Courchesne l'impétueuse
Mots clés : Gouvernement, Michelle Courchesne, éducation, Gouvernement, Québec (province)
Qui est donc celle qui, depuis un an, s'est révélée comme une des meilleures compteuses de l'équipe libérale minoritaire?

Photo: Jacques Nadeau
À l'Orchestre symphonique de Montréal, où elle fut directrice générale, ses impatiences sont aussi entrées dans la légende. Au ministère de l'Éducation, certains fonctionnaires craignent que, dans un accès de colère, elle ne «commette d'importants précédents». Au reste, lorsque la crise de l'UQAM a éclaté, Mme Courchesne a passé quelques savons bien sentis à la rectrice par intérim, racontent plusieurs sources. «Même si c'était légitime, c'était très tendu.»
Colérique, peut-être, mais efficace, Michelle Courchesne. Nommée ministre de l'Éducation du gouvernement minoritaire le 18 avril 2007, la crise budgétaire n'était pas encore résorbée, le 30 mai suivant, qu'elle pouvait déjà annoncer le retour du bulletin chiffré, unique, ainsi que la réintroduction du redoublement. Elle n'avait pas perdu de temps, c'est le moins qu'on puisse dire. L'application a certes été chaotique, mais peu à peu, les chiffres et les moyennes de groupe entrent dans les moeurs. «On l'a fait», dit-elle aujourd'hui avec fierté. Il n'y a pas que les éditorialistes qui la célèbrent. Son dernier adversaire péquiste dans Fabre, l'universitaire Guy Lachapelle, reconnaît qu'«elle fait une bonne job à l'Éducation».
Réussite et fougue
La sénatrice libérale Lise Bacon était ministre de la Culture lorsqu'elle a sacré Michelle Courchesne sous-ministre adjointe. Elle l'avait remarquée lorsque cette dernière était conseillère municipale à Laval. «Je trouvais que c'était une femme efficace, qui travaille fort, qui n'a pas peur d'avancer dans des dossiers, qui n'a pas à se faire dire quoi faire.» Et le résultat a été très satisfaisant, selon Lise Bacon. Michelle Courchesne a réussi «avec doigté» à décentraliser le ministère de la Culture après avoir fait une grande tournée dans toutes les régions du Québec.
Émotive? «Oui, elle a des émotions. De grandes émotions qui la font réagir un peu rapidement parfois.» Mme Bacon, par exemple, doute que la première réaction de la ministre, dans le cas du hockey junior, était la bonne. «Elle s'est reprise par après.» Au fond, dit la sénatrice, «sa rationalité prend finalement le dessus et l'aide à passer au travers».
L'émotivité, au demeurant, est nécessaire en politique: «Si on n'a pas d'émotions pour ce qui se passe autour de nous... ça ne sert à rien d'être en politique.» Ce que certains appellent «émotion» chez Michelle Courchesne se confond avec une grande sensibilité. «Elle a une qualité qui ne s'enseigne pas: elle écoute la population. C'est une véritable représentante du peuple», dit une source.
Lorsqu'elle était la ministre de la Culture de Robert Bourassa, au début des années 90, Liza Frulla fit de Michelle Courchesne sa sous-ministre «en titre». C'était un tandem redoutable: deux «"émotives positives", c'est comme ça que je nous décris. On a le sens du devoir et on veut que ça marche!». Malgré la crise budgétaire, le duo Frulla-Courchesne a réussi à aller chercher des crédits «neufs» pour l'application de la nouvelle politique culturelle qu'elles venaient de définir.
Toutefois, le fait qu'on revienne toujours sur le caractère émotif de son amie exaspère Liza Frulla. «Pour le même comportement, on dira qu'une femme est émotive et qu'un homme est déterminé! Ça m'énerve.» Michelle Courchesne est une femme «convaincue et qui aime convaincre fermement», croit l'ancienne ministre.
Dire tout haut...
Lorsqu'on lui demande si elle est «émotive», Michelle Courchesne se dit «un peu agacée». D'une part, à ses yeux, plusieurs confondent «émotivité» et la capacité de «dire tout haut, avec intensité, ce que plusieurs pensent tout bas». Lorsqu'elle a reconnu que la piètre maîtrise du français des élèves de la «réforme» l'inquiétait, lorsqu'elle a dit que cette réforme avait besoin de «réalignements», elle estime avoir brisé des tabous qui empêchaient la société québécoise de se regarder en face.
Elle concède toutefois ceci: «Probablement que, parfois, il y a des vérités que j'ai dites trop rapidement.» Il demeure que, pour elle, «être en politique, c'est une affaire de conviction, et il faut se battre, il faut parler, il faut défendre son point de vue, il ne faut pas se retenir dans ce qu'on a à dire. Il faut savoir choisir le bon moment, d'accord».
L'«émotivité» a au moins une vertu: Michelle Courchesne décode rapidement une situation et agit vite. Le jour de son assermentation, le 18 avril 2007, elle dérape en commentant le caractère paritaire du conseil des ministres: «Les femmes, en politique, sont généralement déterminées [...]. J'espère franchement que nous apportons -- et je crois que nous le faisons -- une valeur beaucoup plus humaine à la politique.» Plus humaine? Votre humble serviteur, qui assistait au point de presse, grimace. «Les hommes sont moins humains, donc?» Je n'étais pas retourné à mon bureau (situé dans l'édifice derrière l'hôtel du Parlement) que mon téléphone cellulaire sonnait. En ligne, la ministre elle-même, presque en proie à la panique: «Écoutez, Antoine [Mme Courchesne a cette habitude d'appeler les journalistes par leur prénom], ce n'était vraiment pas du tout ce que je voulais dire, là, que les femmes sont plus humaines que les hommes.»
Dure école, putsch et menaces de mort
À ses dires, elle a beaucoup mûri sur le plan émotif. «Je suis plus pondérée aujourd'hui, avec l'expérience. Mais je suis aussi tenace qu'avant», dit-elle fièrement. «La vie nous apprend à contrôler nos émotions.»
Et la vie, pour Michelle Courchesne, n'a pas été un long fleuve tranquille. Fille unique d'un foyer éclaté, elle a été élevée par une mère monoparentale et une tante célibataire, deux femmes qui «devaient gagner leur vie». Son père «vendeur de chars» à Trois-Rivières? Elle ne lui parlera pas pendant 15 ans.
«Je suis allée à la dure école. Je ne me plains pas, c'est comme ça.» Elle dit venir d'un milieu matriarcal où le message était clair: «"Toi, si tu te retrouves seule un jour, tu sauras te débrouiller." Et j'ai été élevée comme ça, à faire ma place.»
Elle deviendra une sorte de self-made woman. Conseillère municipale dans les années 80, une des cinq membres du conseil exécutif de Laval, Michelle Courchesne vient d'accoucher (une césarienne) lorsqu'une crise éclate à l'hôtel de ville. Un putsch: deux conseillers veulent renverser le maire. Deux autres veulent le soutenir. La jeune Courchesne (elle a 28 ans) est coincée. «Puis, j'ai exprimé mes convictions très honnêtement.» Et tout le monde a conclu qu'elle ne soutenait plus le maire. Elle décide de démissionner. Encore aujourd'hui, elle trouve douloureux de ressasser ces «souvenirs inintéressants». Une «expérience malheureuse» mais de laquelle, insiste-t-elle, elle a beaucoup appris. Dont une leçon politique: «Tu ne vas pas à la guerre sans fusil. Tu ne fais pas la guerre sans armée.»
Sous-ministre adjointe à la Culture, quelques semaines après le drame de Polytechnique, elle reçoit un promoteur de manifestations culturelles. La «rencontre est pourtant calme», mais l'homme perd la carte parce qu'il n'a pas eu ses subventions; il lance que les fonctionnaires devraient prendre les gens au sérieux «avant que quelqu'un ne mette la main sur une mitraillette». Mme Courchesne n'est pas «du genre à s'en faire», mais elle raconte toutefois l'épisode à sa supérieure. Dépôt d'une plainte. Procès. Le promoteur sera reconnu coupable de «menaces de mort».
La conciliation carrière-famille n'a pas été de tout repos pour Michelle Courchesne, véritable superwoman. Prenez la carrière de hockeyeur de son fils Jean-Michel Filiatrault, qui fut gardien de but pour les Remparts: 20 ans d'arénas, qu'elle ne «regrette pas une seconde», mais bon nombre de voyages éreintants, de retour chez soi en pleine nuit. Dans les arénas, Michelle Courchesne conclut qu'elle doit s'isoler des autres parents pour cesser de crier avec eux. «Je ne les boudais pas. Mais je ne voulais plus, durant le match, vivre cette intensité-là. Je réalisais que je me laissais trop entraîner par les autres.»
C'est toutefois la maladie qui l'a le plus mise au défi. Liza Frulla décrit sa bonne amie Michelle comme une «aidante naturelle». Depuis 1991, «j'ai accompagné cinq personnes de très très près dans leur voyage ultime. Et je le fais encore en ce moment [son mari est atteint de la maladie d'Alzheimer]. Alors c'est sûr que... quand t'es toute seule et que tu n'as pas de famille... ça marque», dit-elle, la gorge nouée et les yeux pleins d'eau. (Surtout que, comme un journal l'a révélé, un différend devant tribunal l'a opposée à son beau-fils, qui contestait le mandat d'inaptitude, obtenu par elle pour son mari.)
Puis, se ressaisissant, une pointe de rage dans la voix, elle ajoute: «Au fond, ça m'a toujours choquée de me faire traiter d'émotive. Parce que lorsque j'ai perdu patience ou que j'ai fait des colères, c'est parce qu'à la maison, je vivais des choses très difficiles. Ça, je ne l'ai jamais dit. Mais voilà», lance-t-elle, comme délivrée par cet aveu.
Vos réactions
Courchesne Hanover - par François Caron
Le vendredi 11 avril 2008 16:00
@ M. Archambault - par Sophie Gamache
Le lundi 07 avril 2008 21:00
Courchesne l'impétueuse - par Annie Bourque
Le lundi 07 avril 2008 21:00
Le côté rétrograde du bulletin chiffré - par Marie-Charlotte De Koninck (mcdkart@yahoo.ca)
Le dimanche 06 avril 2008 18:00
@ Sophie - par Claude Archambault (archbroca@videotron.ca)
Le dimanche 06 avril 2008 14:00
Comment savoir où je me situe ...réellement ! - par Jean Desjardins
Le dimanche 06 avril 2008 14:00
Attention, madame Courchesne... - par michel rheault
Le dimanche 06 avril 2008 12:00
@ M. Stordeur : demande de précision - par Denis Beaulé
Le dimanche 06 avril 2008 11:00
Ce n'est pas un bulletin chiffré!!! - par Sophie Gamache
Le dimanche 06 avril 2008 08:00
Le syndrome «tout le monde en parle» - par Jean-Guy Fournier
Le samedi 05 avril 2008 23:00
@ M Bouchard - par Claude Archambault (archbroca@videotron.ca)
Le samedi 05 avril 2008 17:00
Le piège idéologique - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le samedi 05 avril 2008 17:00
Pour être à la tête d'un ministère ou d'une compagnie - par Claude Stordeur
Le samedi 05 avril 2008 10:00
Sabord - par Kris Richard
Le samedi 05 avril 2008 10:00
Bel article! - par Marie Josée Champagne
Le samedi 05 avril 2008 08:00
Bulletins chiffrés - par Serge Bouchard
Le samedi 05 avril 2008 08:00
Courchesne.... la péteuse - par jacques noel
Le samedi 05 avril 2008 07:00
Femme plus humaine - par Denis Beaulé
Le samedi 05 avril 2008 07:00
l'histoire se répète! - par Gérard Lépine (lepinegerard@yahoo.fr)
Le samedi 05 avril 2008 05:00
Magnifique petit article - par Serge Brosseau
Le samedi 05 avril 2008 00:00

