Questions d'image - Les Roy maudits

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Jean-Jacques Stréliski
Édition du lundi 31 mars 2008

Mots clés : Roy, Média, Hockey, Québec (province)

Tandis que l'on se bat en Afghanistan, au Tibet, en Irak et ailleurs, de jeunes Québécois se battent sur des patinoires. Elle n'a pas, bien entendu, les mêmes effets, mais la violence est toujours la violence. Violence guerrière, violence conjugale, violence parentale, violence verbale, toute forme de violence est répréhensible.

Nous n'en sommes pas tous convaincus.

Les voici désormais maudits. Leurs inqualifiables conduites viennent de marginaliser Roy père et fils, pour quelques matchs en apparence. Mais, toutes dérisoires qu'elles soient, ces suspensions risquent cependant de leur coller à la peau, et pour longtemps. Les images étaient, comme les coups, trop fortes. Voilà pour la malédiction.

Puisque toutes ces images ont été montrées et remontrées, que tout a été dit ou presque, que la police s'en mêle, ainsi que le gouvernement, les ligues de hockey, les députés en chambre, les tribunes de mononcles, etc., bref, que le rassemblement est sonné, il va falloir réformer (une fois de plus) notre «sport national». Mais va-t-on le faire vraiment? Comme d'autres, je suis bien sceptique. En fait, on attend sans doute un accident fatal pour se montrer alors plus radical envers la violence dans ce sport et interdire purement et simplement toute forme de bagarre.

Et maintenant que les clameurs se sont tues, peut-on comprendre pourquoi l'on se bat au hockey? Car malgré la multitude de commentaires auxquels on a eu droit ces jours derniers, personne n'a répondu à cette question qui m'apparaît fondamentale. Et comme à l'ordinaire, la réponse n'est pas dans l'apparence de réponse.

Comme beaucoup, je sais bien que le hockey a besoin des bagarres pour le spectacle et le marketing de son spectacle, même si ses promoteurs s'en défendent. Mais cela ne me satisfait pas. Il suffit de se souvenir des matchs Canadien-Nordiques pour s'en convaincre tant les foules couraient ces rencontres, n'hésitant surtout pas à provoquer les joueurs à tout bout de champ.

Ce qui arrivait quasiment à chaque partie. Je me souviens même avoir vu, à l'ancien Forum, les deux frères Hunter (l'un jouant pour Québec, l'autre pour Montréal) se tapocher joyeusement avant même que le match ne commence! J'avais essayé de répondre à mon garçon de dix ans à l'époque -- qui me demandait pourquoi ils se battaient puisqu'ils étaient frères -- que tout ça était «organisé avec le gars des vues». Et qu'ils faisaient ça pour faire rigoler la foule.

Encore une fois, il fallait mentir. Comme on se ment encore aujourd'hui sur la véritable raison de ces combats.

Si la bonne parole et la morale publique désapprouvent, en surface, de tels incidents, je ne suis pas certain que ces pugilats d'aréna ne cachent pas cependant autre chose. Car pourquoi se bat-on? Pourquoi tolère-t-on sur la glace des comportements fortement punis en d'autres lieux? Que défoule-t-on ici, individuellement ou collectivement? Pour expier quel démon, pour soulager quelle frustration? Celle des joueurs ou celle du public? Celle de gamins tempétueux ou celle d'adultes décideurs et provocateurs? Celle de sportifs perdants ou celle de spectateurs en mal de victoire?

Ne nous cachons pas la vérité, la «claque su'agueule» fait partie du monde du hockey, et les Roy, comme tant d'autres y ont recours, à chaque fois qu'«il le faut». «Tout le monde le fait, fais-le donc!» Et que je m'excuse, que je suis désolé, que j'aurais donc pas dû, le père en moi a failli, c'est pas un exemple pour notre belle jeunesse, pauvre petit gardien adverse, je m'excuse pour la quinzaine de coups de poings que mon fils lui a assénés, mais... y'avait de l'adrénaline, vous comprenez?

Non, on ne comprend pas.

Ces larmoiements (de crocodile) habituels et ces repentirs à quatre sous, ne doivent duper personne. On passe son temps à s'excuser dans le monde du hockey. À s'excuser, et à se battre.

Que les Roy ne soient pas des enfants de choeur, on s'en doutait un peu. Que certains, et ils sont nombreux, se cachent encore derrière des justifications du genre «C'est ça, la game» m'interpelle davantage. Et ces réactions sont encore fréquentes. Il s'agit de lire les blogues de beaucoup d'amateurs internautes pour s'en convaincre. La vérité n'apparaîtra pas dans les déclarations publiques, mais on la devinera dans les commentaires de sous-sol, là où la frustration peut véritablement s'exprimer sans gêne.

On le dit et on le redit, il s'agit de notre sport national. C'est donc à la nation de réagir. On ne peut pas être fiers de cette violence. Ce ne sont ni Roy ni son fils qu'il faut priver de matchs, c'est tout le système et la machine qui vient avec. C'est aux populations de réagir pour que les ligues et les propriétaires soient dans l'obligation d'agir. Le hockey est le seul sport d'équipe qui, en tolérant la bagarre, autorise de facto la délinquance. Pas étonnant qu'il harnache alors ses joueurs comme des guerriers plutôt que comme des sportifs.

Dans quelques jours débuteront les séries éliminatoires du plus magistral tournoi de hockey au monde: la coupe Stanley. C'est une occasion en or pour le public de faire valoir son point de vue sur la question de la violence. En lui tournant le dos dès qu'elle surviendra.

***

Jean-Jacques Stréliski est spécialiste en stratégie d'images.


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