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Bienvenue dans le club des interrogations "pandémiques"!

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Gaby Gélinas
Envoyé Le vendredi 28 mars 2008 18:00



Dans l'article «Qui a (encore) peur de la grippe aviaire?», l'ensemble des intervenants de la société québécoise a été prié de se créer des plans d'urgence sur mesure, en vue d'une pandémie de grippe aviaire. Avant d'en arriver aux préparatifs, il faut bien se rendre à l'évidence que beaucoup de gens sont réticents à aborder le sujet, alors que d'autres se murent derrière un déni qui les place à l'abri de la PEUR ou d'une prise de conscience pas du tout rassurante.

Dans un article sur l'interruption des services essentiels en temps de pandémie, le Dr Grattan Woodson déclare: "Plus notre civilisation s'est développée, plus elle est devenue vulnérable, en raison de sa plus grande complexité." Chacun aurait intérêt à être le mieux renseigné possible sur l'évolution de la grippe aviaire, pour ensuite être en mesure de prendre des décisions éclairées.

Une des problématiques majeures du Plan de lutte québécois (pour la grippe aviaire) est qu'il est basé sur un scénario de pandémie correspondant à l'équivalent de celle survenue en 1957, soit un taux de mortalité de 0,33%, alors que nous jonglons avec un virus H5N1 dont le taux de mortalité actuel tourne autour de 80%. Le danger est que la future pandémie pourrait ne pas correspondre au scénario (léger) envisagé par le Québec. Plusieurs scénarios devraient être considérés, car ils se rapportent à divers types de pandémie. Il y a le scénario de 1957 que le Québec privilégie. Il y a aussi le scénario de la pandémie de grippe espagnole de 1918 correspondant à un taux de mortalité de 2,5%. Il y a le scénario de l'épidémie de SRAS de 2003 qui correspond à environ 10%. Finalement, il y a le scénario (tabou) de pandémie grave, concordant au virus H5N1 tel qu'il est connu actuellement, soit 50% et plus de mortalité. Alors, comment se fait-il que notre gouvernement déploie toutes ces mesures en fonction du scénario le plus léger seulement?

Depuis le temps que le Plan de lutte a été conçu, l'hypothèse que le virus perdrait de sa vigueur en devenant transmissible aux humains a été ébranlée par de récents développements, et rien ne suggère plus que ce postulat est encore probable. Par conséquent, on peut supposer que le Plan de lutte est devenu désuet, et qu'il devrait être ajusté en fonction des nouvelles données scientifiques sur le H5N1.
Par ailleurs, il devrait s'inspirer du modèle développé par d'autres nations qui intègre désormais un éventail de scénarios dans leur planification de lutte. C'est tout de même une bonne chose que notre gouvernement se soit doté d'un Plan de lutte, mais l'heure est venue de consolider ces fondations.

Si la future pandémie s'avérait un scénario grave, combien de temps tiendraient les mesures actuelles du Plan de lutte du gouvernement? Imaginons un instant que les quelque 8,500 morts prévus dans ce Plan, pour toute la durée de la pandémie (toutes les vagues), pourraient - dans un scénario grave - surviennent au cours de la première semaine et fasse ensuite boule de neige pour la durée de la pandémie. Cette éventualité n'est pas exagérée, elle correspond à un scénario de pandémie grave. Je sens déjà monter de véhémentes protestations; c'est le droit de chacun. Qui d'entre nous peut prédire le taux exact des mortalités futures? Qui peut prétendre détenir «la» vérité, alors que le virus H5N1 est en constante mutation? Il a déjà un nombre inquiétant de sous-clades à son actif - l'évidence que le virus ne dort pas. Loin de là...

En cherchant des informations sur la grippe aviaire, par un heureux hasard, j'ai fait la connaissance du site ZoneGrippeAviaire.com. Auparavant, je ne percevais pas la menace de la grippe aviaire, et à présent, je ne la considère plus du tout à la légère.

Si nous devons envisager un absentéisme, lors d'une pandémie, de l'ordre de 30% minimum de la main-d'oeuvre, on peut s'attendre à des interruptions de services, sans parler de l'approvisionnement. Même Mme Nathalie Genest, du Mouvement Desjardins, en fait allusion dans l'article du Devoir mentionné ci-dessus. J'ai l'impression qu'actuellement, nous nous accrochons à croire qu'avec une hygiène irréprochable et une attitude optimiste, nous pourrions être épargnés ou presque de ce fléau. Mais il n'en est rien.

Aux dernières nouvelles, "l'ultime" antiviral - le Tamiflu - celui que nous considérions comme notre assurance-vie, pourrait s'avérer d'efficacité contestable, étant donné que dans plusieurs pays (dont les États-Unis) ont été constatées des résistances à cet antiviral, même pour la grippe saisonnière (H1N1). Au cours des décennies passées, nous avons pu constater que les virus sont devenus plus virulents et déjouent les barrières des antiviraux et des vaccins.

Dr Michael T. Osterholm, du CIDRAP (aux États-Unis), a déclaré en novembre 2007, "Je crois que la prochaine pandémie de grippe, même de nature la plus modérée, serait l'un des événements les plus catastrophiques de santé publique de notre histoire. J'arrive à cette conclusion en raison de: l'envergure de la population mondiale actuelle approximativement 6,5 milliards, comparée à 1,2 milliards en 1918), la probabilité d'un manque de réserve de vaccins efficaces au début de la pandémie, et l'existence de l'économie "juste-à-temps" (just-in-time), qui signifie que nous épuiserons la plupart des produits et services essentiels, comme les médicaments et les vaccins, d'autres fournitures médicales, et même la nourriture, dès les premiers jours de la pandémie".

Ces propos du Dr Osterholm contredisent la déclaration du Dr Arruda dans l'article mentionné ci-haut, concernant les gens qui auront le réflexe naturel de s'emmurer et que la surenchère risquerait de s'instaurer très rapidement. La surenchère n'est pas directement proportionnelle à la peur et la claustration, elle est directement proportionnelle au démantèlement de notre système d'approvisionnement «juste à temps». En temps de pandémie, nous continuerons de nous alimenter! Afin de contourner les failles de notre système d'approvisionnement, il vaudrait mieux se constituer une réserve de produits essentiels, parce que si l'approvisionnement fait défaut, nous trouverons la première vague de pandémie très longue. De plus, il y en aura plus d'une, selon les experts, si cette pandémie se déroule comme prévue sur une période d'un an ou plus.

La qualité de vie, dont nous jouissons actuellement, ne nous donne pas l'assurance d'un dépannage de tous les problèmes, en cas de pandémie. C'est là le point névralgique du déni de la grippe aviaire: nier toute possibilité que s'effondre notre environnement sécuritaire. En temps de pandémie, nous serons livrés à nous-mêmes. C'est bien joli le concept des antiviraux, mais qui dit que nous en aurons? De combien de doses disposons-nous en réserve? Quand le temps sera venu, ces doses seront distribuées à des groupes prioritaires. De qui s'agira-t-il? Qui dit que les antiviraux seront encore efficaces? Pour remédier aux défaillances actuelles de la problématique entourant le Tamiflu, les experts devront trouver un ou plusieurs autres antiviraux efficaces, et c'est loin d'être fait.

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