À Québec, Sarkozy devrait rompre avec la politique du «ni-ni»
Mots clés : Jean-Pierre Raffarin, Sarkozy, Gouvernement, Québec (province), France (pays)
Procanadien, le président veut s'impliquer, selon Jean-Pierre Raffarin
Paris -- Le président français Nicolas Sarkozy pourrait profiter de sa visite au Québec l'automne prochain pour tourner la page sur la doctrine française de la «non-ingérence, non-indifférence», vieille de 30 ans. «Nicolas Sarkozy est contre le ni-ni» et «s'exprimera clairement sur le sujet», a révélé hier l'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin.Nicolas Sarkozy pourrait être tenté de redéfinir à cette occasion la politique canadienne de la France, de la même manière qu'il a parlé de religion à Rome ou de la nouvelle politique africaine française au Cap, en Afrique du Sud. Devant un petit groupe de journalistes venus l'entendre parler des fêtes du 400e, dont il est côté français le grand organisateur, Jean-Pierre Raffarin a confirmé que le président dira au Canada «quelque chose de très important».
«Le président est contre le ni-ni. Il veut s'impliquer. Il veut participer, analyse l'ancien premier ministre. Il faut à la fois ne pas intervenir dans la complexité de la relation, mais en même temps il faut vraiment aider cet ensemble québécois et canadien à participer, avec nous, à la gestion du monde.»
Ami intime du financier Paul Desmarais, qu'il vient de promouvoir au rang de Grand-Croix dans l'Ordre de la Légion d'honneur, Nicolas Sarkozy est généralement perçu comme un président «procanadien». En toute logique, dans un contexte «triangulaire» pacifié, un éventuel rééquilibrage de la politique française ne peut se faire qu'en faveur du Canada, devenu pour la France, depuis les années d'amitié Chirac-Chrétien, un partenaire politique et économique de premier plan.
«Je pense que Nicolas Sarkozy souhaite maintenir cette relation privilégiée avec la province, mais évidemment dans une stratégie de non-opposition au Canada, a expliqué Jean-Pierre Raffarin. Quelquefois dans notre histoire, la relation franco-québécoise a été privilégiée au point où on ne se mêlait pas du reste. Aujourd'hui, c'est une relation privilégiée avec le Québec, pour que la relation avec le Canada soit privilégiée.»
La formule de la «non-ingérence, non-indifférence» a été inventée en 1977, peu de temps après l'élection du Parti québécois, par le ministre gaulliste Alain Peyrefitte. Depuis, à droite comme à gauche, elle résume avec constance la position française face à la question québécoise, bien qu'il existe une autre formule dite de l'«accompagnement». Étrennée par Valéry Giscard d'Estaing lors de la première visite de René Lévesque en France, la même année, déclinée depuis sous diverses formes, elle dit en substance que la France «accompagnera les Québécois» sur la voie qu'ils choisiront.

