Cette question peut sembler étrange, mais cet orchestre raffiné et capable de toutes les prouesses, ne nous sert maintenant que des mises place impeccables ou presque, nous laissant souvent avec l'étrange impression que la musique y est absente. Si après 25 ans, nous étions convaincus d'avoir fait depuis longtemps le tour de l'esthétique de Charles Dutoit, j'ai bien peur que dans le cas Kent Nagano se soit déjà presque fait. Peut-être est-il trop zen notre maestro californien ou trop préoccupé à trouver de nouvelles formules de marketing? Peut-être appartient-il plus au monde du show business qu'à celui de la musique? À quand la "Cantate de la Bolduc" ou le mini opéra "Aurore l'enfant martyre" composé par Plume Latraverse sur un livret d'un quelconque ami de Madeleine Careau. (De grâce, ne lui en parler pas, il pourrait se mettre en tête de passer la commande!)
La saison prochaine, c'est décidé, je m'abonne à l'orchestre Métropolitain, c'est moins luxueux, plus rustique, mais on y trouve au moins la passion de faire de la musique! Ailleurs, on a vite compris quel musicien exceptionnel était Yannick Nézet-Séguin. Quant'à moi, je préférai toujours être guidé par ce jeune chef dans un grand voyage brucknerien aux "tempi avachis" (l'expression est de vous) mais habité d'un bout à l'autre d'une bouleversante tendresse que de suivre un échevelé qui n'en tire rien. "Lui, il (Toscanini)joue les notes, moi je joue ce qu'il y a entre les notes" disait Furtwängler. Tout est là!