Services aux immigrants allophones: l'anglais ne sera plus permanent

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Robert Dutrisac
Édition du mercredi 09 avril 2008

Mots clés : administration publique, allophones, Langue, Immigration, Québec (province), Canada (Pays)

Québec -- Une majorité de nouveaux arrivants allophones pourront continuer à recevoir les services de l'administration publique québécoise en anglais. Mais le gouvernement Charest veut changer les règles pour que ce privilège ne soit pas accordé une fois pour toutes aux immigrants qui sont appelés à se franciser.

Responsable de la Charte de la langue française, la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, a indiqué hier au Devoir que, même si les immigrants conserveront la possibilité de se faire servir en anglais par l'État québécois à leur arrivée au Québec, le gouvernement allait trouver «un mécanisme» pour qu'ils reçoivent après une certain temps toutes les communications gouvernementales en français.

La ministre n'a pas précisé après combien de temps les nouveaux arrivants devront se mettre au français dans leurs relations avec les ministères et organismes publics. «Lorsque la personne est intégrée, un temps court, le plus court possible», a dit Mme St-Pierre. La ministre a mandaté le sous-ministre du Secrétariat à la politique linguistique, Guy Dumas, pour qu'il conçoive d'ici l'été un mécanisme qui convienne.

Dans un article du Devoir, on apprenait hier que ministères et organismes publics désignent comme anglophones jusqu'à 75 % des nouveaux arrivants allophones, dont plusieurs ont pourtant une certaine connaissance du français mais aussi, dans bien des cas, de l'anglais. Ces immigrants obtiennent ensuite, leur vie durant, que l'anglais soit la langue dans laquelle l'État québécois communique avec eux.

Lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, le chef de l'opposition officielle, Mario Dumont, a affirmé que cette pratique découle de «la politique du laisser-aller» du gouvernement en matière de langue et qu'elle s'ajoute au «portrait inquiétant de l'anglicisation de Montréal», aggravée par la hausse «disproportionnée» des seuils d'immigration. «S'il y a une chose qu'on a comprise comme collectivité dans le débat des accommodements raisonnables, c'est bien que l'aplaventrisme ne mène nulle part. Ça inclut l'aplaventrisme linguistique, la paresse linguistique du gouvernement», a lancé M. Dumont.

Le premier ministre Jean Charest a répliqué en accusant Mario Dumont et son parti d'être «contre ça, l'immigration». Citant le faible taux de natalité des Québécoises et les pénuries de main-d'oeuvre, M. Charest a déclaré que «ce que le Québec est capable de faire amplement, c'est justement recevoir des gens et de les intégrer à la société québécoise».

Le porte-parole du Parti québécois en matière de langue, Pierre Curzi, estime que les consignes suivies par l'administration publique avec les nouveaux arrivants entraînent le Québec «vers une bilinguisation». Un changement à la Charte de la langue française est peut-être nécessaire, a avancé le député.

La Charte prévoit que la correspondance de l'administration avec les personnes physiques peut être dans une autre langue que le français lorsque ces personnes ne s'adressent pas à elle en français. Il ne s'agit pas d'une obligation mais d'une permission. Ce principe fut repris en 1996 par la Politique gouvernementale relative à l'emploi et à la qualité de la langue française dans l'administration, qu'a fait adopter Louise Beaudoin.

La pratique qui s'est instaurée depuis permet à quiconque de se faire classer en tant qu'anglophone auprès de l'administration. C'est contraire à l'esprit de la politique de 1996, a dénoncé hier Louise Beaudoin. «Il faut revoir la politique linguistique pour faire en sorte d'intégrer les immigrants», a-t-elle fait valoir. Comme c'est le cas pour l'éducation, seuls les anglophones de souche devraient pouvoir se faire servir en anglais par l'État québécois, estime-t-elle.


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