L'aérospatiale, une industrie en perpétuel chambardement

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Claude Turcotte
Édition du jeudi 10 avril 2008

Mots clés : Économie, Transport aérien, Aéromart, Montréal

Le salon Aéromart met le pied pour la première fois en Amérique du Nord

Des entreprises aéronautiques de plusieurs pays sont venus au salon Aéromart, dont des États-Unis, de la France, de l'Allemagne, du Japon, mais aussi des pays en émergence, comme la Chine, l'Inde et le Mexique.

Photo: Agence Reuters

Les représentants de 400 entreprises venues de toutes les parties du monde pour participer pendant quelques jours à Montréal au salon Aéromart, une première nord-américaine, auront permis d'entrevoir d'un peu plus près à quel point ces gens sont en perpétuelle interrogation quant à la place qu'ils occupent au sein de cette industrie aérospatiale mondiale.

Ils sont venus bien sûr des pays industrialisés, des États-Unis, de la France, de l'Allemagne, du Japon, mais aussi des pays en émergence, comme la Chine, l'Inde et le Mexique. Évidemment, les Bombardier, Pratt & Whitney, CMC Thales, Rolls-Royce et autres sociétés bien installées ici ont participé. Ce salon, qui jusqu'à maintenant n'avait eu lieu qu'à Toulouse et à Pékin, est surtout un lieu de rencontre où les grands donneurs d'ordres et les fournisseurs entrent en contact pour des échanges formels, préprogrammés et ciblés.

Ce fut le cas, par exemple, dans un symposium France-Québec tenu dans le cadre de ce salon, en vue d'établir des partenariats d'affaires et technologiques entre entreprises, grappes, pôles et créneaux français et québécois. Il y a eu en particulier un contact formel entre le ministre Raymond Bachand et le président de la région Midi-Pyrénées, Martin Malvy, où se trouve Aerospace Valley, un pôle de compétitivité mondial qui rassemble 8500 chercheurs en aéronautique. Toutefois, l'arrimage à effectuer pour réaliser des projets spécifiques est une opération délicate, tant en matière de compétences, qu'en financement public et privé, et même sur la vitesse des décisions qui doivent être prises à divers paliers. Il faut maintenir un équilibre à toutes les étapes, mais encore faut-il commencer par s'entendre sur le projet lui-même. «Il y a un travail de fond à faire avant de passer aux belles idées techniques», a précisé un intervenant français. Le symposium s'est fixé comme objectif de faire démarrer un ou deux projets dans les 12 prochains mois. Divers thèmes sont explorés, par exemple celui d'un avion plus électrique.

Il y a eu cependant l'annonce d'une entreprise conjointe, AAA Canada, fondée par la société française AAA et la firme québécoise Drakkar Ressources humaines, pour offrir des services de sous-traitance spécialisés dans la production en aérospatiale. Il s'agit d'un investissement de cinq millions qui créera une centaine d'emplois dans la région de Montréal.

Le Mexique, olé!

Toutefois, l'illustration la plus frappante des chambardements auxquels l'industrie aérospatiale est soumise a sans doute été la conférence qui avait pour titre «Stratégie à bas coût en zone dollars: Mexique». Elle a été prononcée par Luc Beaudoin, un Québécois qui a travaillé pendant 23 ans pour Bombardier Aéronautique et qui est maintenant installé au Mexique comme vice-président de The Everest Group, fondé il y a 12 ans par un Canadien, Patrick Rider. Cette entreprise n'a rien à voir avec le groupe du même nom qui a été impliqué dans le scandale des commandites au gouvernement canadien.

M. Beaudoin, qui était directeur de la stratégie et du développement des affaires chez Bombardier, s'était d'ailleurs rendu d'abord à Querétaro à la demande de Bombardier, ce qui devait entraîner la décision de construire une usine dans cette ville. Avec Everest depuis un an, M. Beaudoin aide des entreprises qui veulent investir au Mexique. «C'est un monde tout à fait nouveau en aérospatiale. Il y a trois ans, le Mexique n'était même pas sur le radar des grandes compagnies. Toutes les semaines de nouveaux investissements sont annoncés», a-t-il mentionné dans son exposé. Depuis le 11 septembre 2001, a-t-il expliqué, il y a eu des répercussions très fortes sur l'industrie. Puis, il y a le prix du pétrole qui ne cesse d'augmenter et l'arrivée de nouveaux joueurs comme la Chine et le Japon. «Les pressions viennent de toutes parts et personne ne veut payer plus cher pour son billet d'avion. Il ne reste alors que la solution des bas prix», constate M. Beaudoin. Selon lui, les efforts d'optimisation, comme ceux de réduire le nombre de fournisseurs de 80 %, ne suffisent pas, sans oublier le taux de change qui pèse lourd sur les constructeurs d'Europe et du Canada. Où pourront-ils prendre les 20 % additionnels de réduction de coûts dont ils auront besoin? La solution est d'aller dans les pays où les coûts sont faibles. M. Beaudoin parle évidemment des salaires. À cet égard, le Mexique représente une option intéressante, particulièrement pour les Nord-Américains, mais aussi pour les Européens, qui se tournent de plus en plus vers le Mexique, ainsi que les Japonais, soutient-il.


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