Dissidence des profs de français

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Alexandre Shields
Édition du lundi 07 avril 2008

Mots clés : programmes, enseignants, Français (langue), Éducation, Québec (province)

Ils se retirent du processus de validation des programmes, jugé déficient

Jugeant que le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport ne mène pas de «véritable consultation» dans l'élaboration des programmes de français, l'Association québécoise des professeurs de français (AQPF) a décidé de se retirer du processus de validation de ces programmes. Le regroupement dit ainsi vouloir dénoncer sur la place publique une démarche «aussi précipitée que mal ficelée».

«Nous sommes déçus de constater une fois de plus que les consultations menées par l'équipe ministérielle responsable des programmes de français ne sont pas conformes à la conception généralement répandue de ce que devrait être ce type d'opération», soutient l'Association québécoise des professeurs de français dans un texte publié aujourd'hui en page A 7 du Devoir. «Nous considérons que l'élaboration des programmes n'a pas été faite, comme on le prétend encore à ce jour, par des dizaines voire des centaines d'enseignants. Non, les programmes ont été rédigés par quelques enseignants et des fonctionnaires du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport, soucieux de ne pas se laisser détourner de leurs objectifs et sourds aux propositions d'experts et d'enseignants insatisfaits.»

L'Association estime avoir été carrément écartée du processus, ne faisant office que de simple sceau d'approbation, même si ces membres sont au premier rang quand vient le temps d'appliquer au quotidien lesdits programmes au primaire et au secondaire. «On aurait voulu être consultés en amont, au moment où tout ça est élaboré, mais ça ne s'est pas fait, a expliqué hier la présidente de l'Association, Arlette Pilote. Et c'est un scénario qui s'est répété d'une année à l'autre avec différents programmes. On a participé [au processus de validation] en se disant qu'il valait mieux ça que de ne rien voir.»

Cette année, l'AQPF a cependant décidé que c'en était assez. «Si nous avons décidé de ne pas nous inscrire une fois de plus dans cette démarche aussi précipitée que mal ficelée, écrit-on dans le texte, c'est parce que nous avons dû nous rendre à l'évidence qu'il y a pire que la politique de la chaise vide: il y a celle qui consiste à cautionner une démarche qui ne correspond pas à notre idée de ce qu'est une véritable consultation.»

Démarche précipitée?

En effet, a soutenu Mme Pilote, «on s'est aperçus qu'il était trop tard pour se prononcer parce que toutes les propositions que l'on a formulées à ce stade [de la validation], ça n'a pas donné grand-chose, parce qu'elles n'ont pas été prises en compte pour la simple raison qu'ils ne peuvent pas recommencer l'écriture du programme au moment où l'équipe doit présenter le document à la ministre pour que ce soit approuvé, ce qui se fait pendant l'été. Alors, s'ils nous convoquent en mai pour la validation, ils n'ont pas le temps de reprendre de grandes parties du programme, c'est sûr».

En fait, a poursuivi la présidente de l'AQPF, «ils vont tellement vite que les moments où ils devraient consulter, ils les escamotent». «Au ministère, a ajouté Mme Pilote, on m'a dit qu'ils avaient des délais très courts, des échéances très serrées, qu'on leur demandait de produire des programmes à toute vitesse, autant leurs supérieurs hiérarchiques que le milieu, qui les attendait avec beaucoup de hâte. En réalité, les enseignants de français n'attendent pas les programmes avec tant de hâte, ils attendent de bons programmes.»

Pourquoi procède-t-on de la sorte, malgré les critiques? L'Association québécoise des professeurs de français y va de deux hypothèses «inquiétantes». «Soit les fonctionnaires qui rédigent les programmes agissent dans la précipitation et l'urgence, et n'ont plus de temps à consacrer à une consultation digne de ce nom qui les forcerait, au bout du compte, à modifier des parties trop importantes du programme; soit on est en présence d'une entreprise qui vise à écarter des intervenants de premier plan qui auraient des propositions éclairées à faire sur les programmes.»

Comité de validation

Il existe bien un comité élargi d'élaboration des programmes, regroupant plusieurs acteurs du milieu de l'éducation, mais leur tâche se serait plutôt résumée à «se prononcer sur les orientations générales, souligne l'AQPF. La fonction réelle des membres du comité est plus la validation que la conception et l'élaboration des programmes».

«Certains membres du comité élargi, des praticiens pourtant jugés experts dans leur milieu, nous ont confié qu'ils se sentaient plus ou moins aptes, en quelques journées de rencontres sporadiques, à jauger de façon critique les propositions qu'on leur présentait, faute de grilles d'analyse nécessaires, affirme l'Association. Alors, désigner ces comités sous l'appellation de "comité d'élaboration" n'est-il pas abusif quand on sait que l'action d'élaborer signifie préparer mûrement par un lent travail de l'esprit, construire, échafauder, faire?»

Une enseignante du secondaire participant au comité élargi du programme de français leur aurait d'ailleurs fait part de son malaise quant aux façons de faire: «Après avoir passé quelques sessions de deux jours au comité d'élaboration de ce programme, je doute encore de la contribution réelle de ce comité au produit final. Il ne faut pas valider ainsi en coup de vent.»

L'Association décrie aussi le fait que le processus d'élaboration se déroule «sous le sceau du secret, tout membre participant au comité élargi s'engageant à ne rien dévoiler de ce qui s'y discute, sous prétexte de ne pas fournir d'informations aux maisons d'édition».

Plus de consultations

Pourtant, a-t-elle rappelé, le gouvernement avait promis, dès 2001 -- lorsque le processus d'élaboration du programme de formation pour le secondaire a été présenté --, qu'il y aurait «beaucoup de consultations, que tous les intervenants seraient consultés». Rien de significatif n'a depuis été fait dans ce sens, a-t-elle jugé, malgré des appels répétés à la personne responsable de l'enseignement de français au ministère de l'Éducation.

Il n'a toutefois pas été possible hier d'obtenir de réponse à ce sujet de la part du ministère, qui n'a pas répondu aux appels et aux courriels du Devoir. La ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Michelle Courchesne, a néanmoins, selon Arlette Pilote, répondu à certaines demandes, «après de gros cris», notamment en ce qui a trait aux préoccupations liées à la progression et à la hiérarchisation des connaissances.

Mais il resterait beaucoup de chemin à faire. «Malgré nos demandes pour que le déroulement de la consultation soit modifié et que l'on nous accorde davantage de temps cette fois-ci pour prendre connaissance du document du programme, consulter nos membres et élaborer des propositions de modifications, le même calendrier impossible nous a été imposé, fait-on valoir dans le texte publié aujourd'hui. Ce calendrier, qui couvre à peine plus d'un mois, ne permet pas une analyse sérieuse et nous oblige à agir dans la précipitation et sans le sérieux qu'un tel exercice nécessiterait.»

Selon Mme Pilote, on a simplement proposé à l'AQPF, par exemple, d'allonger la période de temps où les intervenants pourraient prendre connaissance du document du programme, avant validation. Qui plus est, l'Association aurait eu droit à «une journée de validation à part des autres partenaires». Des mesures qu'elle estime insuffisantes. «Ils nous invitent parce que ça fait bien de dire que l'AQPF était là, mais, dans les faits, 90 % des gens qui vont à cette validation n'ont rien à voir avec l'enseignement du français. Des directeurs d'école, des gens de tous horizons, qui ne sont pas des didacticiens, ou des gens qui ont déjà enseigné le français. Ils approuvent mais ils n'ont pas de grille d'évaluation d'un tel programme. On considère que c'est ridicule.»


Vos réactions


Enfin - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le lundi 07 avril 2008 09:00

sé po juste - par Serge Bouchard
Le lundi 07 avril 2008 09:00

Ce n'est pas ridicule Mme ... - par Mario Tremblay
Le lundi 07 avril 2008 07:00

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