Écrire avec son âme
Mots clés : XYZ, Louise Dupré, L'été funambule, Livre, Montréal, Québec (province)

On espère, on veut, on exige même. On prie secrètement: faites qu'elle y soit, cette petite musique reconnaissable entre toutes, cette voix intérieure qui nous va droit au coeur.
Louise Dupré publie depuis près de 25 ans. De la poésie, des romans, des nouvelles, des essais. Louise Dupré, c'est Noir déjà, Grand Prix du Festival international de la poésie en 1993. C'est La Memoria aussi. Un roman remarquable, couronné par le prix Ringuet de l'Académie des lettres du Québec en 1997.
Plus récemment, elle a écrit pour le théâtre: Tout comme elle. Un texte poignant, déchirant, sur les relations mère-fille, mis en scène par Brigitte Haentjens. La pièce, portée par cinquante comédiennes, a reçu le prix de la critique 2005-06 de l'Association québécoise des critiques de théâtre, dans la catégorie Montréal.
Partout, dans les écrits de Louise Dupré, la même authenticité. La même force. Le même feu. Et la même douceur enveloppante. Cette façon de mettre le doigt sur ce qui fait de nous des êtres contradictoires, inachevés. Fragiles, fissurés, blessés.
Cette façon de parler de la douleur des femmes, en particulier. Et de les rassurer: vous n'êtes pas seules, dit-elle. Vous n'êtes pas seules à aimer et à détester votre mère. Vous n'êtes pas seules à rêver d'une autre vie que la sienne, que la vôtre.
Pas seules à vous sentir seules, défaites, désespérées après une rupture amoureuse. Pas seules à craindre de vous abandonner dans les bras d'un homme de nouveau. Et à le faire, encore, à vous abandonner.
Pas seule à vibrer de désir, tout à coup. Et à résister au bonheur, par bouts. Pas seules à avoir peur. Peur du vieillissement, de la mort. Peur de tout. D'être passées à côté, surtout.
C'est là partout, dans ses livres, oui. Cette tension. Cet enchevêtrement entre ce qui est, ce qui a été, ce qui n'est plus. Et ce qui aurait pu être. Tout ça écrit avec grâce, élégance.
Une écriture fine, ciselée, celle de Louise Dupré. À la fois noire et lumineuse. Qui se tient en équilibre sur les mots, avance à petits pas. Et nous prend dans ses bras.
Alors voilà. Le miracle a lieu, encore une fois. Avec L'Été funambule. Un recueil de nouvelles. Où l'auteure aurait pu s'éparpiller, ne faire qu'esquisser de petites histoires, vider ses fonds de tiroirs, qui sait?
On se demande comment elle fait. Pour demeurer à ce point intacte, pour ressasser les mêmes thèmes, sans se répéter. Pour parvenir à nous surprendre, encore, et encore.
Dans la nouvelle intitulée Funérailles, entre autres. Dès le début, on est saisis: «Un jour, votre père n'est plus votre père, c'est un corps inerte, un cadavre, comme votre grand-père.» Et c'est parti. Ce père, vous verrez défiler sa vie. Tandis que vous, le «vous» de l'histoire, autrement dit sa fille, vous tenterez d'apprendre à l'aimer, maintenant qu'il est mort.
C'est un procédé qu'elle utilise souvent, Louise Dupré. Écrire au «vous». Pour favoriser l'identification? Pour mieux se révéler elle-même tout en se camouflant?
Ainsi, dès l'ouverture de L'Été funambule: «Le matin, vous vous assoyez dans votre lit, avec vos dictionnaires, et votre petit monde se peuple, vous rêvez devant des personnages que vous aimeriez rencontrer. Parfois, vous leur faites accomplir des actes que vous, vous n'avez jamais osés, et vous êtes réjouie jusqu'au coucher. Comme si un instant vous ouvriez une fenêtre sur quelqu'un en vous que vous connaissiez à peine. Cette femme que vous auriez pu être dans une autre vie.»
On ne sait pas qui aurait pu être Louise Dupré dans une autre vie. On ne sait même pas qui elle est vraiment dans la vraie vie. Qu'elle soit écrivaine, cette écrivaine-là, déjà, ça nous suffit. Une écrivaine qui écrit avec son âme, oui.
Comme elle l'écrit elle-même: «On peut fuir ses parents, son homme, ses enfants, son pays, on peut laisser derrière soi son coeur, mais pas son âme.»
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Collaboratrice du Devoir
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L'été funambule
Louise Dupré, XYZ, Montréal, 2008, 156 pages
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