Le CAM en tournées - Après 25 ans, l'heure est au bilan

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Martine Letarte
Édition du samedi 22 et du dimanche 23 mars 2008

Mots clés : Théâtre Bouches décousues, Les Flaques, Conseil des arts de Montréal, Théâtre, Montréal

Pour « de nouvelles approches qui répondront plus adéquatement aux besoins actuels du milieu artistique et des publics »

Le spectacle Les Flaques, du Théâtre Bouches décousues. Photo: Rolline Laporte

Il s'en passe des choses en un quart de siècle. Le programme de tournées du Conseil des arts de Montréal (CAM), qui au départ incluait seulement les arts de la scène, comprend maintenant les sept disciplines soutenues par l'organisme et s'étend sur tout le territoire de l'île. Il s'est si bien développé qu'il a maintenant besoin d'être repensé, pour pouvoir innover encore davantage. Un comité de réflexion se penche actuellement sur les avenues à prendre.

«Particulièrement pendant les quatre dernières années, nous avons travaillé très fort pour exploiter le plein potentiel du programme actuel de tournées. Nous avons développé des publics partout sur l'île, nous soutenons toutes les disciplines, du cinéma au théâtre en passant par les arts médiatiques et j'en passe. Nous avons stimulé le développement de lieux de diffusion et maintenant, nous sommes rendus au bout. Il est temps de chercher des façons d'être plus innovateurs, de tenter d'aller plus loin, de trouver d'autres façons de faire», indique d'emblée Nathalie Maillé, directrice du programme de tournées au CAM.

Évolution des pratiques

Si le besoin de remise en question du programme de tournées est si grand, c'est aussi parce que les pratiques artistiques ont beaucoup évolué. Les besoins sont particulièrement criants en ce qui concerne les pratiques contemporaines et audacieuses. Que ce soit dans le domaine des arts médiatiques, de la danse, du théâtre, de la musique ou autres, lorsque la création a un caractère expérimental, c'est difficile de lui apporter un soutien adéquat avec le programme actuel de tournées, selon Mme Maillé, qui fait évidemment partie du comité de réflexion.

«Les lieux de diffusion traditionnels des municipalités n'ont pas toujours l'équipement adéquat pour présenter ces nouvelles pratiques et en même temps, ils ont l'impression que ce n'est pas nécessairement dans leur mandat. Il ne faut pas leur en vouloir, c'est normal, d'autant plus que ce n'est pas toujours facile dans certains secteurs de l'île de faire sortir les gens pour aller voir un événement artistique expérimental. Il va sans dire que les créneaux plus populaires fonctionnent mieux auprès de plusieurs publics», remarque-t-elle.

Ainsi, le CAM souhaite trouver des solutions pour être en mesure de soutenir plus adéquatement ces créateurs contemporains. «Nous croyons que ça doit faire partie du mandat d'un conseil des arts. Du coup, nous voulons aussi enlever de la pression sur les diffuseurs actuels qui en font déjà beaucoup», ajoute-t-elle.

Aller plus loin

Marc Pache, directeur général de la compagnie de théâtre jeunes publics le Théâtre Bouches décousues, qui siège aussi au comité de réflexion, souhaite également que le programme de tournées du CAM diversifie ses partenaires pour arriver à être plus audacieux, à sortir des sentiers battus. Le Théâtre Bouches décousues a eu la chance de participer presque chaque année, depuis 1993, au programme de tournées du CAM. Lorsque l'organisme de soutien aux artistes s'associe à un autre partenaire, la compagnie peut présenter un événement qui s'apparente davantage à une expérience qu'à un simple spectacle.

«Par exemple, en partenariat avec le Programme de soutien à l'école montréalaise, nous avons pu développer une véritable relation artistique avec des classes de cinquième et de sixième année de cinq écoles différentes. Pendant que nous travaillions sur notre spectacle Les Flaques, nous avons rencontré les jeunes pour leur faire la lecture du texte et lancer une discussion sur la pièce et les personnages. Un mois plus tard, les jeunes venaient regarder les artistes travailler pour voir un peu quelle orientation prenait la pièce et finalement, ils venaient assister au spectacle final», explique M. Pache.

D'après le directeur général du Théâtre Bouches décousues, le soutien du CAM et d'autres partenaires peut faire en sorte qu'une compagnie artistique puisse aller beaucoup plus loin avec un public que seulement lui présenter un spectacle à consommer. «On peut vraiment entrer dans un processus de compréhension de la démarche artistique et établir un contact privilégié avec des publics et pour nous, c'est très important. Bien sûr, cela nécessite un soutien financier considérable et pour y arriver, le CAM doit élargir ses horizons en matière de partenariat. Par exemple, ce que nous avons fait pour Les Flaques avec des écoles défavorisées de Montréal pourrait s'étendre à d'autres écoles sur le territoire de l'île avec le soutien financier de nouveaux partenaires», croit-il.

Un processus de remise en question sérieux

Lorsque le CAM a décidé de se lancer dans une période de réflexion à propos de son programme de tournées, on a choisi de faire les choses en grand. Il a été décidé que tous les acteurs concernés prendraient part d'une façon ou d'une autre au processus de remise en question, des compagnies artistiques aux instances municipales en passant par les partenaires du CAM. De plus, une consultante externe a été embauchée pour rédiger des recommandations.

«Nous sommes prêts à de petits changements comme à des grands. Toutefois, ce qui est évident pour tout le monde actuellement, c'est que dans le domaine du soutien financier aux artistes, la diffusion est le maillon faible. Ainsi, il est évident que nous voulons poursuivre notre travail dans ce domaine-là et même, le bonifier», affirme Mme Maillé.

Marc Pache est du même avis. «Nous croyons vraiment au principe de décentralisation de la diffusion, à l'importance d'aller rejoindre le public là où il est, indique-t-il. Évidemment, ça permet à des gens qui ne se déplacent jamais au centre-ville pour assister à un événement culturel ou artistique d'en bénéficier. Nous croyons donc que ce programme est essentiel. Toutefois, en 25 ans, les pratiques ont changé. Je crois qu'il est maintenant nécessaire de mettre de l'avant de nouvelles approches qui répondront plus adéquatement aux besoins actuels du milieu artistique et des publics.»

Collaboratrice du Devoir


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