Un rebelle de campagne sur un air de Provence

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Martin Bilodeau
Édition du samedi 05 et du dimanche 06 avril 2008

Mots clés : Éric Guirado, Le Fils de l’épicier, Cinéma, France (pays)

Nicolas Cazalé (à gauche) dans Le Fils de l'épicier, d'Éric Guirado

Dans Le Fils de l'épicier, le Français Éric Guirado raconte la double réconciliation d'un fils rebelle avec la campagne qui l'a vu grandir et d'un fils indigne avec le père qui l'a rêvé comme lui. Son film intimiste au charme discret, qui se déplie en douceur sans rien presser, sans rien heurter, fait l'effet d'une bouffée d'air pur.

Un air de Provence en été, qui plus est, ce qui n'est pas malvenu en cette lente fin d'hiver. Le coeur d'Antoine (Nicolas Cazalé), lui, est encore bien au frais quand, dans les premières minutes du film, on fait sa connaissance à Paris, où il travaille comme serveur dans un restaurant. Il n'a pas mis les pieds depuis dix ans dans son village natal de la Drôme lorsque sa mère (Jeanne Goupil) le contraint à y revenir afin de remplacer au volant de leur épicerie volante son père tyrannique (Daniel Duval), en convalescence à la suite d'un infarctus.

Pour adoucir l'épreuve, le jeune homme débarque avec sa voisine Claire (Clothilde Hesme), à qui il a prêté de l'argent qu'il n'a pas, dont il est amoureux sans le lui dire, et qu'il impose à sa mère. Dès cet instant, Antoine, fils manqué, devient fils prodigue. Au volant du camion-épicerie de son paternel, il part écumer la campagne, avec ou sans Claire, afin de vendre aux vieux clients de son père ses boîtes de petits pois, ses tomates et ses oeufs. Le premier contact est difficile, mais peu à peu le lion s'adoucit, pour se rendre compte que sa mission commerciale masque une mission sociale d'écoute, d'entraide et de partage.

Distribution

Divers incidents, révélations et épreuves, accélèrent ou entravent la progression psychologique du personnage et énergisent le scénario de Guirado et Florence Vignon (la formidable comédienne du Bleu des villes). Le cheminement n'est cependant pas toujours subtil, et il arrive que le film pèche par excès de simplisme. Qu'à cela ne tienne, ces petits accrocs sont compensés par la tendresse contagieuse que les auteurs témoignent à leurs personnages, taillés dans le réel (on sent ici la recherche documentaire qui a présidé à l'écriture) et que les acteurs défendent avec authenticité et modestie.

Paradoxalement, Nicolas Cazalé, dans le rôle principal, est le plus transparent de la distribution. Ténébreux, renfermé, peu loquace, il nous force à regarder ceux qui l'entourent et qui, chacun à leur façon, vont le transformer. À cet égard, et sur tous les plans, la palme du brise-glace revient à Liliane Rovère, formidable, haïssable, ahurissante de vérité dans le rôle d'une des vieilles clientes d'Antoine. Le Fils de l'épicier possède plusieurs qualités, l'une des plus grandes étant de l'avoir mise sur sa route, et par la même occasion sur la nôtre.

Collaborateur du Devoir

***

Le Fils de l'épicier

D'Éric Guirado. Avec Nicolas Cazalé, Clothilde Hesme, Daniel Duval, Jeanne Goupil, Stéphane Guérin-Tillié, Lilianne Rovère. Scénario: Éric Guirado, Florence Vignon. Image: Laurent Brunet. Montage: Pierre Haberer. Musique: Christophe Boutin. France, 2007, 96 min.


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