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Couillard cautionne la collusion entre le SISP et les médecins
a. le régime provincial d'assurance maladie soit géré par une autorité publique sans but lucratif,
b. que cette autorité soit responsable devant le gouvernement provincial de sa gestion et
c. qu'elle soit assujettie à la vérification de ses comptes et opérations financières (art.8 de la Lois sur la santé)
Il est donc permis de 's'étonner' de ce que le ministère québécois de la santé et des services sociaux ait fait un tel cheval de bataille de la 'ségrégation' opérationnelle entre secteur public et secteur privé, quand rien dans les textes de loi ne l'y oblige, et quand le résultat 'objectif' de cette ségrégation est une offre moindre de soins de moins bonne qualité pour la majeure partie de la population (versus des soins de premier ordre pour la minorité qui peut se les offrir, il est vrai).
Il y'a là ce qui ressemble fortement à une escroquerie intellectuelle, à savoir prétendre résoudre un faux problème pour ne pas s'attaquer au vrai. Et il est également surprenant que le ministère soit sur la même longueur d'onde que le SISP sur le sujet.
Mais cela s'explique lorsqu'on comprend que Mr. Couillard tente de concilier les intérêts inconciliables de ses deux principaux commettants, à savoir d'une part, la rente de situation des syndiqués du secteur public de la santé, et d'autre part, les privilèges corporatistes des médecins et spécialistes; or la seule façon de satisfaire les deux à la fois, c'est de le faire sur le dos des patients.
Qui gagnera ce tir à la corde? À terme, probablement les médecins pratiquant au privé, parce que c'est toujours l'argent qui gagne. Mais ce n'est pas ça qui va faire pleurer Mr. Couillard.
Le Québec est déjà la province ou le privé occupe la plus grande place dans le domaine des soins de santé, en contradiction avec tous les discours officiels. Comment en est on arrivé là, dans une société ou le service public est sacralisé plus que partout ailleurs au Canada?
En prétendant résoudre la quadrature du cercle justement, et en particulier en érigeant une cloison étanche entre secteur public et secteur privé : c'est précisément sur ce mur que prennent appui les intérêts privés pour 'pomper' vers leur champ de pratique toutes les prestations de soin rentables, et laisser les autres au secteur public; jusqu'au jour ou ce dernier tombera comme une cosse vide, c'est le scénario 'à l'américaine'.
C'est l'histoire du propriétaire qui avait hérité d'un tas de pierres, et qui avait construit un mur dans l'idée de s'isoler des nuisances causées, selon lui, par son voisin de l'autre côté du ruisseau : le mur ne fit qu'aggraver les choses. Jusqu'au jour ou l'homme compris qu'au lieu de construire un mur, il aurait du bâtir un pont.
C'est exactement ce qu'il faut faire pour remettre en selle le secteur de la santé : bâtir des ponts entre secteur public et privé.
Malheureusement, en tentant de préserver à la fois les intérêts des syndiqués du secteur public, et ceux du Collège des médecins, le gouvernement Charest et le ministre Couillard font exactement l'inverse.
Et les victimes sont forcément les patients, parce que cette logique ne peut aboutir qu'au rationnement de l'offre de soin dans le secteur public, et à la flambée des honoraires dans le privé : c'est le principe du cartel (ou ici, duopole), divisez un marché de façon étanche entre deux joueurs, et vous maximisez les 'profits' pour chacun d'entre eux dans le segment qui leur est 'réservé. Globalement, vous minimisez également l'offre de soins, cependant (Micro-économie 101).
La seule façon pour le Québec de faire les choses différemment, ce serait de viser l'intégration des secteurs public et privé de la santé : pour les médecins, l'obligation de service au public devient le passeport autorisant la pratique privée (le prix à payer, c'est une pression sur leurs honoraires); pour les syndiqués, l'intégration est une garantie d'investissement continu dans l'amélioration du secteur public (le prix à payer, c'est la mise en concurrence avec le privé).
Il reste que la corporation des médecins, tout autant que le SISP, ne souhaite surtout pas que les Québécois comprennent cela.
Mais si l'on prétend choisir démocratiquement certaines valeurs de société, il est impensable que les agents prestataires d'un service aussi fondamental que la santé ne les partagent pas également, au moins officiellement.
Ce serait peut-être aux journalistes de l'expliquer, et de poser la question de savoir si un ministre de la santé issu du 'sérail' de la corporation, un 'insider', est la meilleure personne pour réformer un système qui ne peut aller nulle part sous les prémisses actuellement envisagées.
