Une grande saison se termine, la vraie commence...

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Jean Dion
Édition du samedi 05 et du dimanche 06 avril 2008

Mots clés : coupe Stanley, Centre Bell, Canadien de Montréal, Hockey, Sport, Montréal

Même les plus irréductibles des optimistes n'auraient osé imaginer qu'avec un match à jouer, le Canadien aurait encore un œil sur le premier rang.

Photo: Agence Reuters

Ça sent la coupe, mais jusqu'où ira le Canadien en séries? Le Devoir le suivra à la trace grâce à son équipe: Guillaume Bourgault-Côté, qui couvrira les matchs au Centre Bell, Jacques Nadeau, qui en photographiera les moments les plus enlevants, et Jean Dion, qui nous fera part, en une le samedi, de son analyse décalée, amusée, incisive, mordante... mais toujours pertinente. Avec un regard d'avant-séries dès aujourd'hui.

Depuis au moins deux ans, Ron Fournier, pape des ondes sportives et confesseur des supporters à l'âme à la dérive, répète à qui veut l'entendre une formule aux allures de mantra: «La force des jeunes. Le meilleur est à venir.» Les anciens se rappelleront qu'il y a une vingtaine d'années, «La force des jeunes» avait été le slogan des Nordiques de Québec. À l'époque, il s'agissait de faire oublier au mieux l'épouvantable médiocrité de l'équipe et de souligner qu'un séjour dans les bas-fonds du classement présente au moins l'avantage de hauts choix au repêchage. Et de fait, le meilleur était à venir. Mais il ne viendrait pour vrai que très loin, au Colorado, où la coupe Stanley mettrait moins d'un an à débarquer grâce à un dénommé Patrick Roy... qui n'aurait jamais été échangé à Québec.

Aujourd'hui, alors que bien du monde ne se peut plus, une question similaire se pose à propos du Canadien de Montréal: le meilleur serait-il (déjà) arrivé? Jamais personne n'aurait pensé cela à presque pareille date l'an dernier, quand les ci-devant Glorieux en avaient échappé une grosse contre le Toronto au dernier match de la saison et s'étaient fait écarter des séries pour une cinquième fois en huit ans. Personne n'aurait pensé cela il y a six mois, quand les experts affairés à prévisualiser l'avenir s'apprêtaient à se fourrer le doigt dans l'oeil jusqu'à Buffalo en annonçant une neuvième, une dixième, une onzième, une douzième place dans l'Est. Fin février encore, combien de fidèles se déchaînaient chez Ron contre ce foutu Gainey qui n'avait réussi qu'à refiler Cristobal à Washington en retour de rien et à ne pas obtenir Hossa contre Ryder et deux rouleaux de sparadrap usagé? Même les plus irréductibles des optimistes n'auraient osé imaginer qu'avec un match à jouer, ils auraient encore un oeil sur le premier rang. Sur la tête, bonté.

Qui veut maintenant de Hossa? De Daniel Brière, que les fans n'auraient pas le plaisir de conspuer sans retenue chaque fois qu'il pose le patin sur le rond du Centre Bell?

On a quand même affaire à une métamorphose spectaculaire compte tenu du fait que les effectifs sont à peu près les mêmes qu'en 2006-07. Il n'y a pour tout dire que Hamrlik à la place de Souray, plus quelques recrues: Kostitsyn le cadet, O'Byrne, Lapierre. Et, allait-on l'oublier celui-là, l'homme dont on parlera encore dans un demi-siècle avec des trémolos dans la région, Carey Price. Price qui a passé deux mois dans les mineures mais qui a déjà commencé de montrer les signes de brillance, comme disait le poète, qui ont amené le Canadien à en faire, dès l'âge de 20 ans, le pilier de leur formation.

Que s'est-il donc passé? Un an de plus de maturation pour ces jeunes appelés à devenir le noyau du club: Markov, Komisarek, Kostitsyn l'aîné, Plekanec, Higgins. Un an d'expérience supplémentaire aussi pour Guy Carbonneau, dont on ne voit vraiment pas qui pourrait lui subtiliser le trophée Jack Adams remis à l'entraîneur-chef par excellence dans la Ligue nationale. Et la résurrection de l'artiste, Alex Kovalev, qui a décidé cette année de jouer comme il en est capable et dont le magazine The Hockey News disait récemment qu'il était celui qui avait fait le retour aux affaires le plus impressionnant en 2007-08, Kovalev qui s'était empêtré l'année précédente dans des histoires de déclarations controversées à des médias russes et que, s'en souvient-on, plusieurs voulaient sortir de Montréal à grands coups de bon débarras. Le temps file à une vitesse insoupçonnée dans le merveilleux monde du sport, ainsi que le prouvent peut-être les 40 000 exemplaires du DVD du n° 27 vendus en quelques jours...

Bref, les pièces du puzzle se sont mises en place, et alors qu'on espérait que le vent revienne en poupe pour le centenaire du Club de hockey Canadien en 2009, la chose a été devancée. Il n'y a pas eu ce désormais quasiment coutumier passage à vide d'après les Fêtes qu'on redoutait. Le Canadien est la seule équipe de la LNH à n'avoir jamais perdu trois matchs d'affilée cette saison. À ce jour, il est en deuxième position dans tout le circuit pour ce qui est du plus grand nombre de buts marqués, un seul derrière Ottawa qui devait tout balayer à ce chapitre avec Alfredsson, Spezza et Heatley. Bien sûr, lorsque de jeunes joueurs sont en cause, il y a des hauts et des bas, et certains matchs se sont bizarrement déroulés. Mais au finish, le CH est quand même là. Les preneurs aux livres de Vegas, eux qui ont beaucoup trop de fric en jeu pour se laisser aveugler par quoi que ce soit, le placent cinquième favori aux grands honneurs, derrière Anaheim, Detroit, San Jose et Pittsburgh. Normal, dira-t-on, ils regardent le classement... N'empêche, en début de saison, Montréal était 18e.

Et la disette a été tellement longue: trois séries gagnées en 15 ans, pas de demi-finale depuis la coupe Stanley de 1993...

Tout reste à faire

Mais le hockey professionnel est ainsi fait que cet interminable calendrier de 82 matchs ne sert qu'à envoyer sur les links moins de la moitié de la ligue et à positionner l'autre moitié et un peu plus pour des chocs sans lendemain. Une élimination expéditive, et tous les succès remportés d'octobre à avril sont oubliés. Et avec la parité qui s'est pas mal installée, du moins dans l'Est, dans la «nouvelle» Ligue nationale, l'écart entre un premier de classe et un huitième s'avère plutôt mince.

En fait, la course est tellement serrée qu'au moment d'écrire ces modestes lignes, le vendredi 4 avril 2008 à 17h23, chacune des neuf équipes tentant de décrocher une des huit places disponibles en séries dans l'Est pouvait encore changer de rang. Le Canadien peut encore finir premier ou deuxième et pouvait encore affronter au tour initial Philadelphie, ou Washington, ou Boston, ou Ottawa, ou les Rangers de New York, ou la Caroline... On sait ce que les prédictions valent quand on a toutes les données en main, c'est-à-dire pas grand-chose, imaginons-les donc au milieu d'un pareil fouillis.

Bien sûr, chacun a sa préférence. Les Capitals? Huet devant le filet, et Ovechkin pour nous en mettre plein la vue... Les Bruins? Approches contradictoires: ce serait facile, on les a battus huit fois en huit cette année, mais en revanche, qu'est-ce qu'ils sont dus... Les Flyers? Hé, on va pouvoir huer Daniel Brière... Les Sénateurs? Voilà de quoi faire naître une authentique rivalité...

Mais peu importe l'adversaire, si les de nouveaux Glorieux se font prestement sortir, tout sera à recommencer. Sauf que l'an prochain, les attentes seront encore plus démesurées. Ainsi va la ville quand elle est hockey: le meilleur ne peut pas être à venir, il doit être là, maintenant, tout le temps.


Vos réactions


Quels commentaires! - par John Mokawi
Le lundi 07 avril 2008 00:00

toujours intéressant, un casuiste - par Gérard Pelletier
Le samedi 05 avril 2008 18:00

Le CH...sky! - par jacques noel
Le samedi 05 avril 2008 09:00

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