Un passionnant jeu de chat et de souris

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Martin Bilodeau
Édition du samedi 05 et du dimanche 06 avril 2008

Mots clés : Ksenia Rappoport, Michele Placido, La Femme inconnue, Cinéma, Italie (pays)

Michele Placido et Ksenia Rappoport dans La Femme inconnue

Giuseppe Tornatore s'était un peu pris les pieds, ces dernières années, dans des machins romanesques un peu mièvre (Novecento, Malèna), qui se mesuraient toujours désavantageusement à son triomphal Cinéma Paradiso. La Femme inconnue, qui prend l'affiche cette semaine à Montréal après avoir remporté cinq prix Donatello (les Oscars italiens), dont celui du meilleur film, se compare plutôt, et sans déshonneur de part et d'autre, à Une pure formalité, captivant face-à-face entre Polanski et Depardieu.

De fait, nous avons affaire ici à un thriller psychologique tendu et bien troussé, porté avant tout par la solide interprétation, dans le rôle-titre, de Ksenia Rappoport. Celle-ci, toute en rage contenue, campe Irena, une immigrante ukrainienne réduite à l'esclavage sexuel par les passeurs qui l'ont amenée en Italie. Le puzzle de son lourd passé se reconstitue, à coups de flash-back stroboscopiques, à mesure qu'avance le récit. Lequel s'amorce avec son installation dans un appartement d'un quartier chic d'une métropole anonyme d'Italie.

Elle est seule (pourquoi?), elle a de l'argent (comment?), elle a surtout une idée fixe: décrocher un emploi de femme de ménage dans l'immeuble d'en face, préférablement au service des Adacher, une famille de joailliers mystérieusement liée à son passé. Alors que son projet est couronné de succès et qu'elle commence à s'attacher à la petite Tea, enfant unique du couple Adacher, le passé d'Irena la rattrape, en la personne de son souteneur machiavélique, campé avec un plaisir évident par le toujours excellent Michele Placido.

S'ensuit un passionnant jeu de chat et de souris, que Tornatore met en scène avec vigueur, en soignant la forme et en forgeant un climat à la Eyes Wide Shut, c'est-à-dire pile poil sous l'arc-en-ciel, avec un pied dans le réel, un pied dans l'insolite. Cela dit, l'intrigue fleure ici et là le compromis. La conclusion mélodramatique et consensuelle, à cet égard, paraît hautement superflue. Le film eût gagné à préserver une partie de son mystère. Bien distillé dans la première moitié du film, celui-ci devient un peu forcé dans la seconde. La partition du grand Ennio Morricone, qui n'a jamais été un apôtre de la nuance, n'est cependant pas en cause. Au contraire, sa musique enveloppe le film et serre là où ça fait mal, décuplant sa force d'impact. Car impact vous ressentirez, au contact de cette étonnante Femme inconnue.

Collaborateur du Devoir

***

La Femme inconnue

Écrit et réalisé par Giuseppe Tornatore. Avec Ksenia Rappoport, Michele Placido, Claudia Gerini, Piera Degli Esposti, Clara Dossena, Alessandro Haber. Image: Fabio Zamarion. Montage: Massimo Quaglia. Musique: Ennio Morricone. Italie, 2006, 118 min.


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