Économie sociale - Un soutien à un secteur dont le taux de survie est le double de celui des entreprises conventionnelles

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Pierre Vallée
Édition du mercredi 26 mars 2008

Mots clés : fonds d'investissement, Fiducie du Chantier de l'économie sociale, Économie, Québec (province)

La Fiducie du Chantier de l'économie sociale gère un fonds d'investissement de 52,8 millions de dollars

La Corporation du cinéma Beaubien reçoit 506 373 $ sur un projet de 1,8 million de dollars destiné à améliorer les salles existantes et en rajouter deux nouvelles.

Photo: Pedro Ruiz

Les premiers investissements de la Fiducie du Chantier de l'économie sociale sont maintenant chose faite. En effet, depuis un an, onze entreprises québécoises ont vu leurs projets appuyés financièrement par la Fiducie. D'autres suivront prochainement.

«Nous avons reçu environ 70 demandes et comme il n'y a pas de date de présentation pour les projets, nous en recevons encore, explique Jacques Charest, directeur général de la Fiducie. Une trentaine sont présentement en analyse et l'on entend signer une douzaine de nouvelles ententes d'ici quelques semaines.»

Rappelons que la Fiducie du Chantier de l'économie sociale a vu le jour en 2006 et elle gère un fonds d'investissement de 52,8 millions de dollars. Sa participation, qui va de

50 000 $ à 1,5 million de dollars, se fait sous forme de prêts et ne peut dépasser 35 % des frais liés au projet. «Il faut donc la présence d'autres partenaires financiers dans le projet. En général, ce sont des acteurs locaux car il est important que le projet soit bien ancré dans le milieu.»

Il s'agit aussi de capital patient parce que l'entreprise dispose de 15 ans avant de devoir rembourser le capital, bien qu'elle doive verser les intérêts sur le prêt. «Mais au taux de 8,5 %, il s'agit d'un taux très bas pour du capital de risque.» Notons aussi que la Fiducie investit uniquement dans des entreprises d'économie sociale qui sont soit des organismes sans but lucratif, soit des coopératives.

Les entreprises d'économie sociale

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'économie sociale n'est pas à proprement parler un secteur économique. «On trouve des entreprises d'économie sociale dans tous les secteurs d'activité. L'économie sociale, c'est plutôt une autre façon d'approcher l'économie, c'est une autre vision du marché.»

Au centre de cette approche, il y a le concept de l'utilité sociale. «C'est un concept large, je l'avoue, mais il repose sur le principe que le rendement d'une entreprise n'est pas seulement économique, mais aussi social.» Les projets soutenus par la Fiducie doivent donc répondre à ce critère. «Le projet doit répondre à un besoin. Il doit être soutenu par le milieu et l'on doit sentir que le milieu a besoin de ce projet.»

Mais le projet doit aussi être rentable. «La viabilité économique du projet est importante. Nous sommes après tout des investisseurs. Et la pérennité du projet compte aussi pour beaucoup. Nous investissons dans des projets qui ont une bonne chance de durer.» Il y a évidemment des risques, mais ils sont moindres que l'on pourrait le croire. «Les entreprises d'économie sociale ont un taux de survie qui est le double des entreprises conventionnelles.»

Avis aux futurs demandeurs: à moins que le projet ne soit pas admissible au départ, un refus de la Fiducie n'est pas une fin de non-recevoir. «On explique aux entreprises les raisons pour lesquelles on a pris cette décision. On l'explique aussi aux acteurs locaux. Mais, au fond, il s'agit d'une décision reportée car le projet peut demeurer dans la machine. Aux entreprises et aux acteurs locaux de repenser le projet et de corriger le tir.»

Quelques projets retenus

Un simple coup d'oeil sur les onze projets retenus par la Fiducie suffit à démontrer la grande variété des projets, tant par leur provenance que par leur ampleur. Ainsi la Coopérative de travailleurs CHNC, une station radiophonique gaspésienne, reçoit un investissement de 95 000 $ pour un projet au coût total de 271 000 $ qui permettra de passer de la bande AM à la bande FM.

À l'autre bout du spectre, les Ateliers créatifs Centre-Sud-Plateau-Mont-Royal obtiennent un investissement de 743 885 $ pour un projet de 2,9 millions de dollars visant l'acquisition d'un immeuble qui servira à développer des espaces de production pour artistes et artisans. La Corporation du cinéma Beaubien reçoit 506 373 $ sur un projet de 1,8 million de dollars destiné à améliorer les salles existantes et en rajouter deux nouvelles. «Le cas du cinéma Beaubien est un bel exemple d'un projet bien ancré dans son milieu parce que c'est grâce au milieu que le cinéma a été sauvé.»

Les investissements de la Fiducie ne se limitent pas au seul secteur de la culture. L'agriculture y est aussi présente, comme en témoigne l'investissement de 250 000 $ dans les Serres coopératives de Guyenne, en Abitibi-Témiscamingue. Les Boutiques Chic chez vous pourront compter sur la somme de 150 000 $, qui permettra de convertir une entreprise privée en organisme sans but lucratif. «Cette entreprise d'économie sociale vend des vêtements adaptés aux personnes en perte d'autonomie. Elle vient d'acheter son fournisseur pour en faire une entreprise d'économie sociale.»

Les prochaines années

Les investissements de la Fiducie dans ces onze projets sont de 3,9 millions de dollars. La totalité des investissements liés à ces projets s'élève à 19,4 millions de dollars. D'ici quelques semaines, après l'annonce des nouvelles ententes, la Fiducie aura investi environ cinq millions de dollars. «Nous sommes en plein dans la cible que nous nous étions donnée pour cette première tranche d'investissements.»

Le rythme d'investissement de la Fiducie est appelé à croître dans les prochaines années. «Notre but est d'investir une moyenne de 10 millions de dollars par année pendant cinq ans. Si l'on fait une moyenne de 350 000 $ par projet, on peut donc investir chaque année dans une trentaine de projets. Au bout de cinq ans, ce sera environ 150 entreprises d'économie sociale qui auront reçu un soutien financier de la Fiducie.»

Et les choses ne s'arrêteront pas après cinq ans. «Les intérêts que nous recevrons sur ces prêts seront réinvestis. On pense que les 50 millions de dollars du départ nous permettront d'investir environ 80 millions de dollars sur une période de 10 à 15 ans.» Sans compter que les bailleurs de fonds de la Fiducie du chantier de l'économie sociale, soit les gouvernements du Canada et du Québec ainsi que le Fonds de solidarité FTQ et le Fondaction CSN, s'ils y trouvent leur compte, seront peut-être intéressés à y aller d'une seconde mise de fonds.

En attendant, la Fiducie poursuit son travail et prêche même par le geste sa croyance dans la viabilité de l'économie sociale. «Ici, à la Fiducie, nous achetons 85 % de nos biens et services auprès d'entreprises d'économie sociale.»

Collaborateur du Devoir


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