L'accusé se dit «dénué de tout sentiment humain»
Mots clés : meurtre, Michel Fourniret, Justice, France (pays)
Michel Fourniret et son épouse subissent leur procès pour le meurtre de sept jeunes femmes

Photo: Agence France-Presse
Au début de l'audience, il a refusé de décliner son identité, laissé entendre qu'il ne s'exprimerait pas, faute de huis clos, et remis un message écrit -- un rouleau de papier entouré d'un ruban clair -- à la cour.
«Procès sans huis clos, bouche cousue!», écrit Michel Fourniret, reprenant une phrase qu'il avait lancée en début d'audience.
«Difficile de prendre la parole quand ce qu'on a à dire n'est pas plus beau que le silence», écrit Michel Fourniret en préambule de ce texte manuscrit d'une dizaine de pages au style ampoulé, dont une copie a été communiquée aux avocats.
«La présence [au procès] d'une assistance composée de X fois plus de curieux et de désoeuvrés de toute qualité que de personnes concernées muselle inévitablement le coupable que je suis, c'est-à-dire un être mauvais et dénué de tout sentiment humain», explique-t-il.
Michel Fourniret, 65 ans, doit répondre de sept homicides de jeunes femmes ou adolescentes, commis en France et en Belgique entre 1987 et 2003, des crimes qu'il a reconnus.
Son épouse Monique Olivier, 59 ans, est accusée d'un des meurtres et de complicité dans plusieurs autres dossiers.
Au cours de cette première journée consacrée au rappel de ces crimes, jamais les époux Fourniret -- lui cheveux et barbe grisonnants, droit sur son siège dans un pull bleu éclatant, elle le teint livide, semblant perdue -- n'oseront un regard vers la quarantaine de parties civiles massées à quelques mètres devant eux.
Les proches des victimes ont écouté une greffière rappeler d'abord le rapt manqué d'une adolescente belge d'origine congolaise de 13 ans, qui a permis l'arrestation de Fourniret en juin 2003 par la police belge, puis le récit des homicides précédés de viols ou de tentatives de viol, commis en France et en Belgique entre 1987 et 2001.
À l'évocation du meurtre de Fabienne Leroy, tuée d'une balle à bout portant en pleine poitrine en août 1988 dans la Marne, ses proches se serrent encore un peu plus les uns contre les autres, sortant des mouchoirs en papier.
Derrière la vitre blindée de son box, Michel Fourniret prend des notes.
Lors d'une suspension d'audience, les avocats des parties civiles qualifient de «grotesque» son attitude.
Un des enjeux principaux du procès, qui doit durer deux mois, est de tenter d'éclaircir les motivations de Monique Olivier, la complicité présumée d'une femme dans des crimes sexuels constituant un cas rare dans les annales judiciaires.
Des lettres saisies par les enquêteurs ont révélé que le couple avait conclu «une sorte de pacte» criminel dès 1987, alors que Michel Fourniret était détenu pour des agressions sexuelles et correspondait par écrit avec sa future épouse, rencontrée au moyen d'une petite annonce.
À sa sortie de prison, il s'engage à tuer le premier mari de Monique Olivier, un homme «violent» et «jaloux», selon elle, à condition qu'elle accepte son obsession d'avoir des relations sexuelles avec de jeunes filles vierges et l'aide à «chasser».
Le second volet du «pacte» débouchera, selon ce qui a été retenu par l'accusation pour ce procès, sur sept homicides, dont celui d'Élisabeth Brichet -- enlevée en Belgique -- en 1989.
Au total, à partir des interrogatoires de juin 2004, quand elle se décide à rompre le silence, Monique Olivier attribue onze meurtres à son mari, qui en reconnaît huit (dont les sept jugés au procès).

