Opinion

Lettre à la ministre Marguerite Blais - Un gouvernement grand parleur qui déçoit

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Chloé Sainte-Marie, Artiste et aidante naturelle

Édition du mercredi 09 avril 2008

Mots clés : aidants naturels, Marguerite Blais, santé, Québec (province)

En mars dernier, vous vous êtes engagée à donner suite à la principale recommandation du rapport de la consultation publique, soit d'améliorer les conditions de vie des aînés par un réinvestissement majeur dans les services à domicile. Le Dr Réjean Hébert, coprésident de cette consultation et expert en gérontologie, a estimé à plus de 500 millions de dollars les investissements nécessaires pour y arriver. Or, entre son estimation et les mesures annoncées dans le dernier budget, il y a loin de la coupe aux lèvres.

En effet, le gouvernement octroie un fonds de 80 millions de dollars répartis comme suit: majoration de crédit d'impôt (35 millions), nouveau crédit (dix millions), nouveaux fonds Chagnon (30 millions) et programme «Respect des aînés» (cinq millions).

Rien de concret

En y regardant de plus près, je comprends que les mesures de simplification et de majoration des crédits d'impôt visent uniquement les personnes âgées de 70 ans et plus. C'est bien, mais ça exclut bon nombre d'aidants. De plus, si on cumule la majoration et le nouveau crédit, on arrive à une augmentation des crédits de 4290 $ par an, soit 11,77 $ par jour ou 0,49 ¢ de l'heure. Croyez-vous vraiment que ce soit suffisant? Surtout que, pour y avoir droit, il faut avoir lu et compris les 27 pages du document explicatif...

Quant aux fonds Chagnon, le premier (15 millions) vise le développement des enfants de zéro à cinq ans vivant en milieu vulnérable et est donc à retrancher de la somme 80 millions; quant au deuxième, il porte sur le développement de services auprès des aidants naturels. Il faudra cependant attendre que les objectifs et modalités soient définis... Rien de bien concret! Enfin, le programme «Respect des aînés» cible avant tout le dépistage de la violence et ne concerne pas les aidants.

Dans le vague

Je ne suis pas une spécialiste des énoncés budgétaires. Je ne suis ni comptable ni fiscaliste. Toutefois, comme le Dr Hébert et de nombreux aidants, je pense que vous êtes restée dans le vague et que l'aide qui nous concerne est noyée dans une série d'annonces sans commune mesure avec nos besoins immédiats de répit et d'aide financière.

Or, au moment où le Québec doit absolument prendre un virage majeur et sans équivoque en faveur du soutien à domicile et aux aidants, on assiste plutôt à un saupoudrage de mesures certes utiles mais insuffisantes à combler les besoins criants des personnes qui ont choisi de s'occuper de leurs proches plutôt que de les placer en institution.

Cela me fait dire que, contrairement à l'impression positive que j'avais eue à la suite de notre rencontre dans le cadre de votre consultation, le gouvernement n'a pas saisi l'ampleur des besoins ni le changement radical que cela impose dans l'attribution des fonds publics. Avec le vieillissement de la population et les coûts de l'institutionnalisation, c'est à n'y rien comprendre!

Mesures novatrices

Devrons-nous, comme aidants, inscrire nos proches sur les listes d'attente des CHSLD ou les reconduire à l'urgence, voire carrément sur la colline parlementaire, pour que le gouvernement comprenne qu'il y a urgence à soutenir véritablement l'indispensable rôle que nous jouons dans nos familles et dans la société?

Je vous ai parlé de mesures novatrices afin de mieux appuyer les bénévoles qui nous soutiennent et d'offrir une compensation financière aux aidants, comme le fait le gouvernement du Vermont; je vous ai parlé, et je l'avais aussi exprimé à votre collègue des Finances et du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, de l'iniquité qui existe entre les familles d'accueil, qui hébergent des personnes en perte d'autonomie -- elles reçoivent le soutien de l'État --, et l'absence de soutien pour les proches qui gardent à domicile un membre de leur famille.

Comprenez-moi bien, Mme la ministre: la situation est urgente, voire catastrophique pour plusieurs d'entre nous. Qu'attendez-vous pour aller au-delà des bons sentiments et agir véritablement? Qu'attendez-vous pour être tout simplement conséquente avec la priorité que vous avez vous-même énoncée: priorité aux soins à domicile?

Chez les aidants que je côtoie régulièrement, la déception est grande et la colère gronde... Vous avez semé de l'espoir avec votre consultation, vous risquez fort de récolter la tempête avec les mesures insuffisantes annoncées.


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