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Discours sur la méthode
Qui peut raisonnablement prétendre aujourd'hui à la connaissance universelle et vraie? Qui peut prétendre au monopole de la vérité dans la connaissance exhaustive et complète du monde?
Première réponse la science.
Les scientifiques élaborent des théories qui restent vraies et vérifiables jusqu'à ce que de nouveaux modèles plus complets, plus explicatifs, plus vérifiables viennent les remplacer. Les modèles scientifiques ont cette obligation de correspondance à la réalité. Ces connaissances scientifiques ont évolué à partir d'expérimentations vérifiables et « reproductibles » d'où la capacité de la science à reproduire, à prédire des résultats vérifiables. Cette science possède-t-elle toutes les réponses? Assurément, NON. Si tel était le cas, nous serions à même de contrôler le monde, d'assurer la paix universelle ou de nous rendre immortels. Ainsi, la science reste incapable de nous fournir toutes les réponses. En outre, les différentes religions ont posé des questions auxquelles les scientifiques sont incapables de répondre. Pourquoi le monde a-t-il été créé? Qui ou quoi est à l'origine de ce monde? La science esquisse bien quelques réponses sur les comments, avec la théorie du « Big Bang » par exemple, mais avant que s'est-il produit? Qu'y avait-il? Les différentes religions du monde nous offrent une réponse. Elle s'appelle Dieu. C'est le principe moteur du monde. Cette réponse est-elle irrationnelle? Non, mais elle relève de la foi. Peut-on avoir la foi et un esprit scientifique en même temps? Je pense que oui. On peut tenter de raffiner la théorie du « Big Bang » tout en étant croyant chrétien, musulman, bouddhiste, juif, sikh, etc. Il y a un espace rationnel dans toutes les religions (sur les conséquences du non respect des valeurs, par exemple) et un espace pour la foi, la confiance, l'espérance. La foi relève de la confiance alors que le raisonnement scientifique relève de la connaissance vérifiable, vraie jusqu'à preuve du contraire, reproductible, prévisible, etc. Ainsi, le chirurgien au dessus de son patient est confiant de pouvoir améliorer le sort de son patient, mais il ne peut en rester là et simplement faire une prière dans l'espoir de le sauver. C'est par sa science qu'il peut y parvenir.
Qu'en est-il en pédagogie?
Avoir la foi en certains grands principes, comme : tout individu peut apprendre ou certaines valeurs comme : tous les enfants doivent avoir les mêmes chances de réussite, doit habiter l'esprit de celui qui croit à l'enseignement. Faut-il en rester là? Est-ce suffisant? La réponse est évidente. C'est NON. La foi ne suffit pas. Alors que faire? J'ose une réponse: enseigner des connaissances. Est-ce suffisant? NON. Doit-on mettre de l'avant certains principes, certaines valeurs? OUI. Est-ce la même chose? NON.
Qu'en est-il de la réforme actuelle?
À mon humble avis, la réforme prône la foi, met toute sa confiance, dans l'apprentissage de certains principes qui devraient apporter des connaissances aux élèves. Elle place la foi (ou la confiance) avant les connaissances. Prenons les compétences en histoire: interroger les réalités historiques, interpréter les réalités historiques et construire sa conscience citoyenne. Que l'enseignant doit-il observer chez un élève compétent à interroger les réalités historiques? Et bien voici :
« Interroger les réalités sociales dans une perspective historique, c'est manifester une attitude d'ouverture devant tout ce qui se passe dans la société, que cela relève de l'événement ou d'un enjeu de société. Cette attitude se nourrit d'intérêt, de curiosité intellectuelle et de rigueur et se caractérise par une manière particulière d'envisager les faits : la perspective historique. Celle-ci se traduit par un état d'esprit qui permet d'être sensible aux réalités sociales tout en adoptant une distance critique à leur égard. L'interrogation transcende donc la simple formulation de questions pour chercher à cerner les réalités sociales dans toute leur profondeur. » Programme de formation du MELS p. 18.
Voilà de bien beaux principes. Si j'ai bien compris, je dois évaluer le degré d'intérêt de l'élève envers l'histoire. Mais, où sont les connaissances? Le MELS nous indique quelques pistes. Par exemple, les élèves doivent apprendre à interroger et interpréter la conception du monde des premiers occupants (programme 2e cycle). Très bien. Que doit évaluer l'enseignant? Présentement, on me dit que je ne peux pas évaluer uniquement les connaissances des élèves sur la conception du monde des premiers occupants, mais que je dois évaluer leurs compétences à interroger et interpréter la conception du monde des premiers occupants. Évalue-t-on la confiance du chirurgien, son intérêt ou ses attitudes envers la chirurgie en même temps que ses connaissances? Sont-elles indissociables? Selon quels critères? Et bien le MELS nous l'indique. Ainsi pour une compétence très peu développée voici ce que je dois observer chez mes 180 élèves dans leur compétence à interroger la conception du monde des premiers occupants:
« Compétence très peu développée
Effectue, au cours de sa démarche de recherche, un survol de documents variés traitant des réalités sociales du présent et du passé (ex. : texte, carte, diagramme, tableau, document iconographique, ligne du temps).Relève très peu d'informations pertinentes à propos des réalités sociales du présent et du passé. Indique des acteurs et localise des territoires associés à une réalité sociale du passé en vue d'effectuer son interprétation. Mentionne des institutions publiques ainsi que des valeurs présentes dans une société actuelle et dans une société du passé dans le but d'établir des relations entre le présent et le passé. »
Échelles de compétence, MELS, p 55.
Il y a cinq échelles semblables à celle-ci. Je vous en fais grâce. Cependant, vous êtes à même de vous rendre compte des indications nébuleuses qui mènent inévitablement à une évaluation floue et subjective des compétences. Devrions-nous utiliser le terme appréciation à la place?
Que faire?
Premièrement, éviter le mélange des genres. Oui, l'enseignant doit avoir la foi (dans le sens de confiance) dans la capacité de ses élèves à apprendre. Mais quoi au juste? D'abord des connaissances vérifiables jusqu'à preuve du contraire. Il doit évaluer ces connaissances et donner une note qui correspond aux connaissances acquises par l'élève. Ensuite, il peut apprécier la compétence de ses élèves à interroger, puis à interpréter les connaissances acquises. Avons-nous prouvé que procéder autrement relève de la croyance ou de la confiance? Réponse plate, mais je crois que OUI (dans le sens de penser raisonnablement que OUI). La foi est très utile, elle n'est pas déraisonnable, mais elle n'est pas appropriée aux sciences de l'éducation. Avons-nous des études scientifiques pour nous en convaincre? Pas beaucoup, mais je pense que OUI! Veuillez consulter l'adresse suivante : http://www.projectpro.com/ICR/Research/DI/Summary.htm .
Bref, si j'ai bien compris, il faut enseigner des connaissances (et non guider les élèves vers des connaissances) avec la confiance, la foi dans la capacité d'apprentissage de nos élèves. Doit-on éliminer l'évaluation des compétences? Pas complètement, mais je pense qu'elles doivent faire l'objet d'une appréciation séparée, et non d'une évaluation, parce qu'elle ne sont pas de même nature ce qui ne veut pas dire qu'elles sont déraisonnables ou inutiles.
Si vous avez lu le document que je viens de citer et qui démontre les réalisations du « Direct Instruction », je vous propose de le comparer au document suivant provenant de la CSMB: http://www.csmb.qc.ca/plandereussite/moyens/credo.htm
Enfin, quelle méthode préférez-vous ? Qu'est-il advenu de l'autonomie professionnelle? Comment se fait-il que l'on entende si peu parler de « Follow through »?
Gilles Gratton
Enseignant
31 janvier 2008
