L'Afrique au coeur

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Étienne Côté-Paluck
Édition du vendredi 04 avril 2008

Mots clés : Alpha Blondy, Festiraam de Montréal, Magic System, Musique, Spectacle, Montréal, Afrique (Région)

Issu du mouvement zouglou, Magic System participe au nouveau Festiraam de Montréal

Magic System a vendu quelques millions de disques et de cassettes en Europe et en Afrique. Le zouglou, une musique à la fois festive et revendicatrice née dans des cités universitaires ivoiriennes au début des années 90, est en quelque sorte devenu l'équivalent du reggae en Jamaïque ou du rap aux États-Unis.  Photo: Fusion III

Après avoir maintes fois dominé les palmarès d'Afrique et d'Europe et bien sûr de sa Côte d'Ivoire natale, le groupe Magic System s'attaque maintenant à l'Amérique du Nord et le Québec en est sa première cible. Idole de la jeunesse ouest-africaine, ce quatuor d'Abidjan présentera demain son premier concert sur le continent au Métropolis de Montréal, dans le cadre du Festiraam, un nouveau festival piloté par l'ancien programmateur de Nuits d'Afrique, Tidiane Soumah. On y trouve aussi en tête d'affiche Africando ce soir et la légende vivante Alpha Blondy dimanche , tous deux au Métropolis également.

Issu du mouvement zouglou, une musique à la fois festive et revendicatrice née dans des cités universitaires ivoiriennes au début des années 90, Magic System a aujourd'hui vendu quelques millions de disques et de cassettes en Europe et en Afrique. Longtemps au sommet des palmarès de Madagascar, du Caire, de Milan et de Paris, le groupe est retourné en Côte d'Ivoire l'automne dernier pour célébrer ses dix ans d'existence avec deux gigantesques spectacles et un appel à l'unité pour ce pays littéralement coupé en deux depuis quatre ans par des troubles politiques et militaires.

Et ce n'est pas un hasard si un de ces concerts, qui ont réuni des dizaines de milliers de personnes chacun, s'est tenu à Yopougon, la ville qui a vu naître ce genre aux influences encore présentes dans toute l'Afrique de l'Ouest.

«Les étudiants avaient trouvé ce créneau musical pour pouvoir exprimer leur mécontentement face à ce qui se passait, à ce qu'ils vivaient sur les campus», confie A'Salfo, chanteur principal du groupe, originaire du quartier populaire Marcory de la métropole ivoirienne. «Déjà, les bibliothèques étaient vides et il n'y avait pas assez à manger dans les restaurants du campus. Par la suite, on en a fait une musique de revendications sociales, non seulement pour le campus mais pour tout le pays. Le zouglou est en quelque sorte devenu l'équivalent du reggae en Jamaïque ou du rap aux États-Unis.»

Le zouglou emprunte tant aux traditions musicales locales qu'aux nouvelles techniques de production. Comme celles-ci, il revendique sur une rythmique festive.

«C'était la base du concept du zouglou, poursuit A'Solfo. Il fallait dire les choses dans la joie. On prend les problèmes vécus au quotidien mais on les chante avec dérision. On fait des revendications, mais on les fait dans l'ambiance. Je vais peut-être revenir sur quelque chose que les gens n'aiment pas entendre, mais au temps de l'esclavage, nos grands-parents, après une journée de travaux forcés, faisaient la fête et chantaient dans la joie. C'est ce concept qui s'est perpétué: on ne va pas pleurer sur ce qui nous arrive.»

Le zouglou a inspiré d'autres genres, dont le coupé-décalé devenu célèbre pour sa danse unique. Il a ainsi marqué toute une génération qui y a exprimé sa vision de l'Afrique, combinant les valeurs de différentes ethnies, acquises chaque fois à travers un bagage familial, sans compter une ouverture sur le monde acquise par le truchement de ceux qui, plus nombreux que jamais, reviennent forts d'une expérience à l'étranger, voire les nouvelles technologies de l'information, de plus en plus accessibles.

«Il y a beaucoup d'espoir aujourd'hui parce que la jeunesse a compris que l'Afrique peut aller de l'avant. Mais je pense qu'il y a un problème d'organisation, que nos gouvernants tentent de satisfaire leurs intérêts personnels plutôt que de voir à l'avancée de leur pays. Et c'est ça qu'il faut éradiquer. Aujourd'hui encore, on ne favorise pas l'excellence, on favorise plutôt l'argent, par exemple. Regardez l'Afrique sur le plan culturel: le continent est bien représenté partout dans le monde.»

«Sur le plan sportif aussi, on le voit dans les multiples classements des meilleurs joueurs [de soccer] du monde, qui présentent toujours un Africain dans le lot. Pourquoi alors ça n'avance pas sur le plan politique? Parce que nos gouvernants sont d'éternels assistés. On n'essaie pas de prendre nos propres initiatives. On voit toujours les gens se réunir dans de grands palais, on parle de G8 ou de G7 pour venir en aide à l'Afrique, mais pourquoi toujours cette main tendue vers l'Afrique, qui est pourtant le continent le plus riche en ressources? Il faut s'organiser soi-même. Et cette organisation-là, je pense que c'est notre génération qui pourra la réaliser.»

Issu d'un ghetto d'Abidjan, Magic System collabore aujourd'hui avec les chefs de file de différents cercles musicaux français et sud-africains, pour ne nommer qu'eux. Il lance dans ses chansons des réflexions sur la scolarisation, sur certaines maladies qui font rage en Afrique ou sur le pouvoir d'achat de ses compatriotes. De plus, il cumule plusieurs distinctions honorifiques. Pour toutes ces raisons et bien sûr à cause de sa musique des plus enlevantes, Magic System est devenu la coqueluche de la génération montante.

En plus de son concert de demain avec Black Parents et Gokh-Bi System, Magic System vient de lancer ici, le mois dernier, son nouvel album, Ki Dit Mié.

Collaborateur du Devoir


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