Je ne peux dire que le Polaroid aie changé ma vie de quelque façon. Pas plus d'ailleurs que le sténopé, cette boîte à chaussure qui livre encore pourtant de très belles oeuvres parfois. Mais voila. Je suis profondément marqué pour toutes ces techniques qui ont façonné le voyeur occidental.. J'ai bien failli avoir les ongles bruns comme les photographes qui m'ont précédés de peu et m'ont légué leur amour de la photo. Mais qu'est-ce que l'amour de l'image. de la représentation. Réduire la vie qui nous charrie comme un torrent, à un bout de papier, voire même une toile, un morceaux de fonte? j'ai eu un temps une élève musulmane. Quel choc. Elle ne pouvait que photographier des chameaux, traversant une route, dans son pays natal. Peut-être ont-ils raison de ne vouloir en aucun cas fixer la chose la plus mouvante (Mais émouvante) qu'est un visage. La photo pour moi, reste un lent travail de sape. Creuser un tunnel vers la lumière, qui depuis Niepce, entre autres, se fait désirante mais combien volage. Instant, instant, instantanné. Certains,on tellement la nostalgie d'un temps, oh combien plus lent qu'aujourd'hui, qu'ils tentent de retourner au trépied et au déclencheur souple. Devons nous en rire ou pleurer je ne sais. Dans la photo d'aujourd'hui, il me semble trouver de plus en plus de préoccupations envers le temps, le passage, les rites de ce même temps. Land, en dehors du marketing cherchait-il a abolir cela. Je ne sais. Mais je ne m'en ennuie pas. Pire, le numérique n'est pour moi qu'un pinceau de plus. voire qu'une truelle, à ajouter à mes outils.Le fétichisme qui entour les outils photographique m'a toujours déplus, même si j'en étais tributaire. J'ai toujours dit à mes étudiants, oubliez l'outil (certains venaient aux cours avec une valise pleine de bébelles) Contentez vous d'un seul objectif fixe. Mettez le moins d'obstacles entre vous et votre sujet. Dans ce sens Polaroid répondait sûrement à un besoin. Mais comme je crois que c'est dans une sorte de ballet qui englobe le voyeur et son sujet, comme un papillon autour de sa lampe, que se créera quelque chose. Quoi. je ne sais au juste. Et dans aussi la remise constante sur le métier, mieux la "Résistance" de la chose convoitée (Je songe à la difficulté de photographier une femme qu'on aime) que viendra au jour l'objet de grâce qu'est un image signifiante.
Aussi, pas de nostalgie; ni pour le Leica, ni pour la boîte à chaussure (Le sténopé), ni pour le trépied). Non, rester dans l'instant qui me fuit, continuer de danser avec l'ombre et la lumière. Le temps fixe, connaît pas. Et tant pis pour les vendeurs de chars et autres néccessités.