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Harpur récidive
Car j'aime bien distinguer la foi chrétienne de la religion catholique, protestante ou autre. Pour ma part, j'adhère profondément à la foi chrétienne, tout en appartenant sociologiquement à la religion catholique.
J'aimerais réagir à deux des affirmations de Harpur. D'abord sur l'historicité de Jésus. Y en a marre de voir revenir à la surface cette «niaiserie» que Jésus n'aurait pas existé historiquement. Que fait-on alors des témoignages extérieurs au christianisme ? Pline, Tacite, Suétone et Josèphe qui attestent l'existence de Jésus auraient été influencés par les chrétiens ? Vraiment ce n'est pas sérieux ! Que Jésus soit né à Nazareth ou à Bethléem, voilà un détail de moindre importance. On connaît peu de chose de la plupart des fondateurs de religions ou de philosophies d'autrefois. Leur naissance et leur enfance se perdent souvent dans le brouillard et sont reconstituées avec des matériaux légendaires. Même Bouddha, dont on connaissait pourtant bien la naissance et l'enfance dans la royauté indienne, n'a pas échappé à la légende. Personne ne doute pour autant de son existence historique.
Ensuite sur la valeur des emprunts mythiques. Harpur parle d'emprunts au paganisme précédent. Là-dessus il a raison. J'irais même plus loin que lui, en faisant ressortir la richesse symbolique de ces liens avec le passé non seulement païen mais aussi spirituel et religieux. Les Évangélistes n'étaient pas dupes quand ils s'appliquaient à démontrer que Jésus venait accomplir ce qui avait été annoncé dans les Écritures, principalement dans Isaïe. Et les liens symboliques foisonnent, comme les 153 gros poissons de la pêche miraculeuse. L'emprunt ne se fait pas au détriment de la vérité historique, bien au contraire. Il vient lui donner son sens véritable, celui de l'incarnation de l'Amour divin en réponse au questionnement plusieurs fois millénaire de l'humanité. Bien sûr le paganisme - ou plutôt les religions polythéistes - a fourni de multiples exemples de vierges enceintes et de pharaons qui ressuscitent, mais le plus riche terreau pour le christianisme naissant se trouvait plus près dans l'espace et parfois plus loin dans le temps. Le judaïsme fonctionnait déjà tant dans le mythique que dans l'historique. Les découvertes archéologiques l'ont suffisamment démontré. Et l'aspect mythique, loin d'appauvrir l'histoire, lui a toujours donné son épaisseur tant humaine que divine. Si l'on remonte à plus de deux millénaires du temps de Jésus, on se trouve en présence d'un récit mythique d'une grande beauté de même que d'une immense richesse spirituelle. Il s'agit de l'Épopée de Gilgamesh, ce récit sumérien, le tout premier écrit spirituel de l'humanité, qui s'écrivait sur de l'argile encore molle grâce à des coins qu'on y enfonçait, d'où l'appellation d'écriture cunéiforme. Ce récit contient déjà une allusion évidente à la recherche de l'immortalité et au déluge que plusieurs traditions reprendront jusqu'à ce que ces éléments soient dans l'air du temps lors de l'écriture de l'Ancien Testament. Mais les dieux y étaient encore nombreux, tout comme dans la Grèce du temps de Jésus. La véritable monothéisme n'aurait pris son essor qu'avec Moïse. Mais il avait été précédé d'un bon siècle en Égypte par le pharaon Akhénaton et son épouse la belle Néfertiti, qui ont même fondé une nouvelle capitale pour y développer le culte de l'unique Dieu, Aton le disque solaire. La nouvelle religion n'a pas survécu à la mort du pharaon Akhénaton. Mais l'idée a sûrement fait son chemin. C'est ainsi que même les religions progressent : en empruntant au passé, mais en évoluant au fil du temps. Les Évangélistes et Paul n'ont pas fait autrement. Ils avaient entre les mains - si l'on peut dire - un personnage hors nature. Ils ont fait valoir à quel point ce personnage était plus qu'anecdotique, qu'il apportait un message hors du commun et que ce message était valable pour tous les temps et tous les peuples. Ainsi s'est développé une spiritualité qui s'est répandue comme traînée de poudre, grâce certes à des circonstances étrangement facilitantes. D'où de graves et durables abus d'autorité dans la religion qui en est née : le catholicisme. Mais l'essentiel demeure. Et il est lié à la naissance et à la vie de Jésus de Nazareth et à l'enrichissement symbolique de ce qui avait précédé Jésus comme de ce qui l'a suivi. Chaque religion apporte quelque chose à l'humanité, tout comme chacune comporte son lot d'excès et d'abominations. Mais chacun est libre d'y puiser le meilleur et d'en rejeter les scories.
