Bling-bling, tout ça ?

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Jean Aubry
Édition du vendredi 04 avril 2008

Mots clés : vins, SAQ, Alcool, France (pays)

Des sommeliers à l'œuvre lors du seizième Concurso Enologico International à Vérone. Photo: Jean Aubry

Grosse semaine. Pendant que le couple Bruni-Sarkozy sirotait un Margaux 1961 au château de Windsor en présence de Sa Majesté la reine elle-même, eh bien moi, je terminais l'analyse sensorielle de près de 500 vins anonymes (sur les 3642 proposés) dans le cadre du seizième Concurso Enologico International qui, à Vérone, a précédé la tenue du 42e Vinitaly, le salon de vins et spiritueux le plus prestigieux au monde (avec Vinexpo). Bling-bling, tout ça? Ça dépend du bling.

Toutefois, bling-bling mis à part, quelqu'un dans la salle peut-il me dire ce qu'on entend par «bling-bling», cette expression apparue fin 2007 en France (un 21 ou un 22 novembre vers 18h, par là, juste avant les nouvelles) et que votre dictionnaire préféré n'a pas encore ingérée? Tenez, l'édition du Nouvel Obs du 26 mars en remettait en titrant: «La victoire de la gauche anti-bling-bling»... La France babillerait-elle?

Peut-être moins bling-bling qu'un Margaux 1961, la dégustation qui s'est déroulée pendant cinq jours sous l'oeil vigilant du dottore Giuseppe Martelli avait tout du cérémonial protocolaire rodé au quart de tour. Pas le moindre bling dans l'engrenage. Les sommeliers, fort bien huilés du coude, ont servi sans faute aucune aux 105 membres du jury une production diversifiée en provenance de 32 pays, dont bien sûr le Canada qui, comme à son habitude, devrait ravir une médaille d'or pour son vin de glace. Et ce n'est pas pour faire bling-bling que je vous dis ça!

Les points forts du concours? Un taux de cohésion serré (sous la barre des 4 %) entre les commissions d'évaluation issues de pays différents, l'élimination des notes extrêmes (basses et hautes) et une redégustation par lot de trois commissions des 12 meilleurs vins de chacune des catégories.

Au final, seulement 3 % de vins médaillés sur l'ensemble des entrées mais surtout des médailles fort utiles pour éventuellement étoffer tout dossier proposé aux acheteurs de la SAQ.

L'après-concours: une virée en Ombrie

Une fois cette mise en bouche terminée, cap sur la discrète province de l'Ombrie, où la jeune appellation Montefalco DOCG a pignon sur vigne depuis 1992. Le but? Me faire les dents sur cette «bête» dont on parle tant et qui commence à faire jaser d'elle. Son nom? Le sagrantino. Son mérite? Proposer une avenue alternative aux cépages bling-bling de ce monde avec sa personnalité forte et originale que 235 irréductibles vignerons affirment sur les quelque 650 hectares de l'appellation. Mais la partie n'est pas gagnée. Loin de là.

S'il est un joueur sérieux admissible dans la cour des grands au même titre que le nebbiolo, l'aglianico, le sangiovese ou le teroldego, le sagrantino n'en demeure pas moins un cépage tardif à la pellicule épaisse et pourvu du taux de polyphénols le plus élevé de sa catégorie.

C'est que monsieur a des dents, ce qui le place illico hors mode devant le consommateur bling-bling. «Il exige une taille courte sur cordon avec ébourgeonnage à la vigne suivi de délestages au chai [c'est-à-dire l'action de vider la cuve afin d'irriguer de nouveau le chapeau de marc] et d'un élevage soigné pour s'assurer de civiliser le tanin», confiera Chiara Lungarotti, dont la famille est pionnière dans la région.

En effet, s'il est d'une «noblesse paysanne» incontestable, le sagrantino est comme une Rolex ou une Maserati: il exige un ajustement pile poil pour un rendement optimal. Manque de maturité au vignoble, même léger, et le voilà qui combine rapidement le duo tanins-acidité pour vous faire prendre le mors aux dents. Pas très bling-bling comme dénouement.

Les vins de l'appellation se déclinent en trois catégories. D'abord, le Montefalco Rosso DOC, où domine le sangiovese (entre 60 et 70 %), complété par le sagrantino, le cabernet-sauvignon, le merlot, la syrah, etc., et proposé par une majorité de vignerons qui y voient l'expression d'un vin tout aussi accessible que personnalisé.

Ensuite, le Sagrantino di Montefalco DOCG, composé à 100 % du cépage du même nom, souvent élevé 24 mois en barrique pour lui adoucir la couenne. Couleur, corps et structure sont au rendez-vous avec cette fraîcheur toujours manifeste qui met le grain en relief et raffermit la finale. Les meilleurs se bonifient facilement sur une décennie.

Enfin, connu depuis Pline l'Ancien et surtout par les franciscains au XVe siècle: le Montefalco Sagrantino Passito DOCG, élaboré avec la bête qu'on aura attendrie par dessiccation des baies sur des claies pour en concentrer les sucres et qui, avant fermentation, «pèsent» environ 350 grammes de sucre. Au final, un rouge doux au violacé profond, titrant environ 15 % d'alcool par volume et dont les quelque 150 grammes de sucres résiduels s'emploient sans cesse à polir le grain de surface serré des tanins pour mieux les arrondir. Un peu comme l'eau sur les galets d'un ruisseau. Un régal notamment sur le fameux fromage pecorino à peine piquant.

Pour terminer, voici quelques maisons visitées irréprochables sur le plan de la qualité et dont certaines recherchent activement un agent pour le Québec: Adanti, Antonelli, Cesarini Sartori, Colpetrone, Casale Triocco, Spoletoducale, Lungarotti, Perticaia, Villa Mongalli, Spacchetti, Terre de Trinci ou encore Novelli Arnaldo Caprai. Cette appellation, toute jeune, a de beaux jours devant elle, et le meilleur reste à venir.

- La semaine prochaine: coups de coeur à Vinitaly, sans bling-bling.

***

Les vins de la semaine

La belle affaire - Vale da Judia Branco 2006, Moscatel, Portugal, 10,35 $, n° 10513184

Il nous arrive avant l'heure mais sait nourrir la sève printanière comme pas un avec son fruité muscaté bien net, bien sec, bien tendre et tout ce qu'il y a de plus léger. Un blanc rieur, un soupçon crooner comme un Henri Salvador attablé avec de jolies filles devant des accras de morue... 1.

Le cabernet - Creso 2001, Bolla, IGT delle Venezie, 37,25 $, n° 962175

Par son bouquet discret mais distingué et ses saveurs mûres, détaillées et bien intégrées par l'élevage, ce beau cabernet demeure courtois en offrant une texture à la fois riche, fraîche et effilée qui culmine doucement à maturité. Un des meilleurs dégustés à ce jour. La classe, quoi. 1.

La primeur en blanc - Château Chasseloir, Cuvée «Ceps centenaires» 2003, Muscadet de Sèvre et Maine sur lie, 17,75 $, n° 854489

La réussite est totale et confondra même les amateurs sceptiques. Par son incroyable jeunesse, son perlant derrière ce millésime solaire, son fruité substantiel avivé par une pointe minérale de salinité et sa longueur qui témoigne de sa race. Vivement le plateau de fruits de mer! 2.

La primeur en rouge - Musar, Cuvée rouge 2003, Gaston Hochar & Fils, Liban, 19 $, n° 10700393

Voilà bien le type de vin qui vous ramène 2000 ans en arrière, un vin décroché des modes mais fascinant par l'esprit du voyage qu'il évoque. Pâle en couleur, suggestif sur le plan du bouquet, à la fois détaillé et profond, pourvu d'une texture fine, fraîche et suggestive, bien liée, longue et harmonieuse. 1.

Le vin plaisir - Château Pesquier Prestige 2005, Côtes du Ventoux, 18,90 $, n° 743922

Une des valeurs gourmandes les plus percutantes à moins de 20 $ pour un vin qui, en plus d'offrir l'expression d'origines bien tranchées, est confectionné avec le doigté précis auquel nous habitue désormais cette maison. Couleur, corps, détails au nez comme en bouche, mâche et longueur. Complet. 2.

***

- Potentiel de vieillissement du vin 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus. ©: le vin y gagne avec un séjour en carafe.

- Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2008 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.

www.jeanaubry.typepad.com/ledevoir


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Bling Bling - par Christian Blais
Le vendredi 04 avril 2008 12:00

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