Le cas chinois
Mots clés : Tibet, Chine (République populaire) (Pays)
Il existe des pays -- et ils sont nombreux -- sur lesquels la communauté internationale n'exerce aucune influence réelle. Ils fonctionnent en acceptant les remontrances et parfois le mépris, donnent quelques coups de chapeau mais poursuivent dans leur voie autocratique sans se soucier des conséquences. Car ces pays savent bien que notre indignation n'aura pas de conséquences sérieuses. Du côté des gouvernements bien-pensants comme celui du Canada, on poursuit le théâtre diplomatique auquel personne ne croit. Pour que ces pays échappent à la colère des bien-pensants, il leur suffit d'être gros, puissants, possesseurs de pétrole, ou de s'appeler Israël, terre sacrée qui permet toutes les ignominies au nom de l'Holocauste ancien. Ce tout petit pays est probablement celui qui fut l'objet du plus grand nombre de résolutions contraignantes du Conseil de sécurité des Nations unies, en particulier sur le problème des colonies en Palestine. Aucune de ces résolutions n'a été respectée et, encore aujourd'hui, on construit des appartements en Cisjordanie. Nous demeurons silencieux et acceptons. Le jour où on entendra parler de sanctions contre Israël, les poules auront des dents.
***
Nous voici aujourd'hui devant le cas du Tibet, envahi par la Chine il y a près de 50 ans. Grande émotion internationale, stupeur chez certains, craintes profondes chez les boursicoteurs qui comptent en dollars et jamais en dignité. En certains milieux, on lance un appel au boycottage des Jeux olympiques. Rapidement, l'économie qui fait foi de tout annonce que tout le monde ira courir à Pékin dans la pollution absolue et dans la dictature totale. On se tourne vers les athlètes et on leur demande s'ils veulent sacrifier, pour quelques moines habillés de jaune, l'investissement de toute une vie. Ils répondent que ce sujet est très complexe et qu'ils attendent que les gouvernements prennent position. Mais les gouvernements s'occupent plus de leurs contrats avec la Chine que de cette peuplade qui fait tourner des rouleaux de prière et persiste à ne pas être chinoise parce qu'elle ne l'est pas.
Ici, de bonnes âmes réclament le boycottage en se disant que la Chine va peut-être changer. La Chine ne change pas, un peu comme la Russie. Ce sont deux pays qui possèdent, inscrit dans leur ADN collectif, une sorte de culture autoritaire historique en même temps qu'une profonde méfiance de l'extérieur. Dans tout autre pays, la réaction internationale à Tiananmen aurait entraîné un léger infléchissement de la politique de l'État. Pas dans ce pays, qui a poursuivi son chemin sans bouger d'un iota.
La Chine est un pays profondément orgueilleux dont les dirigeants depuis des siècles ont toujours regardé l'Occident avec le plus profond des mépris. C'est donc au jeu de l'orgueil et de l'humiliation qu'il faut les prendre et les confronter. Il n'y a rien de pire dans ce pays que de perdre la face.
***
Le boycottage serait utilisé comme un instrument de propagande, comme étant la preuve que l'Occident se méfie de la nouvelle prospérité chinoise. Et de toute manière, bien peu de pays y participeraient.
Non, il faut mettre la télévision chinoise à contribution pour exprimer notre refus de la Chine, démontrer en Chine, devant les Chinois, notre désapprobation non seulement sur la question du Tibet mais aussi sur toutes les autres violations -- elles sont légion -- des droits de la personne dans ce pays.
Robert Ménard, directeur général de Reporters sans frontières, a proposé que les délégations boycottent les cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux. Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères de la France, a déclaré que cette idée méritait d'être étudiée. Ces cérémonies qui seront regardées par tous les Chinois pourraient aussi servir à exprimer nos protestations. En 1976, à Montréal, les pays africains avaient boycotté les Jeux pour protester contre la présence de l'Afrique du Sud. Puis, il y eut les boycottages des Jeux de Moscou et de Los Angeles. Dans tous ces cas, ce fut le fait de décisions étatiques prises sans la participation des athlètes et bien souvent contre leur volonté.
Si jamais on souhaite utiliser les Jeux de Pékin à des fins de protestation politique, cela doit se faire avec l'assentiment et la collaboration des athlètes. Mais ne nous faisons pas d'illusions: les comités olympiques nationaux sont comme des délégations aux Nations unies. Le respect des droits de la personne constitue le dernier de leurs soucis. À ceux qui espèrent punir la Chine, il ne reste qu'un seul espoir: que des individus courageux décident eux-mêmes de brandir sur le podium un drapeau du Tibet. En 1968 à Mexico, les Américains John Carlos et Tommie Smith, médaillés du 200 mètres, avaient brandi un poing ganté de noir pour protester contre la discrimination raciale dans leur pays. Ils sont passés à l'histoire, et aujourd'hui, sur le campus de la State University de San Jose, une statue rappelle leur geste courageux et exemplaire.
Vos réactions
Les mêmes droits=catastrophe mondiale!! - par andré michaud
Le jeudi 15 mai 2008 14:00
Les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU - par Yvon Dionne
Le mardi 25 mars 2008 22:00
le mépris chinois - par Patrice Saint-Pierre (psaint@arobas.net)
Le lundi 24 mars 2008 17:00
Un coup de pied en passant - par Serge Alalouf (alalouf.serge@uqam.ca)
Le lundi 24 mars 2008 09:00
Gil Courtermanche il faut se mettre à travailler - par Alain Bidjerano
Le dimanche 23 mars 2008 21:00
Courageux journaliste? - par Hermil LeBel (limreh3@yahoo.ca)
Le dimanche 23 mars 2008 13:00
La Chine est une autocratie communiste - par Yvon Dionne
Le samedi 22 mars 2008 21:00
Tibet, Prise 2. - par Yvon Montoya (yvonmontoya@sympatico.ca)
Le samedi 22 mars 2008 15:00
Pourquoi avons-nous si peur de la Chine? Le rouleau compresseur médiatique - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le samedi 22 mars 2008 15:00
Gil Courtemanche est encore dans l'erreur... - par jacques noel
Le samedi 22 mars 2008 14:00
Votre chronique d'aujoud'hui : de l'oxigène ! - par Jacques Lalonde (jlalonde@ca.inter.net)
Le samedi 22 mars 2008 13:00
Le cas chinois - par Jacquelin Ouellette
Le samedi 22 mars 2008 13:00
faire pression - par Ronald Girard (www.giraronal@videotron.ca)
Le samedi 22 mars 2008 12:00
Génial! - par Stéphane Gendron (champycartier@hotmail.com)
Le samedi 22 mars 2008 10:00
Des doubles médaillés... - par André Doré (andre_dore@yahoo.com)
Le samedi 22 mars 2008 01:00
un début... - par Robert Dumont (robertdumont@sympatico.ca)
Le vendredi 21 mars 2008 23:00

