Floride - Voyage au bout de la route
Mots clés : Floride, Everglades City, États-Unis (pays)
Le temps s'est figé à Everglades City

Dans les années 20, un riche homme d'affaires avait tenté d'en faire un centre industriel et commercial. Ce fut un échec sur toute la ligne. Le dernier clou dans le cercueil de la ville a été planté en 1960 lorsque l'ouragan Donna a tout endommagé. Maintenant, Everglades City, qui compte 513 habitants, vivote au rythme des arrivées des passionnés de la pêche au tarpon et autres grosses prises du genre.
La propriétaire du bed and breakfast me regarde d'un drôle d'air. Je lui ai dit au téléphone, en effectuant la réservation, que j'étais de Montréal. Elle a répété le mot Montréal d'un ton impressionné. Elle se demandait sans doute ce que quelqu'un du Canada venait faire à Everglades City. En personne, elle me pose la question. Et je lui réponds: «Je suis venu ici parce que c'est la fin du chemin.» Encore plus perplexe, elle ne m'interrogera pas davantage.
Pour s'y rendre, il faut s'enfoncer dans les Everglades. Quitter Miami par l'Alligator Alley (l'autoroute 75) et bifurquer vers la pointe de la Floride, juste avant d'arriver à la côte du golfe du Mexique. Ce grand ensemble de marécages, mis à mal par les interventions humaines, offre des paysages uniques. De grandes herbes jaunâtres ondulant au gré des vents, encadrées par des arbres dont la silhouette se découpe dans le lointain. C'est le royaume des alligators et des hérons.
Quand on s'approche de la côte, les mangroves prennent le relais. Dans ces immenses frayères, véritables poumons de la mer, se reproduisent quantité d'espèces de poissons. C'est pour cette raison que la pêche est si bonne dans la région.
Afin de s'imprégner de l'atmosphère surannée d'Everglades City, il faut aller manger au Rod and Gun Club. L'endroit est célèbre. Inauguré dans les années 20, il a accueilli cinq présidents américains et plusieurs vedettes du cinéma. Mais tout ça, c'est du passé. On mange sous le grand porche qui donne sur la rivière Barron. Le menu est simple et loin d'être gastronomique. Le personnel semble un peu égaré dans les reliques des temps anciens. À l'intérieur de l'hôtel, tout est sombre: les murs sont revêtus de boiseries foncées et reluisantes avec des cadres qui semblent avoir été accrochés il y a des décennies. Je remarque soudain un détail: à la réception, il n'y a pas de caisse enregistreuse électronique, seulement un très vieux modèle à manivelle. Et où sont les ordinateurs? Nulle trace aux alentours. Le téléphone se rend-il ici? Je me mets à en douter, quand j'en aperçois un. C'est un vieux modèle en bakélite, sans doute des années 40.
À quelques pas, dans les rues désertes, on peut visiter le musée local. On apprend que le richissime homme d'affaires, Barron G. Collier, avait des rêves de grandeur pour la ville. Magnat de la publicité, il avait acheté une bonne partie de la région environnante. Sous ses pressions, le palais de justice s'installe à Everglades City à la fin des années 20 et des banques y font leur arrivée. Mais il meurt en 1939 et le reste de l'histoire de la ville n'est qu'une longue pente descendante. Une trentaine d'années plus tard, Everglades City connaît un regain de vie inattendu. À cause de sa situation isolée, elle devient la plaque tournante du trafic de marijuana et de cocaïne en Floride. La police y verra et cette époque n'est pratiquement plus qu'un souvenir.
Pour tout dire, Everglades City n'est pas exactement le bout de la route. Celle-ci s'achève quelques kilomètres plus loin, à Chokoloskee (404 habitants). Et là, il n'y a presque rien à voir. À l'exception de l'ancien magasin général sur pilotis qui a été transformé en musée et qui évoque la vie difficile des premiers habitants. À cet endroit aussi, les horloges se sont arrêtées. Il me revient à la mémoire des images de l'épicerie de mon oncle: caisses de bois, vieux outils, boîtes de conserve. Mais Chokoloskee a une gueule d'atmosphère. On appelle ça le style Olde Florida. Grands palmiers élancés, maisons basses et étendues, couleurs pastel; il faut se promener lentement dans les rues pour apprécier.
En terminant, une croisière dans la mangrove s'impose. On se trouve dans la région appelée les 10 000 îles. La riche faune des Everglades est là au rendez-vous: dauphins, lamantins, oiseaux nicheurs et plongeurs.
Par contre, ce que vous ne verrez pas, ce sont les restaurants de fast-food. Ici, impossible de trouver un McDo et encore moins un Starbucks. Les grandes arches les plus proches sont situées à 43 kilomètres exactement, selon le site Internet de la multinationale. Comme quoi l'isolement à ses bons côtés.
En vrac
- Compter environ deux heures de Miami pour s'y rendre par la 75.
- Le joli bâtiment de l'une des anciennes banques abrite aujourd'hui un bed and breakfast, le Everglades Spa & Lodge (www.banksoftheeverglades.com). Chacune des chambres est placée sous un thème bancaire.
- Il faut goûter à la spécialité de la région: le stone crab (crabe caillou), dont la chair est très délicate. On le pêche d'une façon particulière: on lui arrache une patte et on le remet à l'eau. La patte repoussera. Ouille!
Collaboration spéciale
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