Vitrine du disque
Mots clés : Distance And Time, Funplex, Accelerate, Musique, Québec (province)
Rock - Accelerate, R.E.M., Warner - Allez, dans le tapis, les Athéniens d'Athens, Georgia: s'agit de vivre avant de mourir. Vas-y mon Peter (Buck, le guitariste), embraye mon Mike (Mills, le bassiste), démarrez-moi la machine sans ménagement, comme dans le bon vieux temps où on n'était pas les rois du monde, alors qu'on était l'indie band agressif sorti de nulle part. Allez les copains, semble intimer le chanteur Michael Stipe, il est plus que temps de réagir, avec ou sans la frappe de Bill Berry (parti semer des tracteurs en 1997): on pèse sur la suce. Un bon coup d'accélérateur, quoi. R.E.M. se refait donc une virginité rock'n'roll. Oui, ça rentre dûment dedans, les amplis grésillent, ça distorsionne à souhait, Michael Stipe chante à nouveau comme un possédé, fût-ce derrière ses lunettes. Oui, ça botte des derrières, et il n'y a pas une chanson mal envoyée dans le lot, mais savez quoi? Ça m'épuise, tout ce bruit. M'énerve, cette tardive éruption d'acné juvénile. J'aimais mieux le précédent Around The Sun, j'en chérissais la lucidité: le poids de l'âge, le mal de vivre, tout était assumé. Eh! Faut que deuxième jeunesse se passe. - Sylvain Cormier
Déjà, en 1978, leur Rock Lobster était une sorte de pied de nez à la scène punk: no future ou pas, fuck the world ou non, ce n'était pas une raison pour s'embêter. Au rock ce que le Polyester de John Waters fut au cinéma, les B-52's recyclèrent sans gêne la pop de vilaines filles des Shangri-La's et autres groupes du début des années 60, les guitares surf des Ventures, du Petula Clark décalé, du bruitage rétro-futuriste de pacotille et un peu de n'importe quoi. C'était plus que rafraîchissant, au temps du disco: ça se dansait, ça rendait cool. Groupe d'une folle danse à gogo? Ils ont refait exactement le même coup en 1989 avec l'irrépressible Love Shack, squattant impunément MTV. Et les revoilà deux décennies plus tard, façades ravalées, corsets corsetés, encore et toujours sur le party: la chanson-titre est une sorte de Love Shack, qui était une sorte de Rock Lobster. Bref, on n'avance pas d'un iota, et on s'en contrefout. Recyclage de recyclage autant que vous voulez, c'est encore ce qu'il y a de plus cool sur la planète pop, à part les Raveonettes. «Faster Pussycat, thrill, thrill!» - Sylvain Cormier
Néo-Folk - Distance And Time, Fink, Ninja Tune
L'artiste britannique Finian Greenhall est à la base d'une grande vérité musicale: le trip-hop techno peut mener à tout... à condition de bien vouloir s'en sortir, évidemment. Sous le pseudonyme de Fink, il le prouve d'ailleurs une troisième fois avec cet album intimiste et acoustique où sa voix un brin enfumée et ses lignes de guitare pure font encore bon ménage. Avec ses tonalités néo-folk, l'ensemble ne tranche pas par rapport à Biscuits for Breakfast et Fresh Produce, ses deux premières créations, mais Greenhall monte la barre d'un cran et confirme le bien-fondé du changement de direction artistique qu'il s'est imposé au tournant du siècle. Des autistes -- qui détestent les changements, comme chacun le sait -- n'y retrouveraient pas leurs petits. Par contre, les autres devraient trouver des ambiances délicates, sensuelles, et des textures éthérées qui pourraient très bien se ranger à côté d'albums de Rufus Wainwright, Patrick Watson et Seal, un autre Brit d'une autre époque, ou, pourquoi pas, ceux de Jack Johnson. - Fabien Deglise
Classique - Damrau, Arie di bravura. Airs de Salieri, Righini et Mozart. Le Cercle de l'Harmonie, Jérémie Rhorer. Virgin 395250 2.
On est tout d'abord heureux d'accueillir le récital d'une chanteuse qui n'a pas forcément été choisie pour son sex-appeal, dimension largement surévaluée depuis le succès d'Anna Netrebko. L'écoute confirme cette première impression: on est là pour la musique! Un oeil sur la liste des airs de bravoure donne une seconde indication importante: ce récital vocal a été mûrement réfléchi. Au cours des dix dernières années, l'édition phonographique a développé cette nouvelle discipline du «récital intelligent», où le chanteur portraituré n'enfile pas seulement les airs célèbres du répertoire. À la suite d'un fameux récital de la pionnière du genre, Cecilia Bartoli, celui de Diana Damrau rend un hommage appuyé à Antonio Salieri, qui vaut bien mieux qu'une caricature dans un film à succès. Il y a ici sept airs à la fois virtuoses et d'une grande consistance musicale. Soprano lyrique qui s'est fait un nom en incarnant la Reine de la Nuit de La Flûte enchantée, Diana Damrau donne ici bien plus qu'une leçon de chant: elle incarne des personnages très divers avec beaucoup d'aplomb. - Christophe Huss
Monde - Exil, Musa Dieng Kala, XXI - Universal
Bien avant la commission Bouchard-Taylor, alors qu'il étudiait à Chicoutimi, on le surnommait affectueusement le «bleuet sénégalais». Et Musa a toujours assumé son amour profond pour le Québec. À preuve: Le Québec est mon pays, l'émouvante finale de son troisième album. «Je veux respecter ton histoire et honorer ma mémoire», y chante-t-il en substance en évoquant Quand les hommes vivront d'amour sans la nommer. Tout au long de ce disque, le chanteur-auteur-compositeur, également cinéaste, traite des grandes questions qui le préoccupent: l'humilité, la tolérance, la paix et la lumière, celle d'Allah, son inspiration suprême, qu'il vit à travers les enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur de la confrérie soufie des Mourides, dominante au Sénégal. L'artiste est donc québécois, africain et musulman. Tout dans ce disque le reflète: une spiritualité d'ouverture, de saisissants dialogues transculturels en wolof et en arabe, entre percussions africaines et tabla indien, entre kora et oud, entre ces rythmiques allumées et ce climat de sérénité, entre récitatif, mélopées intenses et voix stridentes, progressivement amenées à l'abandon. Un disque captivant! - Yves Bernard
Pop électro - Au contraire, Pas Chic Chic, Semprini Records
Enfin! On l'attendait depuis longtemps, ce premier album de Pas Chic Chic, quintette montréalais formé en 2005. Et on n'est pas déçu, Au contraire! La galette de dix pièces déverse un son qui se démarque dans l'univers de la jeune musique québécoise: une pop électro délicieusement psychédélique qui évoque la France des années 60. Les voix (En chaîne et en vogue, Mlle Mille, Se mirer) et le clavier dominent souvent, d'où les accents rétro pétillants (surtout quand Marie-Douce chante), habilement servis dans un riche écrin musical un peu plus lourd et plus sombre, teinté de rock progressif. Il faut dire que la plupart des cinq musiciens ont roulé leur bosse ailleurs avant de former leur nouveau groupe. Le meneur, Roger Tellier-Craig (chanteur, guitariste, claviériste), a notamment sévi au sein de Flying Pan Am et God Speed You! Black Emperor. Même genre de parcours étoffé pour Éric Fillion (batteur et percussionniste), Éric Gingras (basse) et Radwan Moumneh (guitare, clavier). Avis aux curieux: après le lancement du disque, mercredi dernier, le groupe remonte sur scène ce soir gratuitement au Musée d'art contemporain. - Frédérique Doyon
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