Opinion
Libre opinion - Quelques questions à propos de nos universités à l'oeuvre
Mots clés : UQAM, Université, Québec (province)
Depuis le début de l'affaire des égarements immobiliers de l'UQAM, on ne peut que s'étonner de l'attitude distante de la communauté universitaire. Un silence lourd et accusateur prévaut, quand ce n'est pas carrément l'opprobre qui se fait entendre. Ainsi, on perçoit, aussi bien dans le message du recteur de l'Université de Sherbrooke, Bruno-Marie Béchard (La Presse, 26 mars 2008), que dans l'extraordinaire silence de l'UQ, une réprimande, un reproche unique qui débouche sur une conclusion qui va toujours dans le même sens: «Il ne faut pas que les universités aient à payer pour les dérapages immobiliers de l'UQAM.» Quand on y réfléchit bien, on a souvent l'impression que, plutôt que ses dérapages, c'est l'existence même de l'UQAM qui dérange tout le monde.
«Il faut bâtir un réseau d'éducation qui soit "compétitif" sur la scène internationale, selon le maître-mot qui est revenu inlassablement dans la bouche de la présidente de la CREPUQ [...]. Les étudiants québécois aussi devraient payer plus, croit Mme Munroe-Blum: "Nous devons faire montre du courage nécessaire et de la volonté politique de repenser notre politique "Dollarama" en matière de droits de scolarité: une politique qui ne favorise ni l'accessibilité ni la qualité et qui met en péril la santé financière de nos universités."»
Battage médiatique
Si, au contraire du discours entendu, c'était l'UQAM qui était en train de subventionner les projets immobiliers des autres universités? Si tout le battage médiatique autour des dérapages de l'UQAM, battage qui par moments tenait de l'acharnement, avait aussi servi à faire écran à l'existence d'initiatives immobilières, de montages financiers, de projets ou d'intentions de développement peut-être tout aussi risqués de la part des autres universités? Par exemple, l'UQAM, fort bien placée au centre ville, est-elle devenue encombrante pour le développement du CHUM, alors que les lenteurs dans sa construction pénalisent le projet du grand hôpital universitaire de McGill?
Enfin, encore un exemple: l'UQAM, avec ses besoins d'espace et ses initiatives immobilières, aurait-elle pu déranger les projets de l'Université de Sherbrooke? Lu dans La Presse le 26 mars: «Québec annoncera sous peu qu'il financera la construction du campus de l'Université de Sherbrooke à Longueuil. Les locaux accueilleront toutefois les premiers étudiants un an plus tard que prévu. La faute à l'UQAM et à ses mésaventures immobilières, dit le recteur sherbrookois Bruno-Marie Béchard [...]. Mais s'il a été plus scrupuleux, Québec sera aussi plus généreux que prévu envers l'Université de Sherbrooke puisqu'il assumera une partie du projet évalué à 150 millions. Le gouvernement ne devait pourtant pas y verser un seul sou.»
Les questions soulevées ci-dessus ne sont qu'hypothèses dont on pourrait débattre et sont loin d'invoquer une quelconque théorie du complot. Elles suggéreraient plutôt une sorte d'effet de dominos dans un monde de «chacun pour soi». Par contre, le projet Sherbrooke-
Longueuil, peut-être le plus farfelu, n'est pas une hypothèse. Il est à se matérialiser, et il faudra bien tôt ou tard en assumer collectivement les coûts.
Quelqu'un peut-il nous expliquer à quelle logique, à quels principes de gestion, à quelles règles comptables, à quelle idéologie et à quelle vision de l'avenir peut bien répondre ce projet de l'Université de Sherbrooke à Longueuil?
Quels liens le conseil des ministres et le Conseil du trésor entretiennent-ils avec les désirs d'expansion de l'Université de Sherbrooke, les besoins de sa région, de Montréal et de sa banlieue? Il n'est évidemment pas question de défendre ici les graves manquements de l'ex-recteur de l'UQAM, Roch Denis, qui semble avoir caché la vérité au conseil d'administration de l'UQAM. Mais on sent tout de même qu'il y d'autres cachotteries dans toutes ces histoires.
Tristement, force nous est d'admettre qu'il est de plus en plus difficile d'accorder la moindre confiance à nos institutions et que le faire relèverait presque de la bêtise ou de la naïveté. Finalement, faut-il le souligner, cette perte de confiance ne devrait certainement pas être le lot des seuls uqamiens.

