Dernier round pour les bagarres au hockey

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Guillaume Bourgault-Côté
Édition du samedi 29 et du dimanche 30 mars 2008

Mots clés : Jonathan Roy, bagarres, LHJMQ, Sport, Hockey, Québec (province)

Des sanctions beaucoup plus sévères seront imposées dès l'an prochain

La presse canadienne
Le gardien Jonathan Roy s'est violemment attaqué samedi dernier à son vis-à-vis Bobby Nadeau pendant qu'un coéquipier de celui-ci se débattait avec un arbitre.

Photo: Presse canadienne

Le gouvernement veut mettre les hockeyeurs bagarreurs K.-O. La Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) et Hockey Québec ont donc reçu hier la consigne stricte de présenter d'ici juin des projets de règlement visant à enrayer les bagarres et la violence au hockey.

En frappant sans retenue un adversaire passif samedi dernier, l'impétueux gardien de but Jonathan Roy a involontairement préparé le terrain pour un profond changement de culture dans le monde du hockey junior, mineur et amateur au Québec. Ainsi, le dernier round des bagarres a peut-être sonné.

Hier, la ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport, Michelle Courchesne, a confirmé qu'elle souhaite voir une saison de hockey 2008-09 sans violence ni bagarres. «Notre société est prête à passer à une autre étape», a-t-elle dit lors d'une conférence de presse très courue, organisée conjointement par le ministère et la LHJMQ.

Afin de diminuer le recours aux gestes disgracieux, on imposera des «sanctions dissuasives» à tout joueur impliqué dans une bagarre. L'étendue des sanctions souhaitées n'a pas été précisée, mais la ministre favorise «l'idée d'une gradation», tant pour les joueurs que pour les entraîneurs.

Chose certaine, la ministre Courchesne veut que ces sanctions soient plus lourdes qu'une simple expulsion d'un match pour un bagarreur ou qu'une suspension de sept matchs pour un geste comme celui commis par le fils de Patrick Roy. On souhaite pouvoir frapper fort avec des sanctions afin de décourager ces gestes en amont.

L'ancien préfet de discipline de la LHJMQ, Maurice Filion, a mentionné hier en entrevue à la télévision qu'il était envisageable de songer à des suspensions de 20 ou 40 matchs pour tout joueur impliqué dans une bagarre. De cette façon, a-t-il dit, la ligue arrivera rapidement à éliminer les bagarres. À terme, en réfléchissant aux conséquences, les joueurs développeront le réflexe de garder leurs gants plutôt que de les ôter.

La LHJMQ et Hockey Québec, l'organisme qui gère tout le hockey mineur et amateur au Québec, devront donc chacun présenter d'ici trois mois un projet de règlement destiné à renforcer les mesures déjà existantes pour enrayer les bagarres et la violence.

«Comme ministre, je m'attends à ce que les deux réglementations comportent des sanctions très dissuasives, à la fois pour les joueurs et pour les entraîneurs, de s'engager dans des [comportements violents]. Il y a déjà des règles qui existent. Mais je m'attends à ce que les règlements soumis soient bien plus dissuasifs encore», a affirmé Mme Courchesne.

La ministre se prévaudra ensuite de l'article 27 de la Loi sur la sécurité dans les sports pour approuver les mesures qui seront soumises par la LHJMQ et Hockey Québec. Si jamais elle n'était pas satisfaite des solutions proposées, Mme Courchesne pourrait imposer d'elle-même la réglementation souhaitée, a-t-on confirmé à son cabinet hier.

Mais il semble que la collaboration entre les différents partenaires soit déjà acquise. Le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau, mis sur la sellette cette semaine dans la foulée des événements survenus entre les Remparts de Québec et les Saguenéens de Chicoutimi, a assuré à plusieurs reprises hier que la ligue collaborera et qu'elle poursuit le même objectif que le gouvernement.

Comités

En fait, la LHJMQ avait déjà amorcé une réflexion au sujet des bagarres au hockey junior, a affirmé M. Courteau. Selon lui, la ligue a «entamé depuis plusieurs mois un processus de consultation auprès de ses partenaires [Hockey Canada, le bureau des gouverneurs et les propriétaires] sur la présence des bagarres dans le hockey junior canadien».

Cette réflexion sera maintenant élargie et menée plus rapidement, a-t-il assuré hier. L'appui donné au projet du gouvernement se traduira par la création d'un comité de consultation composé d'experts du hockey, de parents et de gens du milieu juridique, qui auront pour mandat de «rencontrer tous les intervenants» pertinents et de soumettre des recommandations.

Des démarches ont aussi été engagées avec Hockey Canada et la Ligue canadienne de hockey (qui regroupe les trois circuits junior majeur du pays) pour tenter de trouver une solution commune et faire en sorte que les règles soient les mêmes dans tout le pays.

Le commissaire Courteau a assuré que les discussions sont déjà bien entamées avec les ligues de l'Ouest et de l'Ontario. «L'Ouest et l'Ontario se sont dit sensibilisés [au problème], a indiqué M. Courteau. Ils m'ont assuré de leur collaboration entière dans ce dossier.»

L'enjeu, c'est que la LHJMQ ne veut pas être la seule à faire le saut. On craint que les joueurs québécois soient désavantagés lors du repêchage de la Ligue nationale de hockey ou pendant le tournoi de la Coupe Memorial.

Toutefois, la ministre Courchesne et le commissaire ont relevé hier que de plus en plus de joueurs européens -- qui fréquentent donc généralement des circuits où les bagarres sont interdites -- font maintenant partie de la Ligue nationale. Cette année, six des dix meilleurs compteurs sont d'ailleurs européens. Alors? «Le talent au hockey ne passe pas obligatoirement par la violence», a dit Mme Courchesne.

Gilles Courteau a été interrogé à plusieurs reprises pendant et après la conférence de presse sur la volonté de la LHJMQ de faire cavalier seul dans l'hypothèse où les autres ligues canadiennes ne suivraient pas. Sa réponse a été ambiguë: la ligue se dit prête à «prendre l'initiative», mais l'objectif consiste à atteindre «l'uniformité». La ministre Courchesne est toutefois intervenue à un certain moment pour indiquer que M. Courteau l'avait assurée que la ligue «prendra le leadership».

Mme Courchesne est déjà entrée en contact avec ses homologues du Canada anglais afin d'«amorcer la discussion sur la question des bagarres». Elle a aussi demandé que cette question soit inscrite à l'ordre du jour de la prochaine rencontre des ministres responsables du sport, en mai.

Du côté de Hockey Québec, le directeur général Sylvain Lalonde a confirmé au Devoir que l'organisme est ouvert au renforcement de la réglementation et que le tableau des sanctions sera revu. «Au-delà de ça, nous voulons avoir des mesures d'aide en ressources humaines et financières pour travailler sur la prévention», a-t-il dit, évoquant la formation des arbitres et des entraîneurs, de même que des activités de sensibilisation pour les parents.

Un bon pas

Les premières réactions entendues hier laissent croire que le projet d'interdiction des bagarres pourrait confondre les sceptiques. Interviewés à la télévision, des membres de la direction des Remparts, des Saguenéens et de l'Océanic de Rimouski ont dit approuver le changement souhaité. «À 100 milles à l'heure», a lancé Maurice Tanguay, propriétaire de l'Océanic.

«C'est la première fois que je sens une réelle volonté politique de poser des gestes concrets», se réjouit pour sa part Gaston Marcotte, professeur au département d'éducation physique de l'Université Laval et vieux routier du monde du hockey et des notions de sport collectif. «Sauf qu'après 45 ans d'observation, j'ai appris à me méfier des discours: je jugerai donc sur les actes et les changements réels. Il ne faut pas oublier que la LHJMQ est une entreprise qui utilise des jeunes au salaire minimum et que plusieurs considèrent que la violence est vendeuse.»

M. Marcotte reconnaît tout de même que la culture interne «change un peu». «La qualité des propriétaires s'est beaucoup améliorée. Je suis convaincu que le spectacle de samedi n'a pas plu» au copropriétaire des Remparts, Jacques Tanguay (ce qui est peut-être moins sûr en ce qui concerne Patrick Roy, l'autre copropriétaire... ).

Mais selon Gaston Marcotte, les événements de la semaine dernière auront eu pour effet bénéfique de déclencher le début d'une réflexion sur le modèle de développement et d'encadrement des jeunes joueurs proposé par la LHJMQ. Prochaine étape: humaniser le tout, a-t-il dit en affirmant souhaiter que le circuit Courteau sorte de la logique commerciale qui prévaut à l'heure actuelle.


Vos réactions


Mille fois bravo à ceux et celles par qui le changement passera - par Pierre Imbeault
Le samedi 29 mars 2008 17:00

La bagarre comme arme élecorale. - par Christian Blais
Le samedi 29 mars 2008 14:00

good luck! - par Gérard Lépine (lepinegerard@yahoo.fr)
Le samedi 29 mars 2008 13:00

Un petit plat d'amendes pour Peanut. - par Gerry Pagé
Le samedi 29 mars 2008 13:00

Deux poids deux mesures - par Jerome Letnu
Le samedi 29 mars 2008 11:00

À surveiller de près - par René Pelletier
Le samedi 29 mars 2008 10:00

Bravo - par John Holbrooke (holbrookej@aol.com)
Le samedi 29 mars 2008 07:00

LHJMQ: la Ministre Courchesne a forcé la ligue à se compromettre. - par Roger Lapointe
Le samedi 29 mars 2008 05:00

les tatas du hockey - par martin grenier
Le samedi 29 mars 2008 05:00

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