Journée mondiale de l'eau - Les Canadiens n'ont pas conscience de la fragilité de la ressource

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La Presse canadienne
Édition du samedi 22 et du dimanche 23 mars 2008

Mots clés : Journée mondiale de l'eau, Eau, Canada (Pays)

Des experts préviennent que les changements climatiques pourraient créer une pénurie d'eau au pays

Le président de la section canadienne du Programme de l'eau pour la vie des Nations unies, Bob Sanford, a souligné que même si le Canada compte certains plans d'eau parmi les plus grands au monde, il est faux de croire que cette ressource est inépuisable.

Photo: Agence Reuters

Toronto -- Des experts profitent de la Journée mondiale de l'eau, aujourd'hui, pour souligner que la plupart des Canadiens n'ont pas conscience que la ressource qu'ils tiennent pour acquise est menacée par une surutilisation et une gestion déficiente.

Ces experts préviennent que les changements climatiques pourraient rapidement faire en sorte que les pénuries d'eau deviennent réalité au Canada.

Les Nations unies comptent sur la Journée mondiale de l'eau pour attirer l'attention sur les dangers imminents de pénurie ou de rareté de l'eau, qui pourraient affecter les deux tiers de la population mondiale en 2025.

Des écologistes canadiens disent espérer que ce jour servira aussi à éveiller les consciences sur les enjeux pressants de l'eau au Canada ainsi qu'à détruire le mythe selon lequel le pays est à l'abri du manque d'eau qui se fait sentir à travers le monde.

Selon le directeur du programme de l'eau de l'organisme Pollution Probe, Rick Findlay, «les richesses du Canada nous ont rendus arrogants et la réalité commence à nous rattraper». M. Findlay estime que le Canada n'est pas dans une situation désastreuse mais que nous devons absolument adopter une nouvelle approche en matière de gestion de l'eau pour nous assurer que les besoins des générations futures seront comblés.

Le président de la section canadienne du Programme de l'eau pour la vie des Nations unies, Bob Sanford, a souligné que même si le Canada compte certains plans d'eau parmi les plus grands au monde, il est faux de croire que cette ressource est inépuisable.

Seul un infime pourcentage de l'eau au Canada se renouvelle naturellement chaque année et toutes les régions du pays font face à une véritable menace de manque d'eau, a révélé une récente étude sur les changements climatiques réalisée par Ressources naturelles Canada.

Des pénuries d'eau ont déjà été documentées dans le sud de l'Ontario, où la population a crû rapidement, et cette situation risque de se répéter alors que les températures estivales et les taux d'évaporation augmentent, indique le rapport de Ressources naturelles Canada, intitulé From Impacts to Adaptation: Canada In A Changing Climate.

Ce rapport conclut que la rareté de la ressource devrait aussi s'amplifier dans les provinces de l'Ouest et poser la plus grave menace à l'approvisionnement en eau au pays.

Le retrait des glaces du nord et l'utilisation accrue d'eau dans les maisons et les commerces, particulièrement en agriculture et dans l'industrie pétrolière, risquent de limiter le développement social et économique de la région et de poser des enjeux environnementaux déterminants.

«Les arrêts d'approvisionnement en eau dans les maisons ne devraient pas surprendre les Canadiens compte tenu de l'accroissement de la population et de la pression exercée sur la ressource pour combler notamment les besoins des industries et des agriculteurs, a fait valoir M. Sanford. Certains des problèmes qui surviennent ailleurs dans le monde devraient nous rattraper, et c'est exactement ce qui se passe.»

La gestion de l'eau est une compétence provinciale et le Canada n'a pas une vue d'ensemble de ce qui se passe d'un océan à l'autre, a déploré le professeur Rob De Loe, de l'Université de Guelph.

«On entend régulièrement des histoires de négligence en matière de gestion de l'eau», a affirmé M. De Loe.

Les changements climatiques sont reconnus comme une menace sérieuse à l'approvisionnement en eau mais les autorités changent leur réglementations trop lentement.

«Faisons-nous face à la situation? Comprenons-nous les impacts? Le système actuel nous permet-il de gérer le risque de façon efficace? La réponse est non sur presque toute la ligne», s'est inquiété l'enseignant et chercheur, également auteur d'un rapport sur la situation de l'eau au Canada.


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