Voyage à l'ère planétaire - 5
Mots clés : Culture, Australie (Pays), Québec (province)
Brisbane, Australie -- Quatorze heures de décalage horaire avec Montréal mais bien peu de décalage lorsqu'il s'agit des problèmes de la planète. Si la géographie précise que nous sommes ici en Océanie, la réalité politique et culturelle est celle de l'Occident. On savait que l'Australie se vante de vivre le multiculturalisme comme une réussite et l'on a tendance à le croire si l'on regarde la télévision nationale.
Quant aux Aborigènes, asservis, humiliés, soumis à des lois ségrégationnistes et regroupés dans des réserves, ils sont aujourd'hui divisés sur leur avenir collectif. Et les excuses officielles du gouvernement il y a quelques semaines au sujet des exactions subies depuis plus de 150 ans par les premiers habitants du pays ne sauraient satisfaire leurs revendications territoriales. Du déjà-vu, dirions-nous au Canada.
L'Australie, pays de la langue de communication internationale, en l'occurrence l'anglais, se préoccupe donc du fait que 5 % de sa population ne s'exprime pas convenablement dans la langue officielle. Nous voici donc, encore une fois, renvoyés à la réalité québécoise. À vrai dire, même à l'autre bout de la planète, notre obsession pour la langue trouve matière à comparaison. Cette semaine, on apprenait que des étudiants français, dans le cadre d'un accord franco-québécois, s'inscrivent dans nos universités anglophones à bien moindre coût que les étudiants étrangers.
Ces jeunes Français sont attirés par l'université McGill au premier chef, dont la réputation internationale en est une de prestige, et ce, dans de nombreux domaines. Plusieurs Québécois sont choqués que les fonds publics servent à angliciser des étudiants de France. Mais au nom de quel principe devrait-on interdire à des étudiants venus d'ailleurs, fussent-ils originaires de ce que l'on a appelé longtemps la mère patrie, ce que l'on permet aux étudiants francophones du Québec et qu'on ne devrait jamais d'ailleurs leur interdire?
Insouciance
Pourquoi se surprendre de l'attention, plus marquée que jamais, des jeunes adultes pour l'anglais, cette langue incontournable? Le consul général de France à Québec a eu raison d'affirmer que ces jeunes ne perdraient pas leur langue pour autant. L'expérience montre que rares sont les Français vivant en dehors de la France qui perdent leur langue maternelle. Par contre, il est hélas fréquent de rencontrer des Québécois installés aux États-Unis, par exemple, qui après quelques décennies ont peine à s'exprimer en français. Pourquoi?
La question est douloureuse. Mais la réponse pourrait l'être davantage. Notre langue est fragile à cause de notre situation géographique et culturelle nord-américaine, nous ne cessons de le répéter, mais elle est fragilisée par notre propre insouciance, par notre propre inconscience de la protéger nous-mêmes contre les détériorations multiples que nous lui faisons subir au quotidien. Peut-on vraiment dire que la loi 101 a eu pour conséquence de nous rendre si fiers du français que nous nous efforçons de le parler avec correction et de l'écrire avec justesse? Cette même loi a obligé des centaines de milliers de néo-Québécois à l'apprendre et à le pratiquer au travail. Pourquoi cette langue dans leur bouche est-elle, la plupart du temps, plus juste, plus fluide et plus élégante que celle dont nous usons nous-mêmes?
Pour imposer notre langue aux autres comme nous le faisons, il faut cesser d'être habités de cet esprit revanchard, sans doute nécessaire à une autre époque mais qui n'a plus sa raison d'être. Nous sommes nos pires ennemis en matière de langue. La poignée d'étudiants français quelque peu désinvoltes face à la société qui les accueille, avouons-le, ne risquent pas de perdre leur identité en choisissant de façon parfaitement légale d'étudier en anglais au Québec.
Mais leur choix nous renvoie aux paradoxes et aux limites de la défense de notre langue. Les appels de phares des commissions scolaires anglophones vers une clientèle potentiellement «anglicisable» démontrent bien que nous ne sommes pas parvenus à faire du français une langue séduisante. Quelque part, en dépit des lois linguistiques, un certain combat semble perdu. Défaitisme, diront certains. Et si nous n'étions que douloureusement réalistes?
Les plus âgés se sont épuisés à se battre pour le français et, dans ce domaine comme dans tant d'autres, ont semblé incapables de transmettre à leurs enfants cette ferveur qui fut la leur. Ces derniers, élevés dans l'illusion que le monde entier est leur terrain de jeu et que l'identité terrienne a préséance sur l'identité nationale, comprennent mal ces luttes anciennes, cette crainte de l'assimilation qu'ils croient appartenir à un autre âge.
Combien de jeunes sont disposés à exiger, comme leurs parents avant eux, qu'on leur parle en français partout à Montréal? De plus, ils sont conscients que la langue anglaise est l'instrument privilégié pour parcourir la planète. Ils croient, à tort ou à raison, que la peur de disparaître est une sorte de phobie des générations qui les ont précédés. Et Pauline Marois ne leur a-t-elle pas laissé entendre qu'on pourrait leur apprendre leur histoire dans la langue de ceux que leurs parents appelaient les conquérants? Comment échapper alors à la confusion des esprits, conséquence de deux référendums qui n'ont strictement rien réglé et qui nous placent tous dans un statu quo qui est une façon de laisser le temps faire son oeuvre.
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denbombardier@videotron.ca
Vos réactions
@Montoya le champion de l'incohérence.. - par Raymonde Chouinard
Le jeudi 03 avril 2008 12:00
@ Madame Chouinard, la googueule ouverte... - par Yvon Montoya (yvonmontoya@sympatico.ca)
Le mardi 01 avril 2008 15:00
@Montoya - par Raymonde Chouinard
Le mardi 01 avril 2008 11:00
@Madame Chouinard.Qu'est-ce qu'elle a ma googueule chérie? - par Yvon Montoya
Le lundi 31 mars 2008 15:00
@Serge Charbonneau - par Raymonde Chouinard
Le lundi 31 mars 2008 12:00
Professeur Montoya - par Raymonde Chouinard
Le lundi 31 mars 2008 12:00
@ Mme Chouinard - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le dimanche 30 mars 2008 17:00
Skippy gagnon - par Raymonde Chouinard
Le dimanche 30 mars 2008 11:00
@ Madame Chouinard, notre maitresse d'école nationale. Rectifications. - par Yvon Montoya (yvonmontoya@sympatico.ca)
Le dimanche 30 mars 2008 10:00
Skippy Bombardier - par Jacques Gagnon
Le dimanche 30 mars 2008 01:00
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Le samedi 29 mars 2008 20:00
Affirmations surprenantes - par Gilles Dubé
Le samedi 29 mars 2008 15:00
@Jacques Noel - par Raymonde Chouinard
Le samedi 29 mars 2008 14:00
@Serge Charbonneau - par Raymonde Chouinard
Le samedi 29 mars 2008 11:00
Un Québécois à Toronto... - par Yves Benoit
Le samedi 29 mars 2008 10:00
Voyage à l'ère interplanétaire - 5 - par Francine De Sève (fdsg@videotron.ca)
Le samedi 29 mars 2008 09:00
Le problème de l'anglais au centre de Montréal - par jacques noel
Le samedi 29 mars 2008 09:00
Quelle objectivité - par Guy Fafard (3479@videotron.ca)
Le samedi 29 mars 2008 09:00
Il semble que les voyages ne forment que la jeunesse! - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le samedi 29 mars 2008 06:00
Le bilinguisme au Québec - Une utopie! - par Claude Tremblay
Le samedi 29 mars 2008 06:00

