Notre hockey
Mots clés : Les Remparts, Patrick Roy, Ligue junior majeure, Sport, Saguenay-Lac-Saint-Jean (région), Québec (province)
Air connu: on veut pas le savoir, disait le prophète, on veut le voir. Et qu'est-ce qu'on l'a vu, bonté, qu'est-ce qu'on l'a vu. Avant, tout le monde savait, même si bien peu avaient vu. Maintenant, on nous donne à voir avant même de savoir. Les «événements de Saguenay» passent en boucle, partout, aux vraies nouvelles (les nouvelles du sport ne sont pas de vraies nouvelles, confinées au divertissement), aux émissions de discussion sociétale et, bien sûr, jusque sur YouTube, la vitrine mondiale qu'a trouvée l'humain pour avertir son voisin qu'il se passe quelque chose ou rien. Les médias en profitent pour se livrer à l'une de leurs activités favorites: consacrer des heures et des heures à dire que les médias exagèrent. Ce papier serait accusé d'en être la preuve par l'absurde qu'il ne trouverait pas grand-chose à redire.
***
Ne manquerait peut-être, en fait, qu'un élément: nous.
Il s'agit de l'un des plus horribles clichés du sport, mais comme les clichés ont la particularité d'être vrais, allons-y gaiement: personne ne change de poste ou n'en profite pour aller se quérir une petite froide pendant une bataille. Une vie d'observation même distraite permet d'en arriver à la conclusion contraire: quand ça barde sur la glace, l'humain se lève, trépigne, sent son pouls augmenter, et il arrive qu'il hurle. Il ressent par procuration la jouissance d'en sacrer une à quelqu'un dont la tête ne lui revient pas mais qu'il ne sera jamais en mesure de mettre à exécution.
Les médias auront beau s'excuser de le montrer, mais les médias, c'est nous. Ce n'est qu'après, quand c'est fini, quand il a retrouvé son calme légendaire, que l'humain appelle à la radio ou écrit aux journaux pour dire que la violence, tout bien réfléchi, il est contre. Abolissons.
Le plus drôle, au sens de curieux et non de comique, est qu'on semble avoir oublié que, pendant que Jonathan Roy filait vers le but adverse, arrachait son casque à Bobby Nadeau et se mettait allègrement à le bûcher, il se passait quelque chose comme une bagarre générale. Dix autres gars de 18-20 ans qui jouent au hockey dans le fol espoir d'en faire un jour profession avaient décidé, pour des raisons que l'on ignore -- la testostérone a ici le dos plutôt large, la nécessité de se conformer à un système un peu moins --, de laisser tomber les gants et de régler ça style ruelle. Puisqu'on voit tout, on l'a vu, certains en étaient même à tabasser des rivaux étendus au sol qui tentaient tant bien que mal de se protéger. Pourquoi un tel débordement? Pour nous? Pour tous ceux qui trépignaient à l'idée d'une série entre Québec et Chicoutimi, considérant la «rivalité» historique qui les oppose au hockey junior et qui a fait en sorte que tous les matchs affichaient guichets fermés avant même que ça commence? Pour nous tous qui nous souvenons tendrement du Vendredi saint comme l'un des moments forts de la «rivalité» Canadien-Nordiques?
Certes, ils sont terriblement jeunes, et que celui qui n'a jamais fait de conneries lève la main. Mais les guichets fermés, c'est nous. La Ligue nationale de hockey (LNH) qui fait ses frais en autorisant que le jeu s'arrête pour une petite séance de boxe et envoie les coupables en pénitence pour un gros cinq minutes, c'est aussi nous. La LNH qui tient un encan annuel où l'on dit à des gars à peine majeurs: toi, tu t'en vas là; toi, tu t'en vas là; toi, désolé, c'est terminé, meilleurs succès dans tes «études», c'est encore nous. Le hockey junior qui fait la même chose avec des citoyens de 15 ans, c'est toujours nous. C'est nous parce que c'est là et qu'on n'a jamais rien fait pour que ça change. Peut-être à cause du rêve déraisonnable qu'offre le sport organisé.
Quand il n'y aura plus personne pour vouloir voir ce qui n'est pas montrable, il n'y aura plus personne pour s'y prêter. Ne retenez pas votre souffle en attendant que ça arrive, vous risqueriez de manquer une maudite bonne bataille.
Vos réactions
petit mot pour Monsieur Ouellet - par Yves Côté
Le jeudi 27 mars 2008 06:00
j'aime! - par Réal Ouellet (real@realo.ca)
Le mercredi 26 mars 2008 16:00
Faire le métier - par Michel Godin
Le mercredi 26 mars 2008 15:00
Réflexion des plus jeunes - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le mercredi 26 mars 2008 14:00
Le Nous socialement abruti - par Eric Labonté
Le mercredi 26 mars 2008 12:00
autre angle - par Jean Poulin
Le mercredi 26 mars 2008 09:00
Euh... J'm'excuse! - par Thierry Larrivée
Le mercredi 26 mars 2008 07:00
Mâle-enfant - par Denis Beaulé
Le mercredi 26 mars 2008 07:00
Un "nous" peu édifiant! - par Michel Lebel
Le mercredi 26 mars 2008 07:00

