d'éclater au grand jour sous un clair de lumière au Super Bowl XLII en provoquant la défaite des New England Patriots, jusque-là propriétaires d'un dossier de 18-0. Comme on ne peut pas toutes les gagner, il fallait qu'ils en perdent une, et toc.

De même, le Boston nous arrive défavorisé, certes, mais combien dû. Archidû, même. Bien sûr, le Canadien a l'avantage de la glace, est hot par les temps qui courent et a cette longue histoire de bras frais qui reçoivent le flambeau des meurtris, ce qui lui fait une sacrée jolie combinaison de chaud et de froid, mais à un moment donné, il faudra bien qu'ils en sifflent une. Et quand cela arrivera, vous verrez, ils retrouveront leur confiance mentale, et la série pourrait bien virer de bord si d'aventure elle ne s'en allait pas déjà dans cette direction, ou quelque chose du genre. Le mot d'ordre doit donc être clair: méfiez-vous du dû.

D'ailleurs, ça n'a rien à voir avec tout le bonheur qui envahit cette ville, mais puisqu'il est question de flambeau, et compte tenu des sérieux accrochages qu'elle suscite un peu partout, pourrait-on dire que la flamme olympique est en feu? Je pose la question comme ça, sans prétention, juste pour l'avancement de cette forme particulière d'expression qu'est le cliché, fort prisé en contexte de séries. Et je me demande si, afin d'éviter que les passions ne, hum, s'enflamment, il ne serait pas justifié que le mouvement olympique passe enfin au XIXe siècle et propose un relais de l'ampoule 100 watts à verre poli, qui distillerait une douce luminosité qui calmerait tout le monde et laisserait la Chine faire ses affaires tranquille, elle qui n'a rien demandé à personne à part d'accueillir la jeunesse mondiale dans une atmosphère de fraternité, de joie, de paix et de smog.

Cela étant, que va-t-il se passer dans la série Montréal-Boston? Prenez bien note: si les locaux gagnent le premier match ce soir, vous entendrez les experts dire que le Canadien continue d'avoir le numéro des Bruins. Cette formule, utilisée exclusivement dans le merveilleux monde du sportª, signifie que les porte-couleurs du Bleu Blanc Rouge possèdent les numéros de cellulaires des joueurs du Boston ainsi qu'un dispositif de blocage de l'afficheur, ce qui leur permet de les appeler sous couvercle de l'anonymat pour les baver (il s'agit bien d'un couvercle, car il arrive en séries que la marmite saute).

En revanche, si les Bruins l'emportent, vous ouïrez, comme mentionné ci-dessus, qu'ils étaient dus. Mais attention: dus pour gagner un match, pas quatre. Dans ces circonstances, il sera déconseillé de paniquer.

Pas de panique, chers amis, car votre expert préféré poursuivra en évoquant un vieux lieu commun du hockey professionnel, à savoir: un match ne fait pas une série. Or voilà qui est tout à fait faux. En regardant l'affrontement Montréal-Boston, portez une attention particulière à la dernière joute qu'ils se livreront. Je vous l'assure et suis disposé à en faire une prédiction formelle: l'équipe qui gagnera cet ultime match gagnera la série. Il y a donc toujours un match qui fait une série. Évidemment, les esprits pointilleux demanderont comment on fait pour savoir quelle sera cette dernière rencontre. À cet égard, il existe un truc simple: il ne s'agit jamais des matchs nos 1, 2 et 3, et s'il y a un match no 7, c'est celui-là; dans le cas des matchs nos 4, 5 et 6, le dernier match sera n'importe lequel à être gagné par une équipe qui en aura préalablement remporté trois autres.

Et veuillez ne pas oublier une autre notion fondamentale: dans l'ensemble des séries, la plus difficile à gagner est la première. Après, les huit équipes restantes peuvent se la couler douce, c'est dans le sac pour tout le monde. Quand même formidable, le hockey sur glace.

***

jdion@ledevoir.com


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Quel beau dû! - par B. Abbzug
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Le jeudi 10 avril 2008 07:00

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