À voir à la télévision le mardi 1er avril - Belle marquise

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Rachel Haller
Édition du samedi 29 et du dimanche 30 mars 2008

Mots clés : Cinéma, France (pays)

1799. Dans une Lombardie à feu et à sang, une jeune veuve, la marquise d'O, subit les outrages de soldats ennemis. Sauvée de justesse par un comte russe bientôt follement épris, elle retrouve la quiétude de son palais. Mais son ange gardien ne cesse de la poursuivre de ses assiduités et son ventre a accueilli à son insu la vie.

Dans son adaptation de la célèbre Marquise d'O de Heinrich von Kleist, Eric Rohmer, alors à ses débuts (il n'a signé jusque-là que les Contes moraux), a respecté les élans du digne héritier de Schiller et Goethe. L'amour supplante la raison, la nature, la volonté des hommes, et la guerre des sentiments se nourrit de tirades et de rebondissements compassés. Mais comme tout grand cinéaste, il a aussi apporté sa griffe. Une distance amusée en opposition avec un langage hautement ampoulé -- Bruno Ganz est particulièrement convaincant en aristocrate amidonné -- et surtout une mise en scène somptueuse inspirée par les peintres de l'époque (Ingres, David et Greuze) qui lui a valu en 1976 le Grand Prix du jury à Cannes.

On se souviendra longtemps des magnifiques scènes d'idylle pastorale ou, mieux encore, de la marquise alanguie sur sa couche dans un chatoiement d'étoffes rouges et grises. D'ailleurs, dans son dernier film, Les Amours d'Astrée et de Céladon, Eric Rohmer renoue avec cette sensualité de boudoir, cette picturalité éblouissante, bien loin du dépouillement des Contes des quatre saisons. Trente ans ont passé et l'ancien professeur, critique et disciple de la Nouvelle Vague n'a rien perdu de sa verve. À voir ou à revoir.

Cinéma / La Marquise d'O... - Artv, 21h


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