Juge et partie
Mots clés : griefs, enseignement, Éducation, Français (langue), Québec (province)
Le cri du coeur des professeurs de français, poussé en nos pages hier, n'est pas à prendre à la légère. Las de maugréer inutilement contre les manières débranchées du ministère de l'Éducation, le groupe a décidé d'agir: au risque de jouer l'absent qui a tort, il quitte avec fracas l'espace de consultation destiné à façonner les programmes de français promis aux écoles.
Voilà des années que les griefs s'accumulent à l'endroit du géant Éducation. On reproche au colosse de diriger sans âme, plongeant un million d'élèves dans des programmes qui pèchent par obscurantisme. Longtemps patiente et docile, l'Association québécoise des professeurs de français ajoute sa voix à un concert de protestations bien connu. Le ministère négligerait de sonder véritablement les professionnels du terrain lorsqu'il élabore et valide les programmes.
L'envie nous tenaille: pourfendre les fonctionnaires du ministère de l'Éducation avec ça? Depuis l'avènement de la réforme de l'éducation, ils portent sur leurs épaules plusieurs des maux de l'école. Des programmes illisibles. Des communications équivoques. Des bulletins incompréhensibles.
Jusqu'à la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, qualifiée cette fin de semaine dans Le Devoir d'«impétueuse», qui osa en pleine télévision un vivifiant soufflet à l'endroit de «ses» fonctionnaires, laissant entendre qu'elle n'accepterait pas d'être avalée par le gigantisme de la machine.
Les bureaucrates du ministère ne sont pas les seuls responsables des déroutes de l'école. Rappelons-le: la réforme, que certains croient née de l'imagination d'un cercle restreint de scribes, fut décidée lors d'États généraux... consensuels!
Mais l'appareil, dont plusieurs critiquent l'opulence, semble perdre contact avec la commande initiale et -- pire encore -- le réel. Voilà pourquoi la ruade des professeurs de français a de quoi inquiéter. Après les syndicats, dont on ne peut malheureusement entendre les doléances sans craindre la litanie de suppliques, après les lobbys, dont les lamentations camouflent souvent un tordu jeu de pouvoir, sur qui donc pourront reposer les examens critiques et les analyses crédibles si les experts désertent aussi le navire, refusant d'apposer leur sceau sur un processus stérile?
Cette mise en garde survient au moment où la ministre a promis de revoir le détail non seulement des programmes de français, mais de tous ceux qui sont liés à la réforme. Les premiers acteurs de l'école, véritables témoins de ce qui s'y joue au quotidien, doivent être partie prenante de cet examen.
S'agira-t-il toutefois d'une consultation bidon, promise pour la forme puis partie à vau-l'eau? D'une opération effectuée à la sauvette? D'un processus décidé d'avance auquel des «experts du terrain» triés sur le volet devront donner leur aval sans rechigner?
La commande n'est pas mince. Le ministère, qui par la voix de sa ministre s'est ainsi fait juge et partie, critique d'une réforme qu'il avait lui-même enfantée, réussira-t-il à contenir de vieux réflexes pour encourager un examen ouvert à toutes les critiques? On nous permettra encore d'en douter.
Vos réactions
Des spécialistes et des vulgarisateurs! - par Michel Lebel
Le mardi 08 avril 2008 16:00
Pour faire simple - par Serge Bouchard
Le mardi 08 avril 2008 12:00
Les bienfaits de l'analyse structurale à l'école! (Chemin de l'excellence) - par André Provost (mapl7@hotmail.com)
Le mardi 08 avril 2008 10:00
Revenir à l'essentiel - par Mme Raphaella Robitaille
Le mardi 08 avril 2008 09:00
Le min de l'Éduc - par Raoul Larocque
Le mardi 08 avril 2008 07:00

