Le Bloc nie traverser une crise existentielle

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

La Presse canadienne
Édition du mardi 01 avril 2008

Mots clés : crise, Bloc québécois, Gouvernement, Parti politique, Canada (Pays)

Ottawa -- Les bloquistes reconnaissent qu'ils ont déjà connu des jours meilleurs, mais ils insistent pour dire que leur parti n'est pas «en crise existentielle» même si la tenue d'un référendum a été repoussée aux calendes grecques et que les conservateurs les talonnent dans les sondages.

Les députés interrogés hier ont tous assuré à La Presse Canadienne que leur dernière réunion, avant le congé de Pâques, n'avait donné lieu à aucun débat mémorable sur l'avenir du parti créé en 1990, contrairement à ce que rapportait Le Journal de Montréal.

«Vous l'auriez su ça n'aurait pas pris de temps s'il y avait eu un caucus houleux. J'ai jamais vu un caucus houleux du Bloc il y a deux semaines», a répété le chef Gilles Duceppe, à l'issue de la période des questions.

D'après lui, la réunion n'a donné lieu qu'à quelques questions sur un document circulant au sein du parti et qui présente différentes manières d'aborder l'enjeu de la souveraineté, maintenant que l'idée d'un référendum à court terme est écartée.

Le président du caucus, Louis Plamondon, a même été jusqu'à dire que la rencontre d'équipe du mercredi saint avait été «plate».

«Ça a été tranquille. Toute le monde était content de partir pour les semaines de Pâques. Ç'a été un climat d'entente», a-t-il dit.

D'après lui, tout va pour le mieux au Bloc, tant pour les finances que pour l'organisation ou les grandes orientations du parti. «Le Bloc est uni, solide et en forme.»

À l'instar de son chef, M. Plamondon a minimisé l'importance des sondages qui placent la formation souverainiste à égalité avec le Parti conservateur de Stephen Harper au Québec.

Le député Bernard Bigras, dont les propos seraient à l'origine des rumeurs de crise, dit qu'il a bel et bien insisté pour que le Bloc s'assure que la promotion de la souveraineté demeure l'une de ses priorités, avec la défense des intérêts du Québec.

Mais, selon lui, cette idée a été très bien accueillie par le caucus. «C'est clair qu'il n'y a pas de crise au Bloc québécois. Il n'y a pas eu de débat déchirant au sein du caucus. Ce n'est pas vrai», a-t-il martelé.

D'autres députés, comme Serge Ménard et Michel Guimond, se sont dits «très étonnés» de lire que leur formation était déchirée. «Je n'ai vu personne qui remettait en cause l'importance du Bloc à Ottawa maintenant et dans un avenir rapproché», a confié M. Ménard.

Le déclin

Des experts en politique de l'Université Laval pensent toutefois que la mise en veilleuse du référendum sur la souveraineté par la chef péquiste Pauline Marois précipite le déclin du Bloc québécois.

«Parler de souveraineté à Ottawa quand le PQ reporte la souveraineté à plus tard, ce n'est pas tellement vendeur», a analysé le politologue François Gélineau, en entrevue hier à La Presse canadienne.

Son collègue Réjean Pelletier acquiesce. «À partir de l'instant où le Parti québécois veut gérer une province canadienne, les électeurs n'ont pas de raison de favoriser plus un parti qu'un autre à Ottawa», est-il d'avis.

«Quand la souveraineté n'apparaît réalisable que dans un horizon lointain, les gens se désintéressent de la question. Ils cessent d'y croire», précise-t-il.

Profitant de la chute vertigineuse de l'Action démocratique du Québec (ADQ), le PQ n'a pas trop souffert de la mise au rancart du référendum, demeurant en deuxième position des intentions de vote à quelques points des libéraux. Mais au Bloc, le recul est considérable.

Selon un sondage CROP-La Presse, effectué du 13 au 26 mars auprès de 1004 personnes, les conservateurs recueillent 29 % d'appuis au Québec, contre 30 % aux bloquistes. Depuis l'élection fédérale de janvier 2006, le Bloc a chuté de 12 points et se retrouve à égalité avec les troupes de Stephen Harper.

La souveraineté n'étant plus considérée comme urgente au sein même du PQ, le Bloc a du mal à se placer au diapason des préoccupations des Québécois, pense le professeur Gélineau.

«Avec le ralentissement de l'économie américaine qui pointe, les enjeux portent surtout sur l'économie. Or un parti politique qui n'a aucune chance de former le gouvernement n'est peut-être pas l'interlocuteur le plus crédible en ce domaine», croit-il.

Si le Bloc ne parvient pas à ajuster le tir rapidement, les conservateurs pourront espérer prendre encore plus de terrain au Québec à la prochaine élection, conclut M. Pelletier.

Avec Martin Ouellet

La Presse canadienne


Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com