La GRC cache des détails concernant son utilisation du Taser

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La Presse canadienne
Édition du mardi 25 mars 2008

Mots clés : policiers, Gendarmerie royale du Canada, Taser, Armement, Canada (Pays)

Ottawa -- La Gendarmerie royale du Canada cache des détails importants concernant l'utilisation par ses policiers des pistolets électriques Taser, au moment où l'utilisation de cette arme ne cesse d'augmenter à travers le pays.

Une enquête menée conjointement par la Presse Canadienne et le réseau anglais de Radio-Canada a permis d'apprendre que la GRC refuse dorénavant de rendre publiques des informations cruciales que les policiers doivent noter chaque fois qu'ils utilisent leur Taser. Les Canadiens en savent ainsi moins que jamais sur les victimes de ces décharges de 50 000 volts, pourquoi ils sont atteints et en quoi cela les affecte.

Des documents obtenus en vertu de la Loi sur l'accès à l'information démontrent que les policiers de la GRC ont utilisé les pistolets Taser plus de 4000 fois depuis leur entrée en service il y a sept ans. Le nombre d'incidents a augmenté de manière marquée, doublant à plus de 1000 par an au cours des deux dernières années, après avoir été d'environ 600 en 2005. La vaste majorité de ces incidents se sont produits dans l'Ouest du Canada, où les policiers de la GRC sont habituellement les premiers sur les lieux.

Mais alors que l'utilisation du Taser augmente, la GRC resserre son contrôle de l'information. Certains des détails qui sont maintenant effacés des documents obtenus étaient auparavant rendus publics en vertu de la Loi sur l'accès à l'information. En pratique, la GRC a décidé de rendre secrètes des informations concernant l'utilisation du Taser, et certaines omissions font sourciller.

En novembre dernier, une analyse de 563 utilisations du Taser réalisée par la Presse Canadienne avait permis d'établir que les trois quarts des suspects contre qui l'arme a été utilisée entre 2002 et 2005 n'étaient pas armés. Certaines informations permettent aussi de croire que les policiers utilisent le Taser simplement pour maîtriser des suspects turbulents ou en état d'ébriété, plutôt que pour mettre fin à des situations potentiellement plus dangereuses.

Informations omises

La GRC élimine dorénavant des rapports qu'elle rend publics les blessures subies par les suspects contre qui le Taser a été utilisé, la durée du choc administré, si le suspect était armé ou non, ce que les policiers ont essayé de faire avant d'avoir recours au Taser et les dates exactes des incidents.

La GRC affirme utiliser des exemptions à la Loi sur l'accès à l'information pour protéger la vie privée des suspects ainsi que certaines informations concernant ses enquêtes et les armes qu'elle utilise.

Le porte-parole du Parti libéral du Canada en matière de sécurité publique, Ujjal Dosanjh, tourne toutefois ces explications en ridicule. «C'est de la foutaise. C'est complètement absurde, a lancé en entrevue l'ancien procureur général de la Colombie-Britannique. Que [le suspect] ait été armé ou non [...] en quoi est-ce que ça porte atteinte à sa vie privée?»

M. Dosanjh a souligné que les noms et adresses des suspects étaient déjà retirés des documents. «La GRC est un corps policier public. Ils ont des comptes à rendre aux Canadiens. Ils doivent dévoiler les informations qui permettent à la population de déterminer par elle-même si les policiers se comportent correctement», a-t-il ajouté.

Un porte-parole de la GRC a expliqué que l'utilisation des Taser et d'autres méthodes violentes est étroitement encadrée et contrôlée, tandis que la Commission des plaintes du public contre la GRC a souligné que la décision de censurer les documents rendus publics va à l'encontre des demandes pour une transparence accrue.

La Presse Canadienne et CBC ont livré une bataille de 15 mois pour obtenir les nouveaux documents de la GRC en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.


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