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Je suis Français
Aucun texte ni dans nos codes ni dans la convention européenne des droits de l'homme n'explicite le droit à mourir. Cependant, cette dernière nous reconnait la liberté de notre vie privée. Par voie de conséquence, nous avons la liberté de choisir de vivre ou mourir. C'est pourquoi, vous diront les juristes sans rire, le suicide n'est pas pénalisé. Encore une chance, car les prisons sont déjà bien assez tristes et malodorantes comme cela!
La deuxième question qui se pose est celle-ci: une fois que le citoyen a choisi de vivre ou mourir, la société est-elle disposée à l'aider à aller jusqu'au bout de son choix? Quand il s'agit de vivre, elle le fait incontestablement (le droit condamne l'homicide, mais en plus nous sommes gratifiés d'aides sociales, du droit à la santé etc...).
Par contre, jusqu'ici, la société n'a pas voulu nous aider à mourir. En se déclarant favorables à l'euthanasie, 85 % des personnes qui ont participé à plusieurs sondages réalisés en bonne et due forme montrent leur attente. Les principaux opposants sont les religieux et les médecins, surtout ceux qui se sont formés aux soins palliatifs et qui ne voudraient pas qu'on touche à leur marché....
Pour compenser la déficience sociétale, il y a heureusement des médecins compatissants. Le droit français ne dit rien sur l'aide au suicide. Quelques rares procès ont établi une jurisprudence discordante. Quant à l'euthanasie, elle est assimilée à un homicide. Le résultat, c'est que tout se fait dans l'anarchie et la clandestinité. Tout le monde a vu ou plutôt tout le monde s'est douté un jour ou l'autre que quelqu'un qu'il connaissait a été euthanasié. On parle de 10 à 15000 par an (pour 65 millions de Français), mais allez donc faire des statistiques dans la clandestinité! La moitié des médecins reconnaissent avoir fait au moins une euthanasie. "Tout le monde les soutient". Les poursuites judiciaires sont très rares et ne sont suivies de condamnation que lorsque les familles l'exigent.
Cette situation serait finalement satisfaisante si l'on était certain que ce soit toujours avec l'accord du patient, ce qui n'est pas le cas, et si toutes les fois où une personne voulait mourir elle trouvait un médecin ou une infirmière compatissante, ce qui n'est pas le cas non plus. Le plus grave, c'est que les hôpitaux sont de plus en plus surchargés par des vieillards. J'ai personnellement receuilli le témoignage d'un salarié - en retraite - d'une maison de retraite qui m'a dit, d'une manière qui m'a forcé à le croire,: "il y a des vies qui sont raccourcies quand les résidents n'ont plus d'argent". C'est là le danger de la clandestinité, d'autant plus grand qu'il y a de plus en plus de vieillards.
Ne prenez surtout pas pour exemple la partie de la loi Léonetti qui a été votée en France en 2005 et qui donne le droit au médecin "d'appliquer un traitement [contre la douleur] qui peut avoir pour effet secondaire d'abréger la vie". Cette loi est faite pour couvrir les médecins à l'éthique élastique.
Quant à moi, je serais favorable au processus suivant:
IDEES DIRECTRICES:
- le choix de la mort, en alternative à une vie devenue invivable, appartient au citoyen et à lui seul.
- notre société a un devoir d'humanité à l'égard des personnes qui ont fait ce choix.
- on ne doit pas laisser aux médecins la charge de satisfaire une demande de mort lorsque la médecine ne peut plus rien sinon soulager la douleur.
SOLUTION PROPOSEE:
- une loi doit reconnaître un droit opposable à mourir volontairement, dignement et aussi paisiblement que possible.
- la demande est examinée par une instance judiciaire spécialisée qui s'assure que toutes les conditions de recevabilité sont remplies: capacité juridique du demandeur, lucidité, liberté de décision, réflexion approfondie, réitération, et justification.
- une association de bénévoles qui peut s'assurer le concours technique de médecins apporte l'assistance au demandeur.
- un contrôle est exercé par une commission nationale ad hoc.
Bonne chance à vous
