Affaires - L'ascension d'une pionnière
Mots clés : Monique Leroux, Desjardins, Économie, Québec (province)
Monique Leroux est persuadée que son élection à la tête de Desjardins aura un effet d'entraînement

Photo: Jacques Nadeau
En fait, Mme Leroux en arrive à penser que cette formule d'élection lui a été favorable. Elle se demande même si elle aurait été choisie, si elle avait été nommée, comme cela se pratique habituellement dans le monde des grandes entreprises où règne encore la méthode du «boy's club». «Je ne sais pas, je me pose la question», ajoute-t-elle, peut-être pour ménager certaines susceptibilités de bien des personnes qu'elle aura à rencontrer dans les mois et les années à venir.
«Je suis convaincue que mon élection aura un effet d'entraînement dans le monde des grandes organisations au Québec et au Canada», affirmait-elle hier dans une entrevue au Devoir. Elle pense aussi qu'il y aura un effet d'entraînement au sein de la grande famille Desjardins qui compte 40 000 employés. «Je vais regarder plus la qualité de la candidate, même si elle est moins connue. J'aime former des équipes différentes, multidisciplinaires qui comprennent des hommes et des femmes. Je vais m'assurer qu'on ait une belle diversité. Cela va avoir un effet d'entraînement chez Desjardins, aussi, je crois». Depuis son arrivée chez Desjardins en 2001, Mme Leroux constate qu'un plus grand nombre de femmes occupent des fonctions importantes. Elles comptent présentement pour plus de 19 % des cadres supérieurs et pour 56,2 % des gestionnaires.
Mme Leroux est fort consciente que, par la force des choses, elle devient un symbole pour les femmes, ce qui ne l'effraie aucunement. «J'ai connu le même phénomène quand je suis devenue présidente de l'Ordre des comptables agréés», rappelle-t-elle. Elle y fut la première femme à devenir présidente après 115 ans d'existence de cet Ordre. Et faut-il ajouter que les comptables ont rarement été mêlés à des bouleversements de l'ordre social établi. «Ça s'est très bien passé, et j'y ai été très bien appuyée», précise-t-elle.
Elle a en somme beaucoup d'expérience, mais la nouveauté pour elle maintenant est d'occuper une fonction qu'elle a obtenue en se faisant élire. C'est nouveau dans sa vie. «Ça donne une légitimité, mais aussi toute une responsabilité. C'est exigeant et ça demande une bonne dose d'humilité. Des gens ont placé leur confiance en vous. Vous pouvez être élue, mais vous pouvez aussi ne pas être élue.» Au fait, elle a été élue pour un mandat de quatre ans et, selon les règlements de Desjardins, elle sera éligible à un second mandat, mais pas plus.
Samedi dernier à Québec, quelques heures avant son entrée en fonction comme présidente, Mme Leroux annonçait déjà tout un programme d'action, qui va certainement faire des vagues au cours des années à venir. Elle veut notamment rapprocher les caisses locales du pouvoir central à la Fédération des caisses Desjardins. Et cela, pour diverses raisons. D'abord, les caisses génèrent 75 % des excédents, elles fournissent le capital de développement et elles sont les forces vives du mouvement fondé par Alphonse Desjardins.
Elle veut aussi une relation plus étroite de la fédération avec les caisses pour éviter d'avoir une organisation qui fonctionne à deux vitesses. Historiquement, il y a souvent eu un certain décalage entre ce que les dirigeants voulaient faire et ce que les caisses locales étaient prêtes à vouloir permettre. «Si l'on n'y arrive pas, il va se créer un fossé qui ne permettra pas à la fédération et à ses filiales de réaliser leurs ambitions», soutient Mme Leroux, qui déjà pense à un avenir relativement lointain.
Samedi dernier, elle annonçait la tenue d'un congrès d'orientation l'an prochain. Et pourquoi donc? Justement pour discuter des ambitions que le Mouvement Desjardins voudra se donner «dans 4, 8, 12 ou 20 ans». Il ne s'agira pas alors de fixer un plan opérationnel, mais plutôt de dégager de grandes orientations.
«Je mets la barre assez haut. Pour aller plus loin, ce sera exigeant, entraîner des consensus et des investissements», dit-elle. La crise actuelle des marchés financiers va, selon elle, amener une consolidation du secteur financier dans le monde. Les institutions coopératives canadiennes vont vouloir se rapprocher et celles du monde également. «J'ai l'impression que le monde coopératif mondial va se rapprocher. Il est important pour Desjardins qu'on décide comment on va se positionner par rapport à d'autres sociétés financières coopératives, par partenariats ou alliances.»
Pour l'instant, Mme Leroux et le Mouvement Desjardins ont pour objectif de consolider la situation au Québec et de consacrer tous leurs efforts pour une percée en Ontario. Desjardins y a déjà près de 4000 employés. Certaines de ses filiales d'assurances, ainsi que la Caisse centrale et Valeurs mobilières Desjardins y sont présentes, à côté du réseau des caisses locales ontariennes et de Desjardins Credit Union. Chacune de ses entités a son propre plan de développement. «Il s'agit de mettre tout cela autour d'une table commune pour se donner un plan de match intégré». Mme Leroux se donne deux à trois ans pour y arriver.
Vos réactions
Bonne nouvelle - qui n'est pas sexiste! - par benjamin prudhomme
Le mardi 01 avril 2008 15:00
Je salue l'« Événement » ! - par Jean-Luc Gouin
Le mardi 01 avril 2008 10:00
Mme.Leroux devrait être élu pur ses compénce et non son gendre sinon c'est du Sexisme - par Jean Lahoud
Le mardi 01 avril 2008 10:00
Que la meilleure gagne - par Jean-Pierre Audet (jean.pierre.audet@videotron.ca)
Le mardi 01 avril 2008 09:00
Sussès, oui et non - par Michel Beaumont (beaumontmichel@yahoo.ca)
Le mardi 01 avril 2008 07:00
Bravo Mme Leroux.Mouvement ou groupe Desjardins? - par Roger Lapointe
Le mardi 01 avril 2008 06:00
Sexisme.qc.ca - par Yann Takvorian
Le mardi 01 avril 2008 04:00

