À voir à la télévision le jeudi 10 avril - Québec inc., version Beauchemin

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André Lavoie
Édition du samedi 05 et du dimanche 06 avril 2008

Mots clés : Yves Beauchemin, Cinéma, Québec (province)

Son prénom est Émile, mais il insiste fortement pour qu'on l'appelle «monsieur» Émile. Crotté, insolent, gourmand, traînant son chat comme une bouée de sauvetage, ce truculent personnage imaginé par Yves Beauchemin dans son roman le plus célèbre, Le Matou, a pris les traits d'un petit garçon dont le tempérament frondeur ne relevait pas de la composition.

Dans l'adaptation cinématographique de Jean Beaudin, réalisée en 1985 en mode télé et mini-série -- une pratique fort coûteuse et depuis longtemps oubliée --, Guillaume Lemay-Thivierge faisait une entrée fracassante au cinéma, grandissant sous nos yeux pour devenir aujourd'hui une vedette omniprésente (Nitro, Les 3 P'tits Cochons, Casino).

Plus qu'une intrigue bien ficelée, mélangeant réalisme et fantastique avec en toile de fond le Montréal des quartiers populaires (et pas encore embourgeoisés... ) traversé par des figures inquiétantes dont on ignore si elles ne sont pas de purs esprits, comme l'inquiétant Egon Ratablavasky, c'est un peu le Québec des années 80 que Beauchemin a esquissé et que Beaudin a transposé à l'écran. Florent (Serge Dupire) et Élise (Monique Spaziani), un charmant petit couple, rêvent de posséder leur propre restaurant, représentant ce fameux Québec inc. qui allait

supposément faire de notre coin de pays un nouvel Eldorado.

Évidemment, ce projet ne peut se construire qu'avec la seule force de leurs bras et le pouvoir de leur imagination. En concluant une entente avec Ratablavasky (Jean Carmet, surprenant), c'est un pacte avec le diable qu'ils vont signer. De là à y voir une métaphore de la crainte de l'Autre, de l'asservissement du peuple canadien-français par des puissances occultes, et bien sûr étrangères, il n'y a qu'un pas que les esprits les plus avisés n'hésiteront pas à franchir. Sinon, pour un divertissement nostalgique -- et voir à quel point Lemay-Thivierge a pris du volume! --, Le Matou n'a pas perdu toutes ses griffes.

Cinéma / Le Matou - Artv, 21h


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