PCAA: Canaccord sort le chéquier

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François Desjardins
Édition du jeudi 10 avril 2008

Mots clés : Canaccord, PCAA, Investissement, Économie, Canada (Pays)

La firme de courtage offre de racheter le papier commercial de 1430 investisseurs pour 138 millions

Tout en présentant ses excuses pour un processus qui a pris beaucoup de temps, la firme de courtage Canaccord Capital a offert hier de racheter le papier commercial de 1430 investisseurs qui, huit mois après l'éclatement de la crise, n'ont toujours pas accès à leurs placements.

Cette mesure de 138 millions, un développement majeur qui pourrait faire pencher la balance lors d'un vote crucial prévu le 25 avril, s'adresse à 97 % des clients de Canaccord qui ont été touchés par la crise. Du même coup, elle interpelle 75 % de l'ensemble des investisseurs, petits et grands, dont l'argent est gelé.

«Nous apprécions à sa juste valeur la patience dont nos clients ont fait preuve pendant cette période difficile et nous regrettons que la conclusion de ce processus ait pris tant de temps et que nos clients aient eu à subir tant d'épreuves», a dit le président de Canaccord Capital, Paul Reynolds.

«Nous espérons qu'ils verront dans le programme d'aide de Canaccord une conclusion heureuse à cette perturbation sans précédent qu'ont vécue les marchés financiers canadiens», a ajouté M. Reynolds.

Le papier commercial, aussi connu sous l'acronyme PCAA, est un type de placement à très court terme qui s'est immobilisé en août 2007 lorsque les grands établissements ont commencé à craindre qu'il ne soit trop étroitement lié au secteur hypothécaire des États-Unis. Au total, 32 milliards en papier commercial ont été paralysés, dont 13,2 milliards reposent toujours entre les mains de la Caisse de dépôt et placement.

Au total, environ 1900 investisseurs sont incapables depuis de reprendre leurs billes. De ce nombre, une centaine sont des grands établissements financiers et des sociétés, comme la Caisse de dépôt et la Banque Nationale. Les 1800 autres sont des investisseurs individuels.

La perche tendue par Canaccord à ses clients survient deux semaines avant le vote crucial du 25 avril, lors duquel les détenteurs canadiens de PCAA se prononceront sur une solution que leur propose le comité pancanadien de l'avocat torontois Purdy Crawford.

Le comité Crawford, appuyé par des grands établissements, propose de transformer le PCAA en obligations qui viendraient à échéance dans plusieurs années mais qui seraient négociables.

Le plan, toutefois, est soumis à un système de double majorité: il doit récolter l'appui de plus de 50 % des 1900 investisseurs et récolter l'appui d'investisseurs dont l'avoir représente 66,6 % des 32 milliards. À eux seuls, les 1430 clients de Canaccord visés par l'offre d'hier auraient le pouvoir de faire échouer le plan.

Le porte-parole de Canaccord, Scott Davidson, a dit que l'offre faite à ses clients n'est pas rattachée à une obligation de voter favorablement au plan Crawford. L'offre de Canaccord consistant à racheter le PCAA, cependant, ne se mettrait en marche que si le plan était approuvé.

Les 3 % de clients de Canaccord qui ne sont pas visés par l'offre d'hier sont surtout des clients institutionnels, et leurs avoirs totalisent quelque 131 millions. Pour eux, la firme a l'intention de proposer des facilités de crédit.

M. Crawford, qui a subi la foudre des petits investisseurs lors de rencontres la semaine dernière, s'est réjoui hier de l'annonce de Canaccord. «Nous croyons qu'il s'agit d'une étape importante en vue de résoudre les préoccupations des plus petits porteurs de billets. Nous avons constamment exprimé notre empathie à l'égard de la situation difficile de ces investisseurs, dont plusieurs, nous le reconnaissons, font face à des conditions éprouvantes.»

L'avocat torontois a ajouté que «le comité encourage les autres intermédiaires financiers, qui peuvent avoir vendu des PCAA visés à de petits investisseurs, à suivre l'initiative de Canaccord».

Un gros joueur derrière?

Pour couvrir les frais de l'opération de rachat de PCAA, Canaccord, une firme de courtage de Vancouver, a dit qu'elle inscrirait à ses livres une charge ponctuelle de 54,2 millions, avant impôts. Cela représente 40 % des 138 millions en PCAA visés par l'opération.

Canaccord a dit que l'opération a été rendue possible par l'offre d'achat faite par un tiers parti pour le PCAA en question. La direction de la firme n'a pas voulu révéler l'identité de la mystérieuse société, mais une hypothèse logique porterait sur un établissement financier qui aurait beaucoup à perdre si jamais le vote ne passait pas.

Du même souffle, Canaccord a annoncé que deux dirigeants quittent l'entreprise: le vice-président à la direction et chef des services aux particuliers, Robert Larose, et William Whalen, vice-président à la direction et chef du groupe revenu fixe. La compagnie a dit quelques bons mots au sujet de M. Larose, qui part «pour des raisons personnelles», mais est restée muette au sujet de M. Whalen.


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