Opinion

L'Association des professeurs de français se retire du processus de validation des programmes

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Luc Papineau et Anne Robitaille, Représentants du secondaire à la Commission pédagogique de l'AQPF
Arlette Pilote, Présidente de l'Association québécoise des professeurs de français (AQPF)

Édition du lundi 07 avril 2008

Mots clés : programme, Association des professeurs de français, Langue, Éducation, Québec (province)

Pour la première fois, l'Association québécoise des professeurs de français (AQPF) a décidé de ne pas participer à l'opération validation du programme de français menée par l'équipe responsable des programmes de français au ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS).

Pourquoi ce désistement au moment où il est question de valider le programme de 5e secondaire? Parce que nous considérons que cette opération menée auprès de différents partenaires depuis 2001, à mesure qu'ont été rédigés les programmes du primaire et du secondaire, n'est pas ce qu'elle prétend être. Bien que nous ayons déploré cet état de fait auprès de la responsable de l'enseignement de français au MELS, aucune amélioration n'a été apportée.

En effet, malgré nos demandes pour que le déroulement de la consultation soit modifié et que l'on nous accorde davantage de temps cette fois-ci pour prendre connaissance du document du programme, consulter nos membres et élaborer des propositions de modifications, le même calendrier impossible nous a été imposé. Ce calendrier, qui couvre à peine plus d'un mois, ne permet pas une analyse sérieuse et nous oblige à agir dans la précipitation et sans le sérieux qu'un tel exercice nécessiterait.

Hypothèses

On peut légitimement se demander ce qui motive l'imposition d'un tel processus et avancer deux hypothèses: soit les fonctionnaires qui rédigent les programmes agissent dans la précipitation et l'urgence et n'ont plus de temps à consacrer à une consultation digne de ce nom qui les forcerait, au bout du compte, à modifier des parties trop importantes du programme; soit on est en présence d'une entreprise qui vise à écarter des intervenants de premier plan qui auraient des propositions éclairées à faire sur les programmes. Les deux hypothèses sont aussi inquiétantes l'une que l'autre au chapitre des résultats.

Le processus d'élaboration du programme de formation pour le secondaire a été présenté en 2001 comme devant être fondé sur le travail de comités d'élaboration dans chacune des disciplines. Ces comités dits «élargis», formés de vingt à trente enseignants selon la matière, étaient censés participer à l'écriture des programmes. Les enseignants qui les composeraient auraient été choisis par les commissions scolaires en fonction d'un profil recherché par le MELS.

Or, des informations relatives au travail du comité élargi sur le programme de français, qui s'effectue lors de quelques rencontres annuelles avec les responsables du ministère, nous convainquent que le mandat qui a été dévolu au comité d'élaboration est beaucoup moins déterminant que ce qui avait été annoncé au départ.

Jouer sur les mots

Dans les faits, les programmes successifs, celui du primaire et celui du secondaire, ont été entièrement élaborés par une équipe restreinte de quelques rédacteurs de l'équipe ministérielle, et la seule tâche du comité élargi a consisté à se prononcer sur les orientations générales. La fonction réelle des membres du comité est plus la validation que la conception et l'élaboration des programmes. On joue sur les mots quand on tente de laisser croire le contraire.

Certains membres du comité élargi, des praticiens pourtant jugés experts dans leur milieu, nous ont confié qu'ils se sentaient plus ou moins aptes, en quelques journées de rencontres sporadiques, à jauger de façon critique les propositions qu'on leur présentait, faute de grilles d'analyse nécessaires. Alors, désigner ces comités sous l'appellation de «comité d'élaboration» n'est-il pas abusif quand on sait que l'action d'élaborer signifie préparer mûrement par un lent travail de l'esprit, construire, échafauder, faire?

Ainsi que le souligne une enseignante du secondaire participant au comité élargi du programme de français: «Après avoir passé quelques sessions de deux jours au comité d'élaboration de ce programme, je doute encore de la contribution réelle de ce comité au produit final. Il ne faut pas valider ainsi en coup de vent.»

Déception

De plus, est-ce bien justifié que le processus d'élaboration se déroule sous le sceau du secret, tout membre participant au comité élargi s'engageant à ne rien dévoiler de ce qui s'y discute, sous prétexte de ne pas fournir d'informations aux maisons d'édition? Quand on sait que les maisons d'édition sont les premières informées des contenus des programmes d'études, on se questionne sur la nécessité de travailler ainsi dans le plus grand mystère.

Par ailleurs, on peut se demander également pourquoi on n'a pas réuni, comme on l'avait promis, les didacticiens de l'Association internationale pour la recherche en didactique du français (AIRDF) et ceux de l'AQPF pour faire une analyse sérieuse du programme avant qu'il n'arrive en phase finale de validation?

Résumons. Nous sommes déçus de constater une fois de plus que les consultations menées par l'équipe ministérielle responsable des programmes de français ne sont pas conformes à la conception généralement répandue de ce que devrait être ce type d'opération. Nous considérons que l'élaboration des programmes n'a pas été faite, comme on le prétend encore à ce jour, par des dizaines voire des centaines d'enseignants. Non, les programmes ont été rédigés par quelques enseignants et des fonctionnaires du MELS, soucieux de ne pas se laisser détourner de leurs objectifs et sourds aux propositions d'experts et d'enseignants insatisfaits.

Certains se demanderont pourquoi l'AQPF a attendu aussi longtemps pour se retirer de ce processus que nous dénonçons aujourd'hui? C'est simplement parce que nous étions persuadés que la politique de la chaise vide n'était pas la bonne. Si nous avons décidé de ne pas nous inscrire une fois de plus dans cette démarche aussi précipitée que mal ficelée, c'est parce que nous avons dû nous rendre à l'évidence qu'il y a pire que la politique de la chaise vide: il y a celle qui consiste à cautionner une démarche qui ne correspond pas à notre idée de ce qu'est une véritable consultation.


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