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Un être humain peut-il redevenir «foetus»?

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Gerry Pagé
Envoyé Le dimanche 30 mars 2008 21:00



On meurt ou on nous fait mourir tout comme on naît ou on nous fait naître. Tout le monde veut décider, à la place du naissant et du mourant. L'être humain en phase foetale ou pré vitale, comme en phase terminale ou pré mortelle sont et demeurent des objets d'ébats et de débats qui se veulent savamment barbelés de l'autoritarisme que pratiquent les puissants lobbies de la Santé qui s'arrogent des droits spécifiquement exclusifs et sans appel, sur la vie comme sur la mort de l'être humain, trop souvent défini comme un client/patient, c'est-à-dire un objet de leurs labos, alors que les combats de ceux et de celles qui demandent qu'on les aide à partir, ont dû, hier, se plier aux diktats des fondamentalistes religieux, comme ils doivent, aujourd'hui, s'incliner devant des ordonnances d'intégristes laïcistes.

Si le refus de «donner la vie» (avortement) fait partie des droits et des libertés, comment se fait-il que le refus «d'en finir avec l'invivable et souvent l'ignoble» ne fait pas partie des mêmes droits et libertés? Faudra-t-il en déduire que «naître» est le plus grand des risques qu'encourent les terrestres?

Au chapitre de l'exit final, il est concevable et tout à fait plausible qu'il y ait une loi dont l'objectif soit de prohiber toute forme d'abus, comme toute forme d'intrusion intéressée (héritiers, commerces d'assurances et tout type de (dé)règlement). Par contre, comment se fait-il qu'une loi de cette nature accepte de se dénaturer, en raison des peurs reliées à de possibles poursuites qui viennent hanter et dont fait grand état le corps médical? Comment se fait-il qu'une loi de cette nature accepte de se dénaturer, en raison de l'autoritarisme qui fait en sorte que toute exception qui puisse la confirmer soit élaguée. L'autoritarisme dictatorial qu'ont pratiqué, avant-hier, les tenants du fondamentalisme religieux et que pratiquent, aujourd'hui, les accros de l'intégrisme laïciste, a dénaturé et dénature un débat au centre duquel la dignité humaine est concrètement évacuée, en dépit du bla-bla-bla qui prétend le contraire.

Il semble plaire aux instances françaises en quête d'un imaginaire et prétentieux leadership, de s'imaginer que les Suisses et les Néerlandais observent de près les tenants et aboutissants de la loi Léonetti. On pourra en prendre note et le croire, lorsque se commettront officiellement les autorités compétentes et non pas les marginaux sympathiques, en mal de visibilité ou de notoriété, qu'ils soient de la Suisse, des Pays Bas, de la Belgique ou d'ailleurs. Quant aux états-uniens qui condamnent toute forme d'euthanasie, ces mêmes états-uniens qui pratiquent la peine de mort et qui, sur l'autel du mensonge de Washington, ont immolé des milliers de jeunes soldats, en Irak, il faudra repasser!

Le vieillissement de la population ainsi que l'échec total de nos gouvernants, à l'effet de définir, à l'égard des aînés, un encadrement respectable et digne d'humanisme, vont risqué de provoquer des suicides solitaires ou «en grappes», chez nombre de personnes âgées, victimes d'indifférence familiale, d'ignorance sociétale, d'intolérance médicale et de maltraitance brutale. L'euthanasie assistée, imprégnée d'humanisme et de dignité, fait encore peur? Pourquoi? Cette peur et ce manque de courage rendent morbide ce débat que la gravité des problématiques déshumanisantes du 3e millénaire, rend inévitable, à moins de plaider l'irresponsabilité et de rejeter, du revers de la main, l'imputabilité dont nombre de professionnels et décideurs ne peuvent supporter les charges ni le poids. Par contre, rien ni personne ne les empêchent d'encaisser leurs émoluments, sans problème de conscience et sans vergogne.

L'apaisement des souffrances dont parlent les robots des labos médicaux fait référence aux effets de «produits pharmaceutiques» souvent dévastateurs et exagérément onéreux (mais payants). Cet apaisement réfère, notamment, aux effets de la morphine (dont personne ne semble connaître les coûts imputés au Système) sur le soulagement et/ou l'élimination de la «souffrance physique». Les mêmes «acteurs» ne parlent pas très souvent du processus d'accélération de la mort que provoquent les doses accumulées et les overdoses dont l'effet létal incontestable ne peut être nié. Et, d'ailleurs, pour avoir pratiqué, comme bénévole, auprès de cancéreux en phase terminale, cette conception de l'accompagnement d'un mourant, à la Maison Sarrazin, entre autres, est tout à fait acceptable, honorable et respectueuse de la dignité humaine.

Mais là n'est pas le niveau du présent débat. L'actuel débat qui trop souvent se veut polémique et dont l'ampleur confronte définitivement les popes de la Santé et les pontifes de la Légalistique (légalisation, porte sur les souffrances morales, psychologiques et mentales des «condamnés à une mort irréversible, mais trop souvent dégradante, hyper souffrante et inacceptable». Il s'agit de souffrances atroces et inhumaines liées aux mépris de l'abandon des leurs, liées aux mépris et aux abus de l'indifférence et de la maltraitance dans lesquelles se spécialisent nombre de gardes chiourmes, préposés aux bousculades des aînés vulnérables, déportés et entassés dans les CHSLD, liées aux peurs et aux frayeurs que provoquent les emmurements de l'esseulement et qui font en sorte que les constats de Bernard Devalois ne font que confirmer, malheureusement, les pompeux ex cathedra de praticiens qui se réclament de droits exclusifs sur la vie comme sur la mort. Ces pontifes religionnaires que dérangent les mourants lucides, hors cadre / hors régime / hors système. En somme, l'inflation médiatique dont Devalois s'autorise le sentencieux décret, n'a d'égale que l'enflure verbale de son autoritarisme indécent, dans les circonstances. À cet égard, le recours au suicide de Chantal Sébire constitue, en soi, un jugement et fait la déplorable démonstration que ce pope aurait dû réfléchir sur les échecs de la médecine laboratoire, curative et thérapeutique, mais d'abord prétentieusement sélective et avant tout très lucrative.

L'augmentation du taux de suicide, chez les aînés, taux que semblent ignorer ou vouloir ignorer les autorités de Santé Québec, font et feront en sorte que les autorités concernées, Santé, Justice et Gouvernement, ne peuvent plus plaider ignorance et/ou indifférence et/ou inconscience et/ou impuissance, ce scabreux pelletage dans la cour de l'autre. Un pelletage qui justifie un «non agir» dont les effets pervers finiront par être adressés, postés et livrées derrières les portes d'une immunité et d'une impunité de plus en plus minces et friables.

Gerry Pagé
Ville de Québec

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