Les pressions sont fortes sur le président zimbabwéen pour qu'il démissionne - Mugabe perd sa majorité au Parlement
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Photo: Agence Reuters
«Nous avons une majorité claire et nette. Nous assistons à un début de transfert du pouvoir, au niveau du Parlement, et c'est une victoire pour le peuple», s'est réjoui le porte-parole du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), Nelson Chamisa.
Anticipant toute tentative de manipulation des résultats à la présidentielle, le MDC a également revendiqué la victoire de son candidat Morgan Tsvangirai contre Robert Mugabe, qui dirige le pays d'une main de fer depuis l'indépendance en 1980.
«D'après nos propres calculs, nous pouvons dire que le président Tsvangirai a remporté la présidentielle», a déclaré Tendai Biti, secrétaire général du MDC. Il a ajouté qu'un second tour ne serait pas nécessaire puisque Tsvangirai avait obtenu la majorité absolue avec 50,3 % des voix, contre 42,9 % à Mugabe et 6,8 % à un ancien ministre des Finances entré en dissidence, Simba Makoni.
Alors que de difficiles négociations en coulisses sont engagées entre des proches de Tsvangirai et de Mugabe, le quotidien d'État The Herald a ouvert la voie hier à un second tour à la présidentielle, affirmant: «Aucun des candidats ne va recueillir plus de 50 % des voix.»
Un second tour doit être organisé dans les 21 jours après le premier si aucun candidat n'a obtenu la majorité absolue, selon la Constitution, qui donne en outre un délai maximal de six jours pour la publication des résultats complets.
«Les médias d'État ont déjà commencé à préparer la population à la tenue d'un second tour, a commenté Tibi. Si les résultats officiels devaient aller dans ce sens, le MDC est prêt à y participer.». Il semblait ainsi mettre au défi le président Mugabe, qui, selon une source diplomatique européenne à Harare, veut éviter l'humiliation d'un second tour qu'il aurait peu de chances de remporter.
Une autre source diplomatique occidentale a taxé l'annonce du MDC de tactique très dangereuse parce que, «si Mugabe accepte un second tour, ce sera pour l'emporter», quitte à frauder massivement.
La Zanu-PF n'a pas commenté la perte de sa majorité à l'Assemblée nationale, et le gouvernement a adopté un profil bas: le ministre de l'Information, Ndlovu Sikhoanyiso, s'est contenté de déclarer que l'opposition aurait dû laisser la commission électorale terminer son travail. Hier après-midi, la commission n'avait toujours pas donné l'intégralité des résultats aux législatives et n'avait fourni aucune indication sur la présidentielle.
Pendant ce temps, une fébrile activité diplomatique s'organisait autour des négociations inter-zimbabwéennes. L'Afrique australe tentait, selon des sources diplomatiques concordantes, de convaincre le doyen des chefs d'État du continent, au pouvoir depuis plus d'un quart de siècle, de se retirer dans la dignité.
Le premier ministre britannique, Gordon Brown, et le président américain, George W. Bush, ont téléphoné mardi au président sud-africain Thabo Mbeki, déjà mandaté il y a un an par ses pairs de la région pour faciliter un dialogue entre pouvoir et opposition, selon des sources proches du gouvernement à Pretoria.
Les Occidentaux ont quant à eux pressé le régime de publier au plus vite les résultats, Washington et l'Union européenne allant jusqu'à affirmer publiquement que l'opposition avait gagné.
Sur la scène officielle, un calme étrange régnait dans l'attente des résultats.
Le président Mugabe, qui n'est pas apparu en public depuis samedi, gardait le silence et le gouvernement a nié l'existence d'un dialogue entre les deux partis.
Dans ce contexte d'incertitude, la police a indiqué qu'elle comptait déployer davantage de forces «pour maintenir l'atmosphère pacifique qui prévaut actuellement» dans le pays.

