Opinion

Ne pas intégrer peut être discriminatoire

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Céline Giroux, Directrice générale de l'Office des personnes handicapées du Québec

Édition du jeudi 10 avril 2008

Mots clés : intégration, EHDAA, Handicapé, Québec (province)

La question si délicate de l'intégration des élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA) a une fois de plus refait surface récemment. Dans les journaux, on a évoqué le manque de ressources et l'épuisement du personnel enseignant, des facteurs le plus souvent rappelés pour «limiter» l'intégration en classe ordinaire de ces élèves.

La position de l'Office des personnes handicapées du Québec à cet égard est et a toujours été très claire: l'éducation doit être inclusive. Elle doit tenir compte de la diversité des élèves et des besoins particuliers de tous et chacun en privilégiant la classe ordinaire dans l'école de quartier. L'intégration d'un élève doit répondre à ses intérêts, tel que l'a réitéré la Cour d'appel du Québec en 2006.

Dans son jugement, la Cour d'appel demandait à une commission scolaire d'envisager des mesures d'accommodement permettant l'intégration d'un élève handicapé en classe ordinaire avant de décider de son classement. L'intérêt de l'enfant demeure le point central de l'analyse et de l'intégration, la norme générale, l'intégration ne se faisant que lorsque l'intérêt de l'enfant le commande et qu'elle ne crée pas une contrainte excessive ni pour l'établissement scolaire ni pour les autres élèves.

Favoriser l'intégration

La notion de contrainte excessive doit être évaluée en fonction de chaque cas. Tenter de la définir sans tenir compte des particularités inhérentes à chaque situation serait inapproprié en plus de risquer de causer préjudice aux élèves handicapés. Rappelons que c'est l'école qui doit faire la preuve que la contrainte est excessive après avoir fait des efforts d'accommodement.

Différentes conditions favorisent la réussite de l'intégration scolaire. D'abord, soulignons que l'organisation des services éducatifs y joue un rôle primordial. Le maintien de deux systèmes, soit les classes spéciales et l'intégration en classe ordinaire, ne permet pas toujours un déploiement efficace des ressources. En effet, le manque de soutien des enseignants au regard de l'intégration des EHDAA en classe ordinaire, déploré par Johanne Fortier, présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), pourrait trouver sa solution par une certaine décentralisation du personnel spécialisé des classes et des écoles spéciales vers les classes ordinaires. Cette avenue a aussi été suggérée par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse dans un avis récent.

Améliorer le soutien

Aussi, on doit intervenir sur la formation initiale et continue des enseignants ainsi que sur le ratio du nombre d'élèves par enseignant dans la classe afin qu'il respecte une charge de travail normale pour l'enseignant (diminuer le nombre d'élèves du groupe en fonction du nombre d'élèves identifiés comme ayant des difficultés qui exigent une attention particulière plutôt que rémunérer davantage l'enseignant pour accepter un dépassement de ratio). De même, on doit améliorer le soutien professionnel et technique, offrir une libération de temps pour travailler en équipe et pour adapter l'approche pédagogique, préparer le groupe-classe et, cela va de soi, soutenir l'équipe-école.

Nous devons également souligner que l'organisation des services doit reposer sur une approche individualisée et non sur une approche catégorielle. En conséquence, c'est le système éducatif qui doit s'adapter aux élèves et non l'inverse.

Une place pour chaque enfant

Par ailleurs, la classe doit être conçue de façon à pouvoir recevoir tous les élèves: aux plans de l'aménagement physique, de l'organisation des services, des programmes d'enseignement et de l'attitude du personnel. L'intégration scolaire dans une perspective inclusive nécessite de repenser l'enseignement et l'organisation des services scolaires. Ceci suppose que l'on accepte que les élèves n'apprennent pas tous au même rythme et de la même manière.

Enfin, une meilleure coordination à l'intérieur du réseau scolaire et avec d'autres réseaux, notamment celui de la Santé et des Services sociaux, ne peut que contribuer à améliorer les conditions favorisant l'intégration.

Je termine en vous laissant sur les mots de Stéphane Laporte dans un article paru dans La Presse du 6 avril: «L'école est là pour permettre à tous les enfants d'avoir une place plus tard dans le monde des grands. Et pour cela, il faut que chaque enfant ait sa place à l'école. Une place au soleil, pas à l'ombre des autres.»


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