Chez Larousse - Un peu de Félix Leclerc chez Molière
Mots clés : dictionnaires, Larousse, Livre, France (pays), Québec (province)
Il se vend pas moins de 100 000 Petit Larousse par an au Canada

Depuis ce jour, «entre cinq et dix nouveaux québécismes» s'y dénichent une place chaque année, souligne Yves Garnier, directeur du Petit Larousse et des Encyclopédies, ajoutant que cette ouverture est chère aux artisans de la publication annuelle. «L'idée, c'est de représenter le français dans toute sa diversité», précise-t-il. D'ailleurs, on y retrouve aussi des helvétismes, des belgismes et des africanismes, entre autres. «Les échanges entre les pays sont de plus en plus fréquents et importants, donc c'est encore plus important, par exemple, de donner aux Français des définitions de mots qu'ils pourraient rencontrer au Québec», ajoute ce passionné de la langue de Molière, mais aussi de celle de Félix Leclerc.
Richesse linguistique
L'édition 2008 du Petit Larousse illustré a ainsi accueilli dans ses pages huit nouveaux mots provenant du Québec, dont le terme «baladodiffusion». Créé par l'Office québécois de la langue française, ce néologisme désigne un mode de diffusion qui permet aux internautes de télécharger automatiquement sur un baladeur numérique des contenus radiophoniques, audio ou vidéo. Ont également fait leur apparition dans l'ouvrage: casseau, débarca-dère, gracieuseté, massothérapeute, massothérapie, rallonge et traînerie.
«C'est un très joli mot, "traînerie", lance M. Garnier. Il représente bien la richesse de la diversité du français et il est tout à fait français. Mais il est utilisé dans une région particulière. Or, il n'y a pas de raison de le rejeter à partir du moment où il y a toute une communauté francophone qui l'utilise.» Qui plus est, insiste-t-il, «les Québécois qui utilisent le Petit Larousse retrouvent une partie d'eux-mêmes dans le dictionnaire». Surtout qu'il se vend pas moins de 100 000 Petit Larousse par an au Canada. Les jeunes peuvent en outre constater que certains des termes ou des expressions qu'ils utilisent quotidiennement y ont leur place, au même titre que le français plus classique.
L'édition 2006 avait elle aussi fourni son lot de perles de québécismes, dont bar comme dans bar laitier, beurre comme dans beurre d'érable, calotte pour casquette, hivernement pour le fait d'hiverner, jambette pour croc-en-jambe, outarde pour bernache du Canada, et plaignard pour geignard. Cette même année, on avait ajouté le rouli-roulant, le ravage des animaux sauvages et la tente-roulotte. Et dans un autre ordre d'idées, Richard Desjardins avait fait son entrée dans les pages des noms propres. Une autre belle récolte en 2004, avec gourgane, poulamon, boyau d'arrosage, cartable, fève, tintamarre, vidanges et vidangeur.
Si certains mots sont carrément inusités dans le français qui se parle et s'écrit dans l'Hexagone, comme le classique «débarbouillette», d'autres peuvent prendre un sens différent de ce côté-ci de l'Atlantique. «Le mot "arachide", dans le sens de beurre d'arachide, est beaucoup moins connu en Europe qu'au Québec, illustre Yves Garnier. C'est aussi le cas du mot "avant", qui est un adjectif invariable. Au Québec, il signifie aussi "mettre de l'avant", c'est-à-dire mettre en avant, mettre en valeur, promouvoir, proposer.»
Collaboration France-Québec
Pour le choix des mots et des expressions qui traverseront l'océan, l'Office québécois de la langue française propose chaque année aux lexicographes du célèbre dictionnaire une liste de québécismes susceptibles d'enrichir le vocabulaire français. «Ils nous aident beaucoup, notamment pour trouver des équivalents à l'anglais, comme les mots "courriel" ou "baladodiffusion". Même que ces deux mots fonctionnent très bien en Europe», souligne M. Garnier. Le mot «courriel», par exemple, mène actuellement une chaude lutte au «e-mail» très utilisé en France. Il se taille selon lui progressivement une place dans la presse française. «C'est un bon signe», croit-il.
L'Observatoire de néologie du français du Québec de l'université Laval, dirigé par le professeur Pierre Auger, est également un allié précieux. «Ils nous fournissent un certain nombre de mots nouveaux ou d'expressions qui se créent dans le langage courant, dans le langage quotidien», explique le directeur du Petit Larousse. Lui-même, qui vient chaque année au Québec pour le lancement du dictionnaire, tend l'oreille et prend note de mots ou d'expressions qui mériteraient leur place dans les pages de la publication.
C'est aussi au Québec que sont vérifiées les définitions des nouveaux termes et qu'elles sont écrites. Le tout doit ensuite être légèrement retravaillé, au besoin, chez Larousse, pour des questions d'édition. Pour faciliter la compréhension, on ajoute parfois des comparaisons. C'est le cas du bleuet, variété nord-américaine de la «myrtille», ou de la débarbouillette, cousine du «gant de toilette».
Contribuer au Larousse
Les principaux dictionnaires de la langue française ont déjà intégré plusieurs québécismes à leurs lexiques, dont les traditionnels «cabane à sucre», «épluchette de blé d'Inde» et «magasinage». Mais il en reste encore de nombreux, de tout aussi bon aloi, qui attendent toujours la reconnaissance officielle que leur conférerait leur entrée au dictionnaire. Les organisateurs de la Semaine des dictionnaires ont donc eu l'idée de lancer un concours sur le thème «J'ajoute un québécisme au dictionnaire» et qui consiste à proposer au Petit Larousse, au Petit Robert et au Multidictionnaire de la langue française des québécismes qui ne figurent pas dans l'un ou l'autre de ces ouvrages.
«L'idée est venue des libraires de la Librairie Olivieri, qui est l'un de nos partenaires, explique Monique C. Cormier, professeure au département de linguistique et de traduction et responsable de l'activité. Nous avons ensuite élaboré le concept et proposé aux éditeurs des trois dictionnaires de participer au concours en inscrivant dans leur prochaine édition un québécisme de leur choix parmi les mots gagnants. Les trois maisons d'édition ont tout de suite accepté, ce qui est un signe de l'appréciation de la vivacité du français du Québec.»
Selon la professeure, ce concours constitue une façon démocratique de faire évoluer la langue française en signalant aux lexicographes des mots oubliés. «L'idée n'est pas de créer un mot nouveau, mais de proposer un québécisme d'usage courant et dont on est fier», précise-t-elle.
Les meilleures propositions, qui doivent être accompagnées d'une brève description, seront retenues par un jury composé de Mme Cormier, Guy Bertrand, premier conseiller linguistique à Radio-Canada, Noëlle Guilloton, conseillère en communication à l'Office québécois de la langue française, Benoît Melançon, directeur du département des littératures de langue française à l'UdeM, et Louise Beaudoin, membre du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal et chargée des questions de francophonie internationale.
L'expression ou le mot proposé peut aussi être un terme déjà inscrit au dictionnaire, mais pour lequel il existe un québécisme de sens. Toutefois, les organisateurs veulent privilégier les nouvelles entrées. Les critères du jury sont la créativité associée au mot, la possibilité d'en tirer des dérivés, sa fréquence d'usage, son caractère exportable et le fait qu'il comble une lacune du lexique. Il faudra donc chercher plus loin que «bobettes» et «poutine». Pour les détails: www.radio-Canada.ca/radio/samedidimanche.
Vos réactions
Les origines du francais (2007) - par André 67 (andre_lacombe@yahoo.com)
Le mercredi 02 avril 2008 21:00

