Couillard force les dentistes à rentrer dans le rang
Mots clés : Philippe Couillard, dentistes, Gouvernement, santé, Québec (province)
Quitter le régime public ne donnera que quelques jours de répit aux 2500 chirurgiens-dentistes qui ont fait le grand saut hier. En matinée, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a en effet riposté en déposant un décret qui les forcera à rentrer dans le rang. Extrêmement complexe, cette mesure obligera les dentistes désengagés à fournir des services aux personnes assurées sans aucune autre rémunération que celle prévue à l'entente en vigueur depuis 2003.
Le ministre Couillard n'en a pas moins critiqué le moyen de pression qui a conduit à cette négociation de la dernière chance. Mettre un terme à la gratuité dont jouissent 802 000 enfants de moins de dix ans et 416 000 assistés sociaux revient selon lui à prendre cette clientèle vulnérable en otage. «Pour des raisons fondamentales de morale publique et d'éthique de société, je ne crois pas qu'il soit justifié pour des professionnels de la santé qui ont un revenu considérable d'utiliser ce genre de moyen de pression», a-t-il déclaré.
Le ministre Couillard n'a pourtant que lui-même à blâmer, a aussitôt riposté le critique de l'opposition officielle en matière de santé, Éric Caire. «Les dentistes ne prennent pas les gens en otage. Ils ont été acculés au pied du mur.» Il y a maintenant près de cinq ans que l'Association des chirurgiens-dentistes du Québec (ACDQ) tente en vain de négocier une entente échue depuis 2003, a-t-il rappelé. «Je pense que l'odieux, c'est le ministre qui doit le porter, pas les chirurgiens-dentistes», a tranché le député adéquiste lors d'une conférence de presse.
De son côté, le porte-parole de l'opposition péquiste en matière de santé, Bernard Drainville, a dit que la solution prônée par Québec est «archi compliquée et hyper bureaucratisée». Il a toutefois refusé de qualifier le moyen choisi par les dentistes pour faire valoir leur point de vue.
L'ACDQ réclame du gouvernement qu'il reconnaisse une fois pour toutes le poids réel des frais d'exploitation de ses cliniques, qui grimpent de 3,5 % par année, selon le rapport Mallette. Devant le refus de Québec de séparer la tarification en cours des frais d'exploitation, 2500 dentistes ont choisi de quitter le régime public. Et ils ont eu raison, a affirmé le président de l'ACDQ, le Dr Serge Langlois. «Avec une offre bonifiée à 40 % sur 12 ans, soit environ 3 % par année, Québec propose en réalité un véritable recul aux chirurgiens-dentistes.»
Philippe Couillard ne nie pas qu'il y a un «problème d'augmentation des frais de fonctionnement des cabinets», mais son impact est bien minime, selon lui. «On n'a pas la même lecture de l'impact réel des frais de fonctionnement pour une clientèle qui ne représente que 10 % de leur pratique», a expliqué le ministre. En effet, les 90 % restants paient le plein prix pour obtenir les mêmes soins.
En attendant l'entrée en vigueur du décret, le 4 avril, les dentistes désengagés pourront réclamer le tarif qu'ils veulent pour soigner les enfants et les assistés sociaux. Et ils le feront, a promis le Dr Langlois. «Il faut rester logique, c'est pour ça que nous nous battons.» Toutefois, le ministre Couillard les a bien prévenus: la prudence est de mise. Pas question de tirer avantage de la situation en gonflant les prix. Autrement, «des correctifs» seront au rendez-vous.
De son côté, l'ACDQ souhaite ardemment signer une entente avant le 4 avril. Environ 20 millions de dollars séparent les deux parties, selon les derniers chiffres diffusés hier. Sitôt scellée l'entente de principe, les dentistes pourront réintégrer le régime public. Mais tous ne sont pas intéressés à revenir en arrière, a reconnu le Dr Langlois. «Pour certains, cette négociation est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Ceux-là ne le cachent pas: ils ont quitté le régime pour de bon.»
Une solution à deux volets pour maintenir la gratuité
- En attendant que le décret gouvernemental entre en vigueur, le 4 avril, une période de flottement permettra aux dentistes désengagés de soigner tout le monde, mais au plein tarif. Les frais encourus devront être payés sur-le-champ par le patient. On devra compter en moyenne entre 35 et 50 $ pour un enfant et entre 90 et 135 $ pour un adulte.
- Les personnes admissibles pourront demander à la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) le remboursement des services couverts reçus au moyen d'une demande écrite, accompagnée d'une facture détaillant les services fournis. Québec paiera la facture en entier, quel que soit le tarif payé.
- Pendant cette période, les prestataires de l'assurance emploi pourront obtenir une aide immédiate de la part du gouvernement. Ils devront passer par leur centre local d'emploi, qui leur avancera les fonds nécessaires pour acquitter leur facture.
- Dans huit jours, le décret gouvernemental entrera en vigueur. Le patient assuré n'aura alors plus à payer les soins reçus de sa poche. Le dentiste lui remettra plutôt un relevé d'honoraires qu'il devra transmettre à la RAMQ, au tarif en vigueur en 2003. Lorsque la personne assurée aura obtenu son remboursement, elle le remettra au dentiste.
- Tous les soins d'urgence continueront à être donnés gratuitement.
- La liste du millier de dentistes qui acceptent toujours la carte d'assurance maladie est accessible sur le site Internet de la Régie, au www.ramq.gouv.qc.ca.
Vos réactions
@ M. le chirurgien-dentiste Stéphane Caron - par Pierre Germain
Le lundi 31 mars 2008 12:00
Ironique non?hein mr germain! - par Stephane Caron
Le vendredi 28 mars 2008 16:00
Solutions magiques !?! - par michel rheault
Le vendredi 28 mars 2008 15:00
@ Mme la chirurgienne-dentiste Perron - par Pierre Germain
Le vendredi 28 mars 2008 13:00
@Johanne Perron et Gerry Pagé - par Raymonde Chouinard
Le vendredi 28 mars 2008 13:00
ingérence - par Johanne Perron
Le vendredi 28 mars 2008 10:00
L'insupportable démesure du «deux poids deux mesures». - par Gerry Pagé
Le vendredi 28 mars 2008 10:00
La conscription dentaire comme la militaire - par André Chamberland (andre.cham@sympatico.ca)
Le vendredi 28 mars 2008 09:00
Mais M. Parisien - par Mario Tremblay
Le vendredi 28 mars 2008 08:00
Dommage mais... - par Parisien Jaque
Le vendredi 28 mars 2008 05:00

