Revue de presse - Lendemain de veille

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Manon Cornellier
Édition du samedi 22 et du dimanche 23 mars 2008

Mots clés : Stéphane Dion, libéraux, John Ivison, Parti politique, Canada (Pays)

Les libéraux ont beau avoir remporté trois élections partielles sur quatre lundi dernier, rien ne leur permet de pavoiser, concluent en choeur presque tous les éditorialistes et commentateurs. Les deux victoires torontoises étaient sans risque. Le siège de Vancouver Quadra a failli leur échapper, eux qui l'avaient gagné avec plus de 11 000 voix d'avance en 2006. La lutte était serrée dans Desnethé-Missinippi-Rivière-Churchill, en Saskatchewan, mais en se mêlant du choix du candidat, Stéphane Dion a dû assumer une partie du blâme pour la défaite. Ces résultats devraient par conséquent calmer les ardeurs électorales de ses députés, s'entend-on pour dire.

John Ivison, du National Post, relève par ailleurs que la division du vote de centre-droit entre libéraux, néo-démocrates et verts n'annonce rien qui vaille pour les troupes de Stéphane Dion. En fait, la seule bonne nouvelle pour le chef libéral reste l'arrivée de candidats solides qui vont renforcer son équipe, bien que Bob Rae et Martha Hall Findlay soient d'anciens rivaux lors de la dernière course à la direction du parti.

Il y a d'ailleurs consensus pour voir l'arrivée de Bob Rae comme un atout pour Dion. Lawrence Martin, du Globe and Mail, est même persuadé que Harper a retardé tant qu'il a pu cette partielle pour éviter justement d'avoir Rae devant lui aux Communes. L'homme a réussi avec le temps à acquérir une stature d'homme d'État malgré son passage difficile à la tête de l'Ontario. «Avec lui d'un côté et Stéphane Dion et Michael Ignatieff de l'autre, vous avez en place les piliers nécessaires pour empêcher la forteresse libérale de s'écrouler», conclut Martin.

Conclusions nuancées

Localement, les élections partielles en Saskatchewan et en Colombie-Britannique apparaissent moins dévastatrices pour les libéraux que ce qu'en disent les observateurs de la scène outaouaise. Selon le Vancouver Sun, les quatre partielles confirment seulement que les deux principaux partis fédéraux font du surplace et, dans le cas des deux circonscriptions de l'Ouest, des facteurs locaux expliquent largement les résultats. La candidate libérale qui a gagné par la peau des dents dans Vancouver Quadra n'avait pas le prestige de son prédécesseur, affirme le Sun, alors que la candidate conservatrice était bien connue dans le comté.

Le StarPhoenix, de Saskatoon, soutient que rien ne garantit aux conservateurs qu'ils pourront conserver leur nouveau siège lors d'une élection générale. Desnethé-Missinippi-Rivière-Churchill change de mains presque à chaque scrutin. De plus, les électeurs du coin, dont un bon nombre sont autochtones, n'affichent pas de fortes allégeances partisanes. L'identité du candidat oriente davantage leur vote. Ce n'est pas pour rien que les plus grands partis y ont présenté des candidats autochtones lundi. La candidate libérale choisie par Dion, l'ancienne ministre néo-démocrate provinciale Joan Beatty, ne faisait pas exception. Connue et appréciée, elle a toutefois été handicapée par les divisions au sein de son organisation, divisions provoquées par la façon dont Dion l'a imposée. En d'autres circonstances, pense le quotidien, elle pourrait renverser la vapeur.

Le Globe and Mail, lui, reconnaît le caractère particulier de cette partielle mais croit que le résultat dans Vancouver Quadra devrait inquiéter les libéraux. En même temps toutefois, le quotidien convient qu'il ne faut jamais tirer trop de conclusions d'élections complémentaires et que ces dernières sont loin d'être un jugement définitif sur le leadership de Stéphane Dion.

Le Kingston Whig Standard croit que, de toute façon, même si les libéraux avaient conservé les quatre sièges, «cela n'aurait pas changé le fait que, pour les Canadiens, il n'y a pas assez de différences entre les politiques ou le leadership des deux principaux partis pour faire pencher leur vote d'un bord ou de l'autre». Seul un «juteux scandale», affirme le quotidien, pourrait redonner l'avantage aux libéraux.

Peut-on en finir?

Élections partielles ou pas, le Parlement reprendra ses travaux le 31 mars et l'exaspération face à la situation qui y prévaut s'accentue chaque semaine. Il y a d'abord ces menaces libérales de défaire le gouvernement qui se terminent toujours en abstention généralisée. Le Telegram, de St. John's, estime que les libéraux perdent leur crédibilité à «crier au loup» à répétition. Il ne souhaite pas nécessairement des élections, mais il trouve décourageant de voir un parti capituler chaque fois qu'il est poussé dans ses derniers retranchements.

Rick Salutin, du Globe and Mail, en a assez, lui aussi, des tergiversations libérales. À Stéphane Dion qui répète sans cesse que les électeurs ne veulent pas d'élections, il explique: «C'est parce qu'ils ne peuvent pas vous imaginer dans la peau du premier ministre, même s'ils n'aiment pas beaucoup Stephen Harper.» Salutin souhaite une opposition qui joue son rôle, car s'opposer à des politiques pour ensuite les laisser passer transforme le processus parlementaire en farce, dit-il. Cela équivaut aussi à étouffer toute discussion politique, écrit-il. Selon lui, «voilà bien le temps d'avoir des élections» quand on ne peut avoir de débats sensés au Parlement sur l'Afghanistan, la politique étrangère, la politique fiscale et la réduction de la taille de l'État. Comme la situation ne s'améliorera pas pour Dion -- à moins d'un miracle --, pourquoi attendre avant de «prendre le chemin démocratique», demande Salutin?

Susan Riley, du Ottawa Citizen, pense aussi que des élections printanières pourraient être nécessaires, mais pour une autre raison: satisfaire sa soif de punir tous ces partis qui lui donnent chaque jour davantage de raisons de les rejeter. Le seul qui trouve grâce à ces yeux est le Parti vert, à qui elle veut bien donner une chance.

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mcornellier@ledevoir.com


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Les libéraux de Stéphane Dion devront mettre la peur de côté et faire le plongeon - par Marcel Arseneau (maja@nbnet.nb.ca)
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