Revue de presse - Ça tiraille et ça grenouille

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Manon Cornellier
Édition du samedi 29 et du dimanche 30 mars 2008

Mots clés : Jim Flaherty, Dalton McGuinty, Gouvernement, Ontario (province), Canada (Pays)

Depuis cet hiver, le gouvernement Harper et celui de l'Ontarien Dalton McGuinty sont en guerre au sujet des meilleures politiques fiscales et budgétaires à adopter pour contrer le ralentissement économique ontarien. L'affaire fait beaucoup jaser chez notre voisine, d'autant plus que le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, s'est offert une sortie à la veille de la présentation du budget ontarien qui a eu lieu mardi dernier. Une attitude qui lui a encore valu une pluie de critiques.

Le Toronto Star, le Toronto Sun et Robert Howard, du Hamilton Spectator, pensent que l'attitude «paternaliste» de Flaherty à l'endroit de l'Ontario nuit à la province et au pays et pourrait se retourner contre les conservateurs fédéraux. Le Globe and Mail, lui, se demande simplement pour quel ministre des Finances Flaherty se prend. Selon le Globe, il est «temps pour M. Harper d'avoir une petite conversation avec son ministre le plus important. Si M. Flaherty n'est pas satisfait de son emploi actuel, il est libre de démissionner et de retourner à ses premiers amours. Sinon, il devrait s'engager à travailler avec les provinces plutôt que contre elles. [...] Le Canada a besoin d'un ministre des Finances à temps plein, pas d'un ministre qui travaille au noir comme chef d'une opposition provinciale».

L'indignation a même gagné des journaux d'autres provinces. Le Halifax Chronicle-Herald écrit: «M. Flaherty ne débat pas vraiment de politique fiscale. Il est en train de fabriquer un bouc émissaire pour la faiblesse de l'économie ontarienne.» Car, dit le quotidien, les Ontariens vont finir par se demander pourquoi Ottawa n'a rien fait pour leur venir en aide alors que le fédéral avait 10,2 milliards en surplus. «Parler en mal de l'Ontario ne compensera pas pour des politiques marcroéconomiques fédérales mal avisées.»

Le Star-Phoenix, de Saskatoon, renchérit: «Il semble que la partisanerie la plus basse ait maintenant une telle emprise sur les conservateurs fédéraux qu'ils ne voient pas les dommages qu'elle cause au Canada et à leur propre cause. Ou ils ne s'en soucient plus.»

À chacun son approche

James Travers, du Toronto Star, soutient que les conservateurs sont seulement fidèles à leur méthode, qui se résume à diviser pour régner. «Au lieu de chercher un appui horizontal par-delà les lignes de fracture du pays, ils chassent à la verticale, plongeant profondément dans quelques couches sociales bien choisies.» Travers attribue cette attitude à la réaction habituelle d'un parti trop longtemps dans l'opposition, au point de se considérer comme des «outsiders». Dans le cas des conservateurs cependant, ils aiment se percevoir ainsi. Ça n'offre peut-être pas une majorité, mais ça pousse les troupes à serrer les rangs, dit Travers.

Les partis d'opposition souffrent souvent d'un autre problème: la multiplication des intrigues réelles et apparentes. Serait-ce ce qui mine le Parti libéral du Canada? demande Lawrence Martin, du Globe and Mail. La question se pose à la lumière des événements de la dernière semaine au sein de l'aile québécoise du PLC. Selon Martin, certains libéraux souhaiteraient même voir Dion partir. Ce qui le sauve, note le chroniqueur, est l'incapacité de Stephen Harper de prendre une solide avance dans les sondages, ce qui en dit long sur le parti au pouvoir, d'autant plus que Harper n'a pas droit à la même mauvaise presse que le chef libéral. Martin rappelle que les nouveaux chefs ont besoin de temps pour s'imposer et avoir une chance de gagner. Harper a perdu ses premières élections pour gagner les suivantes. Jean Chrétien, comme d'autres leaders libéraux avant lui, a été chef de l'opposition pendant trois ans avant de l'emporter. Martin ne trouve donc pas la stratégie attentiste de Dion complètement dénuée d'intérêt. «Si l'histoire est un guide, le truc pour le non-initié est d'attendre.»

Nouveau piège?

Les conservateurs ont tenté d'utiliser le budget fédéral de l'année dernière pour donner au ministre du Patrimoine le pouvoir de refuser certains avantages fiscaux aux productions audiovisuelles jugées contraires à l'ordre public. Cette année, ce sont des modifications importantes à la Loi sur l'immigration qui suivent le même chemin. On n'en a pas beaucoup entendu parler au Québec, mais dans le reste du pays, ça commence à faire des vagues. Le Globe and Mail est en faveur de la réforme mais déplore le moyen détourné pour y arriver. L'Ottawa Citizen et le Vancouver Sun, eux, contestent les changements envisagés.

Carol Goar, du Toronto Star, résume bien l'affaire. La ministre dit vouloir s'attaquer à l'imposant arriéré de 900 000 demandes, mais la journaliste s'interroge sur la méthode. Les amendements à la loi lui donnent carte blanche pour, par exemple, ordonner aux fonctionnaires de limiter le nombre de nouvelles demandes analysées ou rejeter une demande déjà acceptée. «L'étendue des changements proposés par le projet C-50 laisse croire qu'on se prépare à davantage qu'un simple grand ménage.» Le ministre des Finances a dit lui-même chercher ainsi à «traiter rapidement les demandes d'immigrants qualifiés qui peuvent contribuer immédiatement à l'économie». Selon Goar, la façon facile d'y parvenir est de centraliser le pouvoir, ce que fait le projet de loi. La ministre pourra ralentir la réunification familiale, fermer la porte à des immigrants de certains pays ou favoriser l'immigration économique. Les règles pourront changer selon son bon vouloir.

Les partis d'opposition sont contre, mais les libéraux, qui ne veulent pas encore d'élections, pourraient encore être pris entre l'arbre et l'écorce. Ces amendements sont inscrits dans le projet de loi budgétaire présenté tout juste avant le congé pascal, ce qui veut dire qu'ils seront soumis au vote en même temps que le budget, ce qui les transformera en mesure de confiance envers le gouvernement.

***

mcornellier@ledevoir.com


Vos réactions


Amour délice et orgue - par André 67 (andre_lacombe@yahoo.com)
Le samedi 29 mars 2008 19:00

900 000 - par Jean canonne (canonne.jean@uqam.ca)
Le samedi 29 mars 2008 17:00

Maître de l`autodestruction - par Pierre-S Lefebvre
Le samedi 29 mars 2008 13:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com